Dimanche 14 juin 2009

Je m'assis devant mon ordinateur, non sans lorgner de temps à autre vers Singh, dont une main agitait, au dessus du visage d'Elisabeth, une petite boule chromée, au bout d'une chainette; des volutes de fumée verdâtres s'échappaient de trous, qu'on y avait percés , comme sur une passoire; un parfum sublime, où se mêlaient au benjoin le jasmin et la myrrhe parvint jusu'à mes narines. L'autre main de Singh caressait doucement les beaux cheveux roux d'Elisabeth, dont un geste alangui du bras attesta qu'elle percevait, du fond de son sommeil les sensations instillées par les caresses de la musique, celles ,plus délicates encore, des longues mains brunes, celle, olfactives, enfin des parfums en allés de l'insolite encensoir. Nos regards se croisèrent. je crus voir une lueur d'amusement dans les yeux noirs qui brillaient, tout comme l'affreux masque rose. La peau factice semblait rire,elle aussi, comme d'une amusante farce....Il regarda sa montre, et d'une voix sourde:

-"Elle va se réveiller dans une demi-heure, peut-être moins.. Je m'en vais agrémenter le festin de ses songes du seul condiment qui manque encore à sa perfection, veuillez, je vous prie, prendre ma place, et promener ainsi que je l'ai fait , cet encensoir au dessus de son visage."

Je me levai mécanniquement, et le rejoignis au bord du lit, qu'il contourna pour s'aller agenouiller aux pieds d'Elisabeth, dont il écarta doucement les jambes dans une position obscène. je vis le crâne, planté de son oléagineuse chevelure se glisser dans l'entre-jambes de la femme endormie. Plus répugnant qu'un rôt, au milieiu d'une grand messe, le souffle de ses narines, aspirant profondément la flore intime de la belle rousse, s'éleva dans le silence presbytérien du loft. une sueur glacée me piquota le f ront à la racine des cheveux, et je lissai, dans un geste nerveux mon épaisse moustache; Singh, en commettant cet outrage, venait, je le savais de nous précipiter au plus profond de l'abîme, là où grouille la vermine, et fétident les actes les plus éhontés commis par le genre humain, depuis le temps des aurochs. Je l'entendis aspirer à plusieurs reprises, comme on s'emplit les poumons d'air iodé à la proue d'un ferry, les plus intimes fragrances d'Elisabeth.Puis, relevant la tête un instant, il m'adressa un sourire qui abrogeait d'un coup deux millénaires de civilisation:

-"Allons, Pitou, ne faites pas votre bégueule ! venez humer, vous aussi cette orchidée rose, vous en mourez d'envie !..Vous respirerez, ce faisant, les arômes d'une redoutable cassolette, où se mêlent, pour se fondre en un seul délectable suc, les parfums de plusieurs femmes, d'humeurs diférentes, en diverses occurences. Un nez modérément exercé y distinguerait nettement le parfum expirant d'un savon de luxe, au milieu de senteurs plus subversives de sueur, d'urine, et de l'incomparable bouquet de l'excrétat féminin. On perçoit dans ce délicieux ragout l'odeur de la lubricité, celle, plus acre de la peur, celle, véhémente de la jouissance suprême...approchez-vous, Pitou, c'est à défaillir!..Ilya vraiment de miraculeuses essences dans ces savonneuses grottes roses !..."

-"Vous êtes ignoble, Singh!....", grondai-je , "nous réglerons nos comptes un jour, quand tout cela sera fini!...."

Le trou noir de sa bouche émit un rire bref, qui me fit penser au grincement d'un tire-bouchon, qu'on enfonce dans le liège.

-"Tant pis pour vous!...Un autre bruit s'éleva dans le silence, où craqua le micro d'un haut-parleur, depuis un proche minaret, pour la prière du soir.C'était le bruit mouillé, presque imperceptible de sa langue sur les muqueuses intimes de la dormeuse, qui, toujoiurs inconsciente, se retourna à plusieurs reprises sur le lit, en poussant de petits gémissements pointus, jaillis tout droit d'adolescentes pâmoisons.

Singh se releva deux siècles plus tard, et essuya, du plat de la main ses lèvres emmiellées, puis, ayant oté, avec d'infinies précautions les minuscules écouteurs de ses oreilles:

-"Elle va se réveiller d'un instant à l'autre. Retournez vous asseoir à votre bureau; Appelez -moi dès qu'elle ouvrira les yeux. Je vais maintenant faire disparaitre les indices olfactifs de notre sollicitude à son endroit."

Un flacon de désodorisant apparut comme par magie au bout de sa main gauche, dont il aspergea longuement les quatre coins du loft.

-"Dans quelques instants..", fit-il en riant, "nous saurons enfin, grâce au témoignage de notre douce petite fille à quoi aurait pu ressembler l'Eden, si Dieu, qui n'existe pas, avait eu l'heureuse initiative de l'inventer". Elisabeth ouvrit les yeux sur moi, mais son regard, déja inquiet s'envola aussitôt vers le chirurgien, posté derrière le lit, qui n'avait cessé de caresser doucement les beaux cheveux roux..

-"Vous êtes là !..." fit-elle, dans un souffle, tout en levant les bras au dessus d'elle, pour en encercler le cou de l'ignoble crapule, avec, dans ce geste, toute la grâce un peu anonchalie des réveils amoureux. Je sentis une flèche de feu me transpercer le coeur. Un goufre s'ouvrit dans ma poitrine.

-"Je suis là, ma petite fille!...je n'ai cassé de veiller sur votre sommeil", murmura l'infâme marionettiste.

-"Avez -vous joué de lamusique, pendant que je dormais?..", s'enquit-elle d'une voix tremblante;

-"Non, bien au contraire!..nous avons pris soin de nourrir votre repos du plus profond silence, n'est-ce pas Pitou?..."

-"Assurément!..", hoquetai-je.

le visage hâve d'Elisabeth s'éclaira soudain d'un sourire ineffable, à la manière d'une cîme, se découvrant sous la brume. L'émereaude crépita dans les grands yeux en amande, légérement écartées.

-"Se pourrait-il?...", commenca-t-elle, en implorant Singh du regard.

-"Auriez-vous donc entendu la musique?..", feignit de supputer Singh "Il est vrai que j'ai bien cru vous perdre; Votre coeur s'est arrêté de battre plusieurs secondes,mais c'est égal, quel prodige!....quelle merveille!... s'écria-t-il, en feignant l'émotion la plus totale, puis, soudain véhément:

-"Etait-ce une musique lente ou rapide?...solennelle ou enjouée?..."

-"Lente et solennelle, assurément!..."

Les yeux du chirurgien se mouillèrent sous le masque répugnant, et je sus, à cet instant précis que j'avais signé un pacte avec l'incarnation du mal absolu. Sa voix, quand elle s'éleva à nouveau, se brisa aussitôt sur la contrefaçon éhontée d'un trémolo.

-"Elisabeth", fit-il gravement, "DIEU s'est penché sur vous; Vous ne l'avez pas connu, car d'autres phénomènes connexes apparaissent alors, que vous ne semblez pas avoir perçus, nonobstant l'indiscutable indice de la musique, mais songez !...IL a daigné se pencher sur vous !...

-"La voix, devenue haletante de la jeune femme l'interrompit:

-"Quels phénomènes?..."

-"Dieu en soi n'a pas d'existence ou plus exactement, SON existence, est pour nous, mortels irréfragablement reléguée dans les sphères de l'inconnaissable", soupira l'immonde arpète. DIEU se confond avec la volupté de tous nos sens, simultanément assouvis, dans la lumière éblouissante de l'amour absolu. SON amour!...

-"C'est à dire?"s'enquit Elisabeth, le souffle court. Ses yeux s'étaient encore agrandis sous l'effet d'une stupeur indicible. Ses lèvres, livides, tremblaient légèrement.

-"Il n'y a pas que la musique, ma petite fille...répondit Singh, en souriant au lustre, comme possédé:"la peau est caressée par des mains amoureuses, l'odorat, flatté par de vivifiques parfums, le regard , apaisé par de balsamiques visions de jardins étranges , élucidant leurs contours, à travers une brume dorée.."

Elisabeth s'était redressée brusquement sur son lit. ses bras blancs s'ouvrirent, pour se refermer maladroitement sur les hanches de son bourreau; qu'elle attira tout contre elle.Une autre flèche me déchira le coeur: être aimé!...être vénéré, comme cet ogre!........

-"Qu'y a-y-t-il ma petite fille?", miaula le démon .

Le visage de la pauvre femme était mouillé de larmes. Ses lèvres remuaient, dont aucune parole ne se résignait à sortir.

-"Ne pleurez pas , Elisabeth!..Vous LE verrez bientôt, comme je l'ai vu moi-même, tandis que les médécins s'évertuaient à m'arracher à la mort; votre corps tout entier connaitra l'apothéose des sens assouvis pour l'éternité dans la lumière de SON amour. Vous avez déja entendu la musique!.. DIEU s'est penché sur vous!..Votre moisson sera belle!..."

Les yeux dElisabeth flambaient de fièvre, qui semblaient boire les paroles éhontées de l'odieux praticien.

-"Mais c'est que j'ai également senti les parfums, père!...,s'écria-t-elle, en sanglotant de joie. j'ai senti des caresses sur mes cheveux. Quelque chose d'infiniment doux s'est glissé entre mes cuisses...Je cois bien que...j'ai joui au milieu de mon sommeil..." Sa main ,impudique, s'envola vers son intimité, "d'ailleurs, je suis encore mouillée!...mon dieu!..."

Singh se redressa bruuement, recula du lit de quelques pas, comme sous le flamboiement de quelque apparition surnaturelle. Ses deux mains se joignirent dans un simulacre d'extase, que rendait hideux l'athéisme arrogant, revendiqué par ce blasphémateur.

" Elisabeth"..-, fit-il, d'une voix sourde, en s'agenouillant à ses pieds, "aujourd'hui, vous avez vu DIEU !.".

Un silence ponctua ce boniment, que recouvrit de son fracas l'averse sur le vélux, comme si le ciel tout entier s'insurgeait de ces outrages. Je vis une larme couler sur le caoutchouc rose du masque; il y avait, dans cette simple larme, le suc de tous les pêchés, de toutes les ignominies, de tous les crimes de l'humanité depuis Hérode. Déja, la voix odieuse reprenait, en chevrotant:

-"DIEU vous aime, ma petite fille...Il vous emportera demain dans la lumière qui jamais ne s'éteint. L'éternité, Elisabeth, vous appartient. Prions, maintenant en silence, mes amis, pour célébrer comme il convient votre apothéose à venir..Je suis fier de toi, Elisabeth. Tu es une grande fille.MA grande fille. Notre grande fille à tous les deux!"

Je m'agenouillai à mon tour. Des pensées confuses tourbillonaient dans ma tête; j'avais simultanément envie de hurler, de pleurer, de crever les yeux de Singh, d'arracher Elisabeth à ce Nil de mensonges. J'avais tout autant envie de chanter, et un irrépressible fou-rire m'agitait de spasmes obscènes, à la manière d'un chien sur le point de vomir. Tout cela était, à la fois révoltant et grotesque, et moi, j'étais là comme un clown, égaré au beau milieu d'une tragédie; Singh se releva. Je fis de même. IL était plus de onze heures.

-"Avez-vous aspergé cette pièce avec du désodorisant?..fit soudain Elisabeth, le dos appuyé sur l'oreiller.

-"Oui, ma petite fille..Nous y avons été contraints; Vous vous êtes souillée pendant votre sommeil. C'est, rassurez-vous, tout à fait normal: les produits que je vous ai administrés produisent ces effets fâcheux, et nous avons du changer les draps"

-"Oh!..excusez-moi!..", bredouilla la malheureuse, en rougissant violemment.

-"Il ne faut pas avoir honte, ma petite fille", l'apaisa la voix, devenue subitement très douce presque cauteleuse, "Elles font toutes cela! toutes.!...."

Sur ces fatalistes constatationss, Singh s'en fut quérir le vase rempli de roses, qu'il déposa sur la table de nuit, à coté d'Elisabeth, et extirpa de sa poche un écrin de velour gris, qu'il ouvrit.:

-"Tenez!..", fit-il , en glissant à un doigt d'Elisabeth une étrange bague, où flambaient les braises d'une curieuse pierre orangée, sous la surface de laquelle, tels des vaisseaux sanguins, tramaient des fils pourpres. Le bijou était serti dans un réseau compliqué de mailles en vieil or.

"Vous la porterez le jour de votre supplice. je ne l'extrairai de votre doigt que lorsque votre bras aura été amputé, pour la glisser dans l'urne qui abritera une poignée de vos cendres, après votre crémation; vous emporterez ce bijou dans les vergers de l'au delà, où je vous rejoindrai bientôt, ma petite fille, pour ne plus vous quitter. Nos âmes fusionneront alors dans la lumière de SON amour..."

Elisabeth fondit en larmes. Ses yeux hagards ricochaient du bouquet, dont elle n'avait cessé de humer les fragrances, jusqu'à l'originale bague, qu'elle baisa religieusement à plusieurs reprises, en couvant son mentor d'un regard d'adoration. Elle esquissa alors un geste pour se lever du lit:

-"Il faut que j'aille me raffraichir un peu...la nuit est tombée, je ne me suis pas lavée depuis hier matin....puis-je utiliser la salle de bain?"

-"Il serait, ma petite fille plus convenant de surseoir à vos ablutions,jusqu'à la semaine prochaine. DIEU vous a visité, ne l'oubliez pas!..."

-"Pourrais-je au moins me laver les dents? "

-"Je ne vous le conseille pas, Elisabeth. DIEU est encore en vous. SA présence ne commencera à s'estomper que dans quelques jours, je vous le répète!...il serait imprudent, voire sacrilège, d'effacer, pour de banales raisons de convenance personelle, SON empreinte sacrée de votre corps. je vous l'affirme, car je le sais!...."

-"Mais, combien de jours?.....Je suis une femme, et ne puis me soustraire longtemps aux plus incontournables ablutions, sous peine de renoncer à ma dignité..."

-"Peu importe votre dignité, au regard de l'honneur que vous a fait le TRES- HAUT ,de vous visiter. Vous ne pourrez commencer à vous laver que dans dix jours, je le crains, sous peine de le désobliger!..."

Les lèvres d'Elisabeth s'entrouvrirent. Une expression navrée ternit instantanément son beau visage, jusqu'alors incandescent de joie.Les cernes gris sous les yeux, les gercures des lèvres réapparurent aussitôt; je notai que le souffle de son haleine, quand elle parlait, dégageait une odeur déja fétide.Puis le visage s'éclaira de plus belle.La coquine fossette réapparut sur la joue livide.

-"J'ai horriblement faim!...", s'écria-t-elle en riant;

-""C'est normal, ma petite fille. vous avez, lors des amputations de vos doigts brulé toutes vos calories. je m'en vais, incontinent, nous préparer à tous les trois un roboratif médianoche.."

-"Que va-t-on manger?...demanda-t-elle joyeusement, en s'adossant contre les oreillers.

-"Des rôties, des saucisses, du rump-steak, pour commencer. Un mixed-grill, en quelque sorte!...."

-"Oh, j'adore!...", s'écria-t-elle, en observant pour la première fois sa main, bouchonnée de minuscules manchons roses. Je ne vis aucune lueur de regret, comme elle les contemplait, seulement une manière de curiosité enfantine, poignante comme un remord. Un fond de sauce vaguement faisandé , relevait, toutefois, pour me désunir, cette insolite candeur.Elle semblait ravie!...

-"Comment vais-je faire, désormais,père, pour couper ma viande, accomplir, sans difficulté des gestes aussi anodins, qu'agraffer mon soutien-gorge?..."

-"Je vous y aiderai, aussi longtemps que vous resterez ici. Je vous ai, en outre confectionné une espèce de mitaine rigide, prolongée d'une boucle en plastique, que vous utiliserez de retour chez vous. Vous apprendrez vite ces gestes nouveaux...et puis, diable!...il ne vous reste, après tout que seize jours à vivre!..."

-"Puis-je voir mon urne?..", demanda-t-elle brusquement, en souriant aux anges.

-"Assurément!..Je l'ai, sachant que vous voudriez la contempler, posée au pied de votre lit" , fit Singh, en lui tendant le sinistre vase en étain, sur le flanc duquel, avait été, à sa demande, gravé son seul prénom.

-"Je vais le poser tout contre moi!....mais....j'aimerais...j'aimerais vous demander une faveur, à tous les deux....Si vous acceptiez, cela me ferait tant plaisir!..."

-"Dites!..", l'encourageai-je.

-"Ne pourrais-je pas rester avec vous, dans cet appartement pendant ces dix jours. J'ai bien peur de ne pas trouver en moi la force nécessaire pour me dispenser des ablutions accoutumées d'une femme....J'ai peur, aussi, de me retrouver plongée inutilement dans les tumultes d'une vie qui m'indiffère, et que je m'apprête à quitter. Il me suffit de téléphoner à mon maître d'hotel. Il s'acquittera à ma place de la gérance de mon établissement. Il l'a déja fait dans le passé.... Je vous en prie!...Je me ferai discrète, souscrirai à toutes vos demandes,père... de quelque nature qu'elles soient!....."

-"Singh feignit de m'interroger du regard, mais j'y lus clairement, qu'il seyait d'agréer avec enthousiasme à cette pathétique obsécration.

-"Mais bien sur, ma petite fille!..."fit-il en écho, tout en aidant la jeune femme à se lever du lit, puis il passa son bras sous le bras mutilé d'Elisabeth, dont les jambes tremblaient, comme d'une pouliche sur le paillon qui vient de l'accueillir au monde . Je la vis blêmir. Elle marchait avec difficulté, d'un pas hésitant de vieillard moribond. je bondis à ses cotés, pour l'assister dans ce Golgotha, puis nous l'assîmes sur la cuvette, où elle soulagea longuement sa vessie, en nous observant tour à tour, avec une infinie reconnaissance, qui ne fleurait pas toutefois , me sembla-t-il, le plus frais muguet!....Nous revînmes à petit pas vers le lit, où Singh l'étendit.Cet effort l'avait épuisée. elle s'assoupit presque aussitôt.

-"Cela ne durera guère!.."m'assura-t-il. Je vais aller dès maintenant collationner notre souper..."

Minuit sonnaient au carillon de ma pendule, quand Singh posa sur la table basse, que nous avions approchée du lit de la femme endormie, les trois pleines assiettées de viande fumante, que les clartés rougeoyantes des lampes à pétrole nappaient de méphistophéliques lueurs.

-"Mais je ne mangerai jamais toute cette viande!...", protesta Elisabeth en riant.

-"il vous faut recouvrer vos forces, ma petite fille. vous avez perdu beaucoup de sang!..."Je vais couper votre viande et vous donner la becquée, comme il sied à un père pour sa petite fille..., car vous êtes notre petite fille, n'est-ce pas Pitou?..."

-"Oui, oui!....", pépiai-je, ragaillardi incontinent par cette conturbanité proclamée du suzerain et de son vassal, la perspective euphorisante, également, de me régaler de plantureuses grillades, en compagnie de mes imprèvisibles commensaux.

-"Alors, je veux bien!...", s'écria joyeusement la femme martyrisée, en se redressant sur ses oreillers;

Singh s'éclipsa quelques instants en direction de bar américain, d'où il revint, porteur d'une soucoupe,où s'alignaient trois minces bâtonnets de viande, pralinés d'un fin caramel, et qu'ornaient à leurs extrémités, telles des pétales trois fines écailles de sombre grenat.

-"Est-ce que ce sont...mes.."

-"Mais oui, Elisabeth, ce sont vos doigts!....Nous allons, pour nous ouvrir l'appétit les déguster ensemble. Nous mouillerons cette dégustation d'un capiteux Marsala à l'oeuf, avant que d'entamer de moins pittoresques rôties."

les joues d'Elisabeth avaient rosi. sa main gauche hésita un instant au dessus d'un de ses doigts, qu'elle cueillit en tremblant, entre le pouce et l'index de sa main valide..

-"Mangez!...", l'encouragea Singh, "J'avoue avoir, sans votre aval, gouté puis dévoré , tout à l'heure votre annulaire. Ce fut délicieux..."

L'impossible se produisit; Je vis les dents d'Elisabeth mordiller timidement un de ses doigts sectionnés, dont elles arrachèrent un filament de viande, qu'elles fit tourner dans sa bouche, en fermant les paupières.

-"C'est bon!..", fit-elle dans un souffle, le feu aux joues, et je sus qu'elle s'en agrémentait, qu'attestaient les transparences vertes de ses grands yeux écarquillés;

-"C'est votre propre viande, Elisabeth!...", puis, dans un sourire, qui biffait d'un trait de plume la fierté d'appartenir à l'espèce humaine:

-"C'est la viande de notre grande fille, Pitou!....Elle est tendre et gouteuse!..Régalons-nous ensemble, mes amis!..."

Le pouce m'échut, que me tendit obligemment Elisabeth, puis, ayant trinqué nos verres, que nous vidâmes d'un trait, nous mordîmes de bon coeur, chacun dans notre portion, avant d'entamer les rôts.

Le diner se déroula dans une atmosphère irréelle, que soulignait le monotone crépitement de la pluie sur les carreaux de la baie vitrée, et la parcimonieuse clarté, dispensée par la minuscule lampe mauresque. Singh, qui avait passé son bras sous le cou d'Elisabeth, l'embéquait de sa main droite, comme elle accompagnait d'un sourire de reconnaissance chaque bouchée que lui tendait l'inquiétant cuisinier;

La viande, copieusement arrosée d'un généreux Médoc, avait rosi les joues et les oreilles d'Elisabeth, qui bien que rassasiée, se plut visiblement à finir l'assiette à peine entamée de Singh, que le seul doigt caramélisé de sa victime, semblait avoir sustenté.

-"Je vais exploser!...fit-elle, de sa curieuse voix de petite fille, tout en riant, confuse de sa gloutonnerie, puis elle approcha ses lèvres, qu'avaient rougis le vin et les venaisons de celles, violines, du chirurgien, entre lesquelles elle glissa la pointe rose de sa langue. Les yeux à demi révulsés, elle l'honora, devant moi, d'un baiser langoureux, dont je crus humer les saveurs puissamment carnées, qu'aromatisait encore l'haleine devenue lourde de l'imprévisible jeune femme. Une surgie de jalousie me fit me recroqueviller sur moi-même. je me fus gaiment laissé arracher un oeil pour ce seul vénéneux baiser...

Singh remplit de Porto une dizaine de verres tulipes, que nous vidâmes à l'envi, en quelques secondes. Elisabeth était grise, qu'attestait la brume verte qui lui était venue aux yeux, en quelques minutes. Ce fut alors, qu'ayant posé sa main valide sur celle de Singh, elle murmura de sa voix enfantine, tout en baissant, soudain pudique, les yeux:

-"J'ai trop mangé!...Je crois qu'il faut que j'aille aux toilettes!...."

Un sourire étrange hésitait sur ses lèvres, et je sus que la proclamation de ce constat, remuait de sa fourche, la fumière toute entière de ses vices.

-"Nous allons vous escorter jusqu'aux lieux." décréta Singh, en m'invitant, d'un geste furtif mais sans équivoque, à m'arracher à ma chaise, ce que je fis.

-"Le faut-il vraiment?..", demanda-t-elle dans un souffle.

-"Bien sur, ma petite fille, nous ne pouvons endosser la responsabilité de vous laisser sans assistance un seul instant, dans l'état de faiblesse qui est le vôtre."

-"Mais c'est...pour faire...un besoin...différent...."gémit-elle d'une voix plaintive, en souriant vaguement à son assiette vide..

-"Et après?...il n'y a pas à avoir honte, Elisabeth!..Nous connaissons désormais tout de vous! Vous êtes notre petite fille!..et puis, n'oubliez pas que vous vous êtes souillée dans les draps tout à l'heure, et que nous avons du nous occuper de vous, comme une petite fille...NOTRE petite fille!..."

-"Vous avez raison: je ne dois pas avoir honte devant vous, père", admit-elle en s'extrayant du lit, pour s'appuyer sur nos épaules, ce qui au regard de ma taille modeste assaisonna d'un zeste de comique l'improbable scène.

Parvenue devant les cabinets, elle sembla hésiter un instant, nous jetant, à la dérobée de petits sourires confus. son visage était très rouge, son front, luisant de sueur, mais il faisait si chaud!..Une lénitive atmosphère régnait dans la salle d'eau, où flottait encore la vapeur du bain chaud que j'y avais pris , avant le repas.

-"Asseyez-vous, et laissez-vous aller, Elisabeth, n'oubliez pas que vous êtes une source!..Une source ne réfléchit pas, elle se contente de couler..."

Elisabeth s'assit, en écartant plus que nécessaire, me sembla-t-il, les jambes. Un sourire chétif de Joconde alcoolisée apparut sur son visage. Ce sourire là faisait peur.

Soudain, nous l'entendîmes bloquer sa respiration. Précédé d'une sonore flatulence, le bruit mat d'un étron chutant lourdement dans l'eau de la cuvette, retentit étrangement, dans le silence ouaté de la salle de bain. Une note étouffée de trombone ponctua cette expulsion. Le silence retomba; Elisabeth força sans plus de résultat.

-"C'est fini..." annonca-t-elle, dans un souffle, en souriant.J'eus été incapable, moi, d'exécuter dans ce ciel de feu les double lutz, dont se riaient ces dépravés venus d'une autre galaxie!....

Inamovible premier de cordée, dans notre ascension commune vers les cîmes de l'abjection, Singh arracha négligemment du rouleau un fragment de papier hygiénique

- " Pitou va vous aider à vous relever. C'est moi qui vais vous essuyer.", décréta--t-il, d'une voix métallique.

-"Cela me gène...le faut-il vraiment?..."feignit de s'indigner Elisabeth. Sincérité de femme bafouée?..simple pose?...Tous les doutes étaient permis.Je me sentis soudain totalement dépassé par les événements, et peinai à suivre les mirobolantes enchères de la victime et de son bourreau.

Singh s'était aussitôt raidi, qui entreprit de morigéner d'une voix aigre l'ambigue créature:

-"J'étais si fier de vous, Elisabeth!..Et voilà que voius recommencez à vous comporter comme une gamine!..Lapse et relapse, vous persistez donc à vouloir préserver une dignité caduque, que les circonstances, et vos renonçements successifs ont depuis longtemps abolis!...Pour la dernière fois, Elisabeth, êtes vous ou non une grande fille?...Hésitez un seul instant, et c'en est fini de notre jeu!...A tout jamais!..."

-"Je suis une grande fille!", gémit la voix de mouflette.

-"Je ne veux plus jamais que vous en doutiez..", ajouta-t-elle, en nous tournant le dos pour s'appuyer des avant bras sur le réservoir des cabinets. Puis elle écarta spontanément les jambes, dans la plus humiliante des postures,dans le but manifeste de faciliter l'assainissement de son fondement par la main profanatrice, que je vis plonger, pour l'essuyer longuement, vers l'émonctoire, qui pleurait une larme sombre.

Nous retournâmes à pas menus vers le lit, où se laissa tomber Elisabeth, à la manière d'une couverture qu'on lache.

-"Vos cheveux sont trop longs Elisabeth!", fit brusquement Singh, "ils risquent d'entraver la bonne marche des amputations, en vous faisant surabondamment transpirer; Pitou, vous fûtes, jadis coiffeur, s'il faut en croire la rumeur!..."

-"heu...oui..."

-"alors, à l'ouvrage, ami, faites à notre petite fille une modeste coupe au bol, qui lui siera, à n'en pas douter beaucoup mieux que cette toison de Jézabel, et prenez bien soin de dégager largement le cou et les oreilles!"

-"Mes beaux cheveux!...."gémit Elisabeth, sans grande conviction, me sembla-t-il.. Etait-ce une illusion de mes sens désunis, je crus voir, une fois de plus, à l'énoncé de cette sentence,, dans les grands yeux couleur de menthe, mariner,dans son jus le vice le plus abject. Cela n'empêcha pas le chirurgien de la tancer vigoureusement:

-"Elisabeth!! il suffit!...", gronda-t-il, en brandissant un index tout vibrant de colère.

-"Mais que vont dire les spectateurs?", bêlai-je, en revenant de mon bureau avec ma paire de ciseaux.

Singh haussa les épaules, et je me mis ,sans plus regimber à l'ouvrage.

Une demi-heure plus tard,Elisabeth s'était , sous mes doigts experts métamorphosée: cette monacale coupe, avait gommé d'un coup, sans abolir sa féminité l'extrême sophistication de la superbe jeune femme, qui, en dépit de ses cernes,semblait avoir rajeuni de dix ans!.

il était plus de onze heures quand j'achevai ma besogne. Je m'éloignai de quelques pas, ivre des pussantes fragrances exhalées désormais par l'haleine d'Elisabeth, le fleur de ses goussets, macérés dans leur sueur de deux jours, et contemplai mon oeuvre. Sa tête paraissait,ainsi tondue, minuscule..et je me lissai, très agité la moustache...

Singh revint du laboratoire en faisant gicler une longue seringue, et ordonna à notre hôte de lui présenter sa rotondité, où il enfonça profondément l'aiguille.

-"C'est un produit éla boré par moi-même, à base de plantes collectées sur les contreforts de l'Hymalaya, non loin du lac de Pokhara..", m'expliqua-t-il, comme si Elisabeth n'avait pas été là.

-"Je lui ferai quatre injections quotidiennes; cette substance fortifie le système cardio vaculaire de façon spectaculaire, rend le coeur, pour ainsi dire invulnérable aux douleurs les plus aigues Il sanguifie également l'organisme, et régénère, ce faisant le métabolisme tout entier; cette jeune femme, déja saine et sportive, possédera dans quelques jours le fonctionnement physiologique d'une décathlonienne de haut niveau d'une vingtaine d'années .Elle restera ainsi, comme elle le souhaite, consciente jusqu'au terme de son supplice. Je ne suis pas encore parvenu, toutefois, à éradiquer les effets secondaires. Très paradoxalement, le produit , qui affame en permanence ,fixe, en les alimentant les graisses. Tout ceci va être extrêmement spectaculaire! Elle va prendre énormément de poids en quelques jours.;.Regardez bien ce beau visage Pitou, car il va très vite enfler considérablement, et irréversiblement,comme sous l'effet de la cortisone. Grâce à Dieu, elle est mince, et puis, je me languis déja, comme vous de le voir, de tailler dans la chair voluptueuse de notre petite fille, dont la peau, sous l'effet de ces mystérieuses substances, va prendre définitivement une troublante teinte rosée...Voilà!..c'est fini, Elisabeth!.".., puis, à mon endroit:

-"Cela va, en outre, la faire dormir pendant une dizaine d'heures; elle achévera, ainsi de recouvrer ses forces..."

Elisabeth s'était gardée d'interrompre le conférencier, mais dès qu'il en eut fini, un pitoyable "oh!" de consternation s'échappa de sous l'oreiller, où elle avait enfoui sa tête. Cri du coeur?...cri du leurre?..comment savoir?.....

Singh s'approcha du lit en étouffant un juron, puis sa longue main sèche s'abattit à deux reprises sur le fessier rebondi, qui s'empourpra aussitôt.

-"Cessez ces jérémiades, Elisabeth!...Vous vous comportez comme une petite fille!...voulez-vous, ou non, rester consciente jusqu'au terme de votre supplice, affronter crânement la mort, ou périr sans gloire d'un banal arrêt cardiaque, dès que la douleur sera montée en puissance, en nous privant, votre public et nous mêmes du spectacle de votre martyr?...."

Elisabeth se retourna.

-"Excusez-moi", bredouilla-t-elle, son étrange sourire sur les lèvres.

-"Vous avez raison,père il faut que je me conduise comme une grande fille. Je ne dirai plus rien, désormais, faites de moi ce que vous voudrez..Je vous promets que vous serez fier de moi!..."

Elle s'endormit presque instantanément. Singh ota les pansements, examina scrupuleusement les moignons béants, d'où s'écoulait à peine un pâle liquide rosâtre, et lava les plaie, qu'il laissa à l'air libre. Puis il s'éloigna vers la fenêtre et alluma une cigarette.

Debout derrière lui, j'attendais qu'il en eut fini. j'étais si proche de lui, qu'il devait sentir mon souffle dans son dos; du moins je l'espérais!..Il se retourna brusquement. Nous étions face à face.Je m'éclaircis la gorge, et m'efforçai de soutenir son regard, les poings sur la hanches, dans une pose belliqueuse.Je me fûs coupé une oreille pour avoir ne serait-ce que dix centimètres de plus!

-"Vous ne vous en tirerez pas par une pirouette rhétorique, cette fois ci!.. Au delà du dégout, que m'inspirent vos gestes éhontés sur cette malheureuse, je ne puis tolérer que vous compromettiez le snuffing,ainsi que ma réputation, en arrachant par lambeaux sa beauté,cette insurpassable beauté qui la singularise des ingrates gamines, vouées, d'ordinaire à l'équarissage, et qui a précipité la vente des billets...Les spectateurs ont payé des sommes astronomiques pour assister en direct au taillage de ce diamant, et s'ils entendent bien en avoir pour leur argent, ce n'est certes pas eu égard à son poids, mais à la seule pureté de son eau, cette eau que vous entendez brouiller par de la graisse!..."

-"Une fois encore, vous remuez la langue sans même savoir ce que vous dites, Pitou. J'obéis, en la soumettant à partir d'aujourd'hui à ce traitement à un faisceau de motivations irréfutables que voici: A) Je vais garnir, ce faisant l'auge de vice à caractère masochiste où elle se plait à paturer, B) Je nous prémunis contre toute tentative de sa part de faire succomber par ses charmes, au sortir de chez vous, quelque fâcheux séducteur, tel ce fameux Jenkyns, dont elle s'est vaguement énamourée, C) Je m'offre la possibilité de tester, sur ce docile cobaye, à la fin de son traitement, mon tout nouveau sérum amincissant, D) J'ai omis de vous le dire, mais la précipitation des événements m'en dédouanera, à vos yeux, que R....... en personne honorera de sa présence votre spectacle; or, il a le gout des femelles puissamment mammelées et fessues. Cela vous suffit-il, ami?..."

-"R......? vous plaisantez, je suppose..."

-"La plaisanterie est étrangère à mon génotype, Pitou. R........ a eu vent, par l'intermédiaire de ses rabatteurs, que vous lanciez, sur le marché un nouveau concept, fondé sur la seule qualité du produit. La qualité, pour ce carnophile, est indissociable de la quantité. Vous le désobligeriez, en lésinant sur le poids de la viande!"

-"Je demeurai stupide, foudroyé par cette annonce.

-"Allez donc nous servir deux forts toniques, ami! nous allons, ensemble, trinquer au triomphe annoncé de votre entrée dans la cité des plaisirs prohibés! "

Il était deux heures du matin. Singh dormait à poings fermés. J'ouvris lentement le tiroir de mon bureau, et y cueillis le rasoir mécannique à mon chiffre, que m'avait offert Monsieur huit ans auparavant, pour mon quarantième anniversaire., puis je me dirigeai sur la pointe des pieds vers la salle de bain, dont je refermai doucement la porte derrière moi, et fis couler un bain. J'otai ma chemise de cow-boy, et ne gardai que mon pantalon. Suprême et dérisoire coquetterie de laideron, je ne voulais pas que ces deux là me découvrissent nu au matin. Ce serait bien assez qu'ils me vissent, baignant dans mon sang, pitoyable et obscène! Je contemplai, pendant quelques instants le rasoir dans ma main tremblante .Je serais, avant le lever du jour délivré...Pére et amant, Singh avait usurpé ce rôle,dont je m'étais plu à rêver qu'il serait un jour, auprès d'une femme aimante,le mien Ce carnassier jouait tout atout, rafalait la mise à chaque fois. Moi, je n'avais dans mon jeu , pas la moindre coupe!.... Il n'y avait plus rien qui me rattacha encore à la vie. Je l'avais compris dans le regard d'adoration qu'Elisabeth avait jeté sur son mentor, comme il la déposait sur le lit. A quoi bon jouer pour perdre toujours?...n'être qu'une envie, une colonne de tristesse plantée dans un jardin de délices, où s'aimaient, sans se soucier de ma désespérance les autres....tous les autres!...La providence m'avait jeté sur cette terre pour me larder le coeur d'humiliations et de défaites!..L'heure était venue, de déposer, en constatant sa faillite , le triste bilan de ma bréhaigne existence....Mieux valaient que ce Golgotha, la froideur et les ténèbres d'un tombeau. Mieux valait l'extinction définitive de la conscience, des sens, voués, si je vivais, à fétider dans les caveaux de ce qu'il fallait bien appeler ma folie. J'approchai la lame de mon poignet, mais reposai aussitô t l'instrument de ma délivrance.. Au delà de cette dérobade, ne voulais-je pas, exclusivement arracher enfin à Elisabeth une larme, une seule larme de compassion pour le nabot haï et grotesque, qui ne savait qu'infliger à autrui un peu de sa souffrance?.....Cette larme, elle ne me la consentirait pas davantage, je le savais, q'une mygale consent à la mouche, prise dans sa toile, une minute de prière, avant de la sucer!....et quand bien même!..me consentirait-elle ce fugace hommage, je ne serais, de totes façons pas là pour m'en prévaloir auprès du Juge suprême, dans mon éternité de solitude!.... ...

Furieux de ma propre jobardise, je repliai la lame du rasoir, et m'allongeai sur le lit, où, hoquetant de larmes, je finis, toutefois par m'endormir.

C'était plus tard. j'enfilai mes bottes texanes , mon blouson du cuir, cueillis mon parapluie, et quittai l'appartement. Une fois n'est pas coutume, j'avais convoqué, dés potron-minet la troupe au grand complet. Dehors, il plusinait.J'étais comme ivre, et ne me sentais pas de conduire à travers les avenues périlleuses du quatorzième arrondissement, ma limousine.J'ouvris mon parapluie, et me dirigeai, d'un pas rapide vers la station de taxi de Chinatown Nord. Les yeux des gratte-ciels, par milliers, dardaient sur ma honte les feux jaunes de laur colère.

Je ne revins, épuisé, que le lendemain matin vers sept heures; Elisabeth dormait dans le même position que la veille. Singh oeuvrait sur la table d'opération,qu'il avait transférée au milieu du salon, à l'endroit précis où serait suppliciée Elisabeth, dans treize jours exactement.

-"Pourriez-vous nous préparer un solide breakfast, Pitou?"

-"thé ou café?"

-"Thé, avec un nuage de lait, je vous prie."

-"Je vais aller nous quérir des croissants chauds." , suggérai-je.

-"Excellente initiative. Vous êtes un homme efficace. Je suis fier de vous."

-"Merci, docteur.."

A mon retour, j'entendis retentir la sonnerie du téléphone, depuis le bas de l'escalier, que je me hatai de gravir.

-"Allo. Pitou José à l'appareil."

-" Allo?...Ploum, fodre brobriédaire..."

-"Ah!, bonjour, monsieur Blum!". Diable! je l'avais oublié celui-là!...Je ne l'avais, du reste jamais rencontré, mais la peau me piquait déja, comme d'une flambée d'urticaire, les assauts d'une escadrille

d'aoutâts, tant l'odieux sabir, évoquait, par ses borborygmes, les senteurs amoniaquées de la caque judaïque, d'aigres remugles de friperie pouilleuse, toute la bassesse , enfin, d'une race universellement et légitimement honnie depuis le règne de Tibère.

-"Fou m'afiez pien ti gueu fou safiez l'indenzion dé bardir afant l'édé..."

-"Heu...oui!..."

-"Chais droufé un logadaire bour lé zdutio gué fou soccubé...Bourrai-che lé vaire fisiter piendôt à lui?"

-"assurément, mais...."

-"Ché benzais fenir afeg zé mouzieu Mardi don zette zémaines...."

-"Ah!", fis-je, intantanément soulagé. "mais cela ne pose aucun problème, monsieur Blum!..Je ne serai, toutefois pas là pour vous accueillir. Je dois m'absenter..Un voyage d'affaires à Hong-Kong..."

-"Zé né bas un broplème!...Chai la glé...Ah! ah! ah!... Ché bense gué nous bazerons en zoirée..."

-"enfoiré ?..."

-" EN ZOIREE !..."

Ah?...comme vous foulez...Chrai bala doude vazon!...."

-"Zé né bas un broplème...Bonzoir!..et merzi, monzieur Bidou..."

-"Merci à fous...", Je raccrochai.

-"Vous n'avez pas été mauvais sur c'coup, bidou !....", s'esclaffa Singh,dont les lèvres, peu accoutumées aux étirements se retroussèrent péniblement dans une pathétique tentative de sourire. Une première, sans doute, pour le taciturne Charon, dont la pulpe violine se rétracta presque aussitôt, telle une huitre, sous la morsure du citron.

Elisabeth émergea du sommeil en fin de matinée. Après lui avoir administré une autre piqure, Singh lui apporta un plantureux petit- déjeuner sur un plateau, puis elle passa plusieurs coups de téléphone.

-"J'ai annulé mon cours de tennis, et déclaré forfait pour le tournoi de volley-ball, après demain à Roseville", fit-elle sur un ton fataliste, puis sa voix plongea brusquement d'un octave, et ce fut sur un mode conspirateur qu'elle me jeta:

-"José, voulez-vous bien sortir une dizaine de minutes...Je dois à présent téléphoner à plusieus jeunes femmes, qui vont bientôt, pour votre plaisir, et sous ma gouverne, concocter le plus savoureux des libertinages avec Monsieur Jenkyns. Je veux vous faire ce dernier cadeau avant de mourir pour vous remercier de votre hospitalité et de votre gentillesse..."

-"Un second scapegoat?..., m'écrai-je, fou de joie, en frappant dans mes mains.

-"Allons, José, vous êtes un libertin, vous aussi, à votre manière...Vous savez bien que les seuls breuvages dont s'agrémentent nos palais exigents, ne se peuvent composer que de fruits nouveaux, à chaque libation....Les gens comme nous ,ne se résignent à gouter que les seules friandises de l'inédit!...."

-"Il est vrai", fis-je, laconique, en referment derrière moi la porte. J'en profitai pour prendre des nouvelles de Otto, qui avait pioncé sur la banquette arrière, comme l'attestait le plaid encore chiffoné.; je lui fis part des intentions d'Elisabeth de rester en notre compagnie jusqu'au Mardi de la semaine suivante, et l'invitai à prendre ses quartiers dans la cabane de jardinier, sise au beau milieu de l'insolite jardin potager de l'autre coté du batiment, dont j'étais seul, avec Blum à détenir les clés.; je l'avais, dès les premières semaines aménagé pour héberger de façon rustique, mais originale, mes invités, le temps d'une nuit; et l'avais, à cet effet, pourvu d'un clic-clac, d'un minuscule lavabo, ainsi que d'un poste de télévision. Le patibulaire golem ne se fit pas prier, et je l'escortai, sous mon parapluie à travers les allées du bucolique potager, que la pluie, opiniâtre, avait, au fil des jours chocolaté de boue. Au loin, se dressaient, immenses, les hiératiques phalanges de gratte-ciels de Chinatown-Est. La chasse d'eau de cette cambuse était, hélas, affligée d'une provencale cagnardise, et je gageai que ce fauve ne tarderait pas à fertiliser, de son engrai personnel les terres déja grasses du jardin.

Quand je regagnai l'appartement, Elisabeth et Singh regardaient un snuffing sur l'écran géant déployé.; il ya avait un tas de boitiers noirs, jetés en vrac sur le lit, une partie infime de la collection privée du sacrificateur. Les cris perçantts d'une fille blonde, entièrement nue, percée d'une centaine d'aiguilles, firent s'accumuler, incontinent, dans ma bouche, une pâteuse salive, et je m'assis au bord du lit, où Elisabeth, tendrement enlacée par son gourou, se laissait peloter les poët-poëts, en suçant la corne mouillée de café crème d'un croissant .

Trois jours s'écoulèrent, sans que nous fissions autre chose, que besogner à nos activités coutumières, dans l'appartement surchauffé. J'avais annulé pour toute la semaine les répétitions des Folies africaines au Double six. les acteurs étaient fourbus, moi aussi, et puis, j'eus éprouvé,désormais, en quittant l'improbable couple, le sentiment amer de me soustraire délibérément aux réjouisances de quelque fête païenne, à la fois prodigieusement barbare, et puissamment nutritive à mes sens suraiguisés, fête que condimentait la perspective désormais proche du calvaire d'Elisabeth. Singh continuait de pousser les radiateurs au maximum; Abruti par la chaleur, je m'idiotifiai à de dérisoires lectures, où dérapait toutes les dix dsecondes mon oeil magnétisé par les fréquentes agapes de mes hôtes. Nous étions Vendredi. Cela faisait maintenant cinq jours que nous hébergions la belle rousse, qui, docile, ne s'était toujours pas lavée ne serait-ce que ses mains...ou ce qui en restait!.... Il flottait, désormais autour du lit, qu'Elisabeth ne quittait plus guère, que pour satisfaire, sous notre escorte quelque besoin naturel, une odeur opiniâtre de litière souillée; Sa bouche, quand elle s'entrouvrait pour parler, dégageait de vomitives exhalaisons, et les remugles sournois de sa sueur de rousse, à la fois douceâtre et ammoniaquée, emplissaient le loft tout entier; Singh ne s'était pas trompé: Sa peau avait rosi de façon spectaculaire; quant à son beau visage de chatte, il avait, en quellques jours considérablement enflé. Ses cheveux, à la garçonne soulignaient encore les ravages de ces boufissures, qui désolaient -du moins, m'obstinai-je à le croire- la future martyre.

-"Je suis affreuse!..", gémit-elle un soir, en contemplant, dans le miroir, que lui tendait Singh, son visage désormais bouffi, où, seul vestige de son éblouissante beauté, les grands yeux verts se mouillaient d'une tristesse grande comme la mer.

-"Vous êtes superbe!...Mieux, vous êtes appétissante!...un festin vivant!...DIEU vit en vous!..", protesta Singh, en, prenant goulumment sa bouche puante, puis la grande main sèche, d'arracher brusquement le drap, d'où s'envolèrent aussitôt de redoutables senteurs de poissonerie laissée à l'abandon sous la canicule. Je vis alors, les longs doigts bruns plonger vers l'anodine, et néanmoins coupable fente, creusée dans le pubis rose buvard, piqueté, désormais d'un chaume naissant de poils roux, qu'il entreprit de mignoter obstinément jusqu'à l'orgasme de sa titulaire..

Les heures s'écoulaient. Nous regardions souvent à la télé la campagne des législatives. Cécile Hoareau caracolait en tête des sondages. Cela suffirait-il à la prémunir de périlleuses alliances avec le squameux Rappoport, le translucide Mauzarre, voire le gélatineux Choubaire, le porte-drapeau de la communauté "gay", rien n'était moins sur, mais qu'en avions-nous vraiment à faire, chacun pour des raisons diverses...Les heures glissèrent imperceptiblement au long de ces cinq jours Aux lueurs malades de l'aube, succédaient, sans que nous les eussions vu venir, les grisailles du crépuscule.. Je travaillais à mon ordinateur. Singh broyait des plantes, emplissait des fioles, d'improbables liquides, en vue du supplice d'Elisabeth, dont onze jours seulemnt nous séparaient.; nous étions le 6 Mai, mais l'hiver semblait ne jamais vouloir finir. Elisabeth ne quittait plus le lit, alternant dans un patchwork révélateur de la houle qui agitait l'océan ténébreux de son pauvre cerveau malade, des lectures de vies de saintes, des visionnages de snuffing, de débats politiques, mais aussi d'interminables silences, que ponctuaient, de plus en plus souvent de déchirants soupirs; Elle s'y emmurait, dans ces silences, des heures durant, n'en émergeant que pour ouvrir, fébrile, ses bras, à son improbable amant et bourreau, qui, délaissant un instant ses onguents et ses baumes

se résignait à répondre à ses questions, devenues, au fil des jours plus précises, plus pressantes. Et je sus que l'angoiss et le doute, la tenaillaient, de savoir, désormais si proche son rendez-vous avec la souffrance et le néant.

C'était un peu avant le repas de midi; Elisabeth s'était assoupi sur son livre; Singh m'invita , d'un regard à le suivre dans le laboratoire, dont il referma doucement derrière nous la porte:

-"Pitou, je vois se profiler devant nous, les nuées d'une fâcheuse turbulence; Notre amie est, depuis hier, fort agitée, visiblement tourneboulée, par l'approche de son débitage, avant le grand tombé de rideau sur son absurde existence. Elle s'apprête à entrer en dissidence. Sa résolution prend l'eau de toutes parts. Il nous appartient de colmater ces fissures, d'accorder un surcroît de cuisson à la pâte encore molle de son renoncement. Je saisirai demain, quelque futile prétexte pour mettre en doute sa parole, et lui prescrirai, devant vous une plus rigoureuse pharmaque. iI sied que vous laissiez, dans la soute à bagages toute velléité chevaleresque de vous dresser contre mon initiative,quelqu'aspect qu'elle prendra Il y va de notre intérêt commun. M'entendez-vous bien , Pitou?..."

-"Je vous entends...", fis-je dans un souffle, en me laissant tomber sur le lit de camp;.Il avait déja tourné les talons, refermé derrière lui la lourde porte. Bienque la chaleur, dans ce réduit, fut à peine supportable, mon corps tout entier tremblait dans le noir.

C'était au soir du sixième jour.Fort agitée , depuis le matin, Elisabeth avait brusquement quitté le lit pour s'aller poster, l'oeil vague, devant l'immense baie vitrée.

-"La mort ne me fait pas peur..", finit-elle par murmurer, "mais ne se retrouve-t-on pas seuls, tragiquement seuls, au seuil de l'éternité, fût-ce une éternité d'amour, car alors, la conscience se souvient, depuis le fond du puisard de sa solitude, des visages aimés de ceux qui sont restés! Ce tête à tête avec l'éternel, sans la proximité rassurante de visages chéris, de visages humains, me fait frémir, et j'ai peur...peur de cela, cela seulement..."

Singh pinça gentiment la joue bouffie, comme plastifiée d'un étrange rose chimique.

-"L'âme est nomade..", récita-t-il. "elle butine au gré de ses seuls désirs, dans les vergers de naguère, les prés du futur, les pépinières de l'ailleurs, où sourient ces visages que vous évoquez, où se tendent ausssi les bras d'hommes et de femmes encore à naitre sur cette terre, et que nous languissions, sans même le savoir de rencontrer un jour. Le temps, l'espace, sont les chaines des vivants, la vie terrestre, une pièce close, où s'ouvre, à notre mort une fenêtre ouverte en plein ciel, là où n'existent que nos seuls désirs, validés par SON décret,nos rêves, incarnés enfin par la puissance de SON amour...Et puis, ma petite fille, songez à votre soeur!..Elle vous attend depuis si longtemps!...Son âme, veuve de votre amour, se languit de la votre. Vous l'avez tant fait souffrir!...fauché sa vie à son printemps!...Vous lui manquez, cependant, tout comme elle vous manque!...Depuis toujours!...Je vous l'affirme car je le sais!...."

-"Je veux le croire!..Ma raison même l'accepte, mais qu'en est -il de ceux qui restent, et qui vont, immanquablement me manquer?..." Je remarquai qu'elle parlait de nouveau avec sa voix de fillette ...

-"Ce bouc de Jenkyns?...", m'entendis-je fulminer.

-"Oui! Barry!.... dans une certaine mesure, mais vous surtout, père!...que deviendrai-je, sans votre esprit pour baliser ma route?" Et de se blottir de plus belle contre le redoutable hâbleur.

-"vous aussi, José, vous allez me manquer, à votre façon!...Comme tant d'autres!.des amies.....des jeunes femmes que vous ne connaissez pas, et qui dessinent les contours de mon paysage affectif: Véronique, Béatrice, Viviane Caroline..."

La main de Singh s'envola, pinça à nouveau la joue rebondie, où s'attardait l'empreinte plus sombre de ses doigts, à l'endroit où ils l'avaient pincée.

-"Elisabeth, ma petite fille, nous ne tarderons guère à vous rejoindre. Vous semblez oublier que l'éternité vous attend, comme elle attend chacun de nous...Dans cinq ans, dix ans, trente ans, cinquante ans même, qu'importe!....que sont les années, à l'aune de SON amour? imaginez, ma petite fille une plage infinie, constituée du sable le plus fin; imaginez des tonnes de ce même sable inconsistant, enfouies sous des millions de grains qu'y fouleraient vos pas en y cheminant...; maintenant, voyez, dans l'azur, grandir ce point minuscule!...C'est une mouette qui vient de se poser sur cette plage immense, pour en prélever, dans son bec un seul grain de sable, qu'il emporte aussitôt à l'autre bout du monde , sur une semblable plage...Eh bien, quand il aurait fini d'accomplir le transfert de chacun de ces minuscules grains, depuis votre plage, jusqu'à cette autre, à l'autre bout du monde..l'éternité, Elisabeth, n'en serait encore qu'à ses prémices; mieux encore, c'est à peine si elle aurait commencé!..... vous allez mourir dans onze jours, ma petite fille...Nous vous rejoindrons tous ,quelques nano-secondes plus tard. L'éternité attend chacun de nous. DIEU veille à sa porte pour nous y bienvenir, mais nul ne peut s'ennorgueillir de pouvoir échapper au jugement de SON ubiquité. Je vous l'affirme, car je le sais!..".

Je vis qu'Elisabeth pleurait silencieusement, mais ne pus mettre un nom sur la nature du trouble qui la tourmentait. Etait-ce du soulagement, du désespoir, une imbécile et tenace vénération à l'égard de son mentor, je l'ignorais...Singh, le savait, lui, sans aucun doute,, sur les pas duquel, marchait l'inconsciente, à moins que ce ne fût le contraire, ce qui revenait au même.!....

Les sourcils parfaits de la femme condamnée se froncèrent soudain, et ce fut d'une voix hésitante, qu'elle senquit:

-"Mais comment aimer encore, quand les sens ne sont plus?....Dans onze jours, à cette heure-ci, mon coeur viendrait-il à faillir, je serai réduite à un petit tas de cendre, dans l'obscurité de cette urne, dans la puanteur d'une poubelle..... Je ne pourrai plus jamais embrasser, me laisser embrasser, caresser, séduire, jouir!..... L'esprit peut bien perdurer, voire continuer à aimer, à désirer, mais quand le corps n'est plus, ce n'est plus qu'un veuf inconsolable, et irrémédiablement voué à la chasteté des immatérielles et frugales béatitudes célestes!...".

La main de Singh envelopa un sein d'Elisabeth, dont il entreprit d'énerver, entre deux doigts la pointe. Je remarquai au passage que sa poitrine avait pris une ampleur considérable, à l'exemple de ses fesses, dont je m'étais étonné, quelques minutes auparavant, comme nous l'escortions pour un besoin gastrique jusqu'à la salle de bain, qu'elles eussent pris un pareil volume en si peu de jours..

La voix de Singh n'était plus qu'un murmure, une patenôtre de confessional, mais elle retentit dans le silence du loft avec la puissances de grandes orgues de cathédrales...

-"Le corps, ce corps, dont vous vénérez les terminaisons nerveuses, pourtant si imparfaites, est une cage. Le plaisir, la volupté, l'extase, ne parviennent que rarement à passer une aile au travers de ces barreaux, et vous vous en émerveillez, ignorante que vous êtes, des authentiques béatitudes, car de l'instant où l'âme prend, depuis ce cachot son envol, elle s'emplit instantanément -il n'est pour elle que de le sollicier- du plaisir convoité, qu'il soit de nature visuelle, olfactive, auditive, gustative ou sexuelle.

Il suffit, je vous l'affirme car je le sais, de désirer, pour que s'incarne le désir. Dans nos vies de scolopendres, nous ne faisons, dans le meilleur des cas, qu'entrevoir de vagues lueurs, que notre ignorance méprend pour le plaisir , lueurs qu'éteignent vite, pour notre déconvenue,la pluie sur un beau paysage, des braillements de mômes sur une miraculeuse musique, de parasitaires et nauséabondes effluves, dans la jouissance d'un parfum, la souillure, la puanteur, l'amertume, qui viennent sitôt consommée l'exultation de la chair dans le spasme, pour ne pas faire état de l'infinie mélancolie qui épilogue les jouissances les plus abouties!..Il n'est rien de si amer à la lumière de SON amour, quand l'âme, enfin libre, s'alimente de tous les désirs, de tous ces rêves, dont nous avions toujours cru qu'ils nous seraient à tout jamais inaccessibles sur cette terre de souffrance, et d'approximatifs réconforts...Le corps est une cage. Je vous l'affirme car je le sais!..."

-"Mais alors, père,Que faites -vous des désirs interdits, des passions coupables, des envies prohibées, de tout ce qui condimente un peu la fadeur des accouplements accoutumés pour les êtres que nous sommes?..."

-"Soyez plus précise, Elisabeth...."

Sa voix monta encore d'un octave, et ce fut avec celle d'une toute petite fille qu'elle osa:

-"Dans ma vie de femme, ce n'est pas dans l'étreinte, ou même la spasme, que j'ai joui le plus fort..."

-"Soyez plus précise, Elisabeth..."

-"Des mots prononcés.... des gestes esquissés....des humiliations consenties."...

-"Soyez plus précise, Elisabeth....Vous êtes une grande fille, oui ou non?...."

Elle se mordit les lèvres, puis, très vite, sans même reorendre son souffle:

-"J'ai joui davantage, ces derniers jours en votre compagnie, que pendant les quelque vingt années de ma vie de femme..".

-"Soyez plus précise, Elisabeth..."

-"....J'ai joui de vous entendre évoquer ma mort prochaine...J'ai joui de signer le protocole d'accord pour mon propre supplice....de me déshabiller devant vous après le restaurant....."

Elle baissa les yeux. Un pâle sourire hésita sur ses lèvres.

-"Soyez plus précise, Elisabeth..."., insista le monstre.

-"J'ai joui de ....me laisser aller devant vous, de me ...soulager...J'avais déja joui, quelques instants auparavant de....vous montrer...ma lingerie..de vous la faire...sentir...Bien après, j'ai joui de sentir sur ma peau le froid de la lame, dans ma chair...le feu du scalpel, dans ma bouche.le gout de....ma propre chair, mais surtout...de me soulager..."

-"Soyez plus précise, Elisabeth...utilisez les mots authentiques, ceux qui désignent sans équivoque le bien et le mal, le beau et le laid, quand bien même ces rayonnages sont, en ce qui nous concerne, frappés du sceau de la caducité.....Laissez-les, ma petite fille, laissez-les, ces mots terribles faire claquer leurs fouets sur la vérité...Ils ne feront qu'alimenter les braises de votre légitime trouble, du notre, également...."

-"J'ai joui de ...faire...pipi devant vous...", concéda-t-elle enfin dans un petit rire étouffé.

-"Mais encore?...Soyez plus précise, ma petite fille..."

-"A cet instant précis, je sens bien que je pue...Je jouis de puer ainsi devant vous...je jouis de me voir si grosse, moi qui était si belle il ya seulement quelques jours...Et je jouis,Dieu me pardonne, de vous avouer que je jouis de toutes ces choses ignobles.!.."

-"C'est bien, Elisabeth, vous êtes une grande fille...", roucoula l'oiseau de malheur "poursuivez!...Il vous faut accoucher tous vos secrets les plus intimes!...Il vous reste si peu de temps à vivre!....Allons! nous vous écoutons, ma petite fille...et soyez plus précise!...."

La tête me tournait. J'avais le sentiment de coller mon oreille à un confessional, avant la prise , par le pénitent, de l'hostie noire consacrée par le pissat d'un prêtre priapique, à la gloire de l'Antéchrist. Quand elle s'éleva à nouveau, la voix d'Elisabeth évoquait les notes les plus aigues d'une flute à bec jouée en sourdine...

-"...Cela m'a étrangement toublé de ....faire mon besoin devant vous...quand vous m'avez torché, j'ai étouffé un gémissement de plaisir...et puis....je jouis, à cet instant de savoir que vous êtes en train d'observer mon visage bouffi, démaquillé...mes yeux rougis de larmes...Je jouis de vous avouer ces choses immondes..Je suis immonde!...Je suis damnée!...."

Une gigle magistrale de Singh claqua sur la joue déja enflammée d'Elisabeth, puis une autre. Elle y porta sa main valide puis éclata en sanglot. J'essuyai de ma main mon front en sueur, et me lissai la moustache. Je me sentais dépassé par les événements, la montée en puissance du mal dans la pénombre malsaine du loft.... Les gémissements de cette jeune femme vouée au dépeçage, puis à la mort eussent concité les larmes d'une fouine. Ils n'avaient déclenché qu'une averse de gifles...

La voix de Singh s'était enflé brusquement:

-"Vous n'avez pas le droit de qualifier d'ignoble SA volontré d'avoir fait de vous ce que vous êtes, ma fille..."

Singh ota sa main de la joue cramoisie, qu'il gifla de nouveau avec une telle violence, que la tête de la jeune femme fit un quart de tour. Le lucide diagnostic de la malheureuse semblait avoir outré la colère de son sinistre confesseur, dont le regard, à cet instant précis fit chuter de vingt degrés la température ambiente du studio. Je me retranchai dans un silence honteux. J'avais autant l'envie d'abonder dans son sens que de rouler un patin à une hyène.

-"La peur vous habite, ma petite fille, de vous voir refuser l'entrée dans les jardins de l'au delà, pour l'absurde raison que vous croyez n'en être pas digne!... Vous faites injure à SA volonté, à SON amour, qui ignorent, par essence, les mesquines discriminations, que, dans votre ignorance, vous LUI attribuez!... Qui croyez-vous être?..Vous n'êtes rien !.... Rien d'autre que SA créature!...Vous LE blasphémez, en vous accusant sottement de vos faiblesses!.. Auriez-vous l'audace de vous plaindre qu'IL ne vous fit pas à SON image?...parfaitement irréprochable?....

-"Pêché d'orgueil!...", intervins-je sottement, sollicité par le regard en ignition de l'accusateur.

-"Moi, c'est pareil!...Croyez-vous que je chiale tous les matins parcequ'il a fait de moi un nabot, ou parcequ'il m'a repris mon petit garçon, qui allait fêter ses dix ans!...."

-"...Qu'il a fait de moi ce monstre, qu'un masque hideux protège en permanence de la terreur qu'il inspire?....", renchérit Singh.

-"Alors, je verrai Dieu!....", bredouilla la pauvre Elisabeth, dont la joue avait pris, sous l'avalanche des gifles, la couleur et la texture même d'un poivron mur.

-"Vous le verrez. Je vous l'affirme car je le sais, mais il vous faudra, auparavant, boire jusqu'à la lie la coupe de votre insurpassable orgueil, endosser, sans regimber la bure de votre pénitence, avant de revêtir le silice des martyrs.."

-"Je me comporterai comme une grande fille. Je vous le promets. Commandez, père, je vous obéirai comme votre esclave...."

-"Elisabeth, votre résolution me parait encore friable. Je veux la maçonner plus fermement. Nous sommes le Mardi 7 Mai. Il est dix huit heures trente. C'est jusqu'à Mardi prochain, quatre jours avant votre supplice, que vous allez rester cloitrée entre ces murs, avec nous..Je vous reconduirai ensuite à votre domicile.Il vous restera trois jours, pour pour régler vos affaires, vous reposer, et vous préparer à la cérémonie.Vous serez à partir de ce soir astreinte à un régime infiniment moins émollient que celui qui a fait se diluer vos résolutions dans la tiédasse sauce des atermoiements; votre ferveur s'est amollie. Je redoute votre dédit. Il vous faut, je le crains, ma petite fille, avant de subir le martyr, vous colliger dans une plus vivifique retraite, dont je veux, maintenant vous exposer les modalités.. Nous allons ce soir faire ensembe un ultime et plantureux repas. après quoi vous irez,sans même que je vous y invite, vous étendre sur le lit d'opération, ce même lit, où vous serez démembrée dans onze jours exactement. Vous y resterez attachée toute cette semaine, les yeux bandés, la bouche baillonée de chatterton, les oreilles bouchées par de la cire; Vous devrez tout ce temps demeurer parfaitement immobile, et serez sévérement giflée au moindre soupir au moindre geste d'inconfort, fut-il du aux crampes ou à l'ankylosement, qui ne manqueront pas de vous assailir. Vous ferez tous vos besoins sous vous, et, afin de vous engraisser suffisamment pour satisfaire les gouts de votre plus illustre admirateur,serez nourrie abondamment, toutes les trois heures d'une épaisse purée de chateignes et de bananes, que je mouillerai, car vous en avez le gout, de miel et de lait sucré chocolaté. A ce menu, se substitura trois fois par jour, un autre, tout aussi roboratif, composé d'un mélange de purée et de fromage de Comté. ce régime, associé ux nombreuses injections d'extrait de cactophyline, vous assoiffera en permanence. Je pourvoirai à cette pépie, en vous faisant boire un demi-litre de bière blonde après chacune de vos patées.. Cette prise de nourriture se fera par le truchement d'un simple entonnoir de jardin, qui sera introduit dans votre bouche, à travers un minuscule trou percé dans le chatterton. Bienque déja rendue délicieusement dodue par les injections, vous allez, Elisabeth, engraisser, au cours de cette retraite de manière spectaculaire.. il y a même fort à parier que vous ne vous reconnaitrez pas, quand vous vous verrez dans neuf jours dans le miroir. Mais encore une fois, tel est le voeux de votre plus illustre invité que vous soyez grasse comme une oie le jour de votre supplice..."

La torréfiante sentence semblait avoir foudroyé sur place Elisabeth, qui, avait, pendant cette oraison recouvert sous l'oreiller son visage décomposé.

-"Mais il ne me reste que onze jours à vivre!..."gémit la voix enfantine, qu'assourdissait l'épaisseur des coussins, "Faut-il que j'en passe sept, ensevelie seule, dans le silence et les ténèbres, livrée à mes seules réflexions?...

-"J'ai fortifié votre coeur, enrichi votre sang, ouvert votre conscience à l'infinie béatitude des corps célestes. C'est à vous, à présent d'affermir à force de méditations votre résolution de rompre d'avec les terrestres contingences..."

Le visage bouffi de la jeune femme émergea de sous l'oreiller. elle s'assit sur le lit en sanglotant doucement; L'empreinte pourpre des gifles sur la joue rose semblait d'un clown.. Singh attira tout contre lui la femme condamnée, dont la peau des cuisses s'était constellée, en quelques jours de nacrures plus foncées, d'un rose qui tirait sur le mauve..

-"Allons, réjouissez-vous, Elisabeth! vous êtes notre petite fille.. nous ne vous abandonnerons pas aux seules macérations de votre esprit, livré à plein temps à ses fatigantes voltes.. j'entends que vous jouissiez encore, du fond de vos ténèbresde votre claustration.Nous vous caresserons tendrement souvent, sauvagement parfois, José et moi, ainsi que plusieurs visiteurs de passage, dont vous ne saurez rien d'autre que le frolement de leurs doigts sur votre corps dénudé. Cela se fera selon la fantaisie de chacun. Gageons que vous vvous agrémenterez de ce bouquet composite d'hommage à votre incomparable vénusté..."

Elisabeth leva vers le chirurgien des yeux implorants, et je sus, à cet instant précis que la terre n'avait sans doute jamais rassemblé, sur un espace aussi réduit, en y incluant le vomitif Otto quatre aussi redoutables bipèdes, que ne reliait les uns aux autres que le seul ombilic de leurs folies respectives, et , hélas, interdépendantes!....

-"En outre", poursuivit le chirurgien d'une voix que caramélisa instantanément une tendresse probablement feinte à l'égard d'Elisabeth, dont il avait entrepris de caresser négligemment la fente, "en outre,, ma petite fille, réjouissez -vous! sachez, et je m'y engage, qu'à n'importe quel moment, nous assouvirons sur votre corps sans défense, qui a le gout, nous le savons des attouchements les plus audacieux, les croustillantes pulsions que votre nudité, pimentée de ses puissantes fragrances, nous inspirera pour notre joie et la votre...."

-"La lame du scalpel?....la brulure d'une flamme?....quelque baiser coupable sur mon intimité?...", s'enquit l'équivoque créature d'une voix gourmande, qui semblait, en vérité implorer le vulnéraire de ces brulantes friandises.

-"Oui, Elisabeth...Vous allez pénétrer dans des jardins de délices infoulés, sans guère de répit, car, sollicitée par la fréquence de vos gavages, mais aussi celle de nos fantaisies, les notres et celles de nos invités, vous n'aurez guère l'occasion de fermer l'oeil, en dépit de la nuit où vous serez plongée. vous perdrez vite la notion du temps. tous vos repères accoutumés vous seront retranchés; vous éprouverez ainsi, sans l'échéance de la mort, ce que vous subirez de façon plus aigue dans onze jours, quand j'aurai aveuglé vos jolis yeux, percé vos tympans et sectionné votre menteuse petite langue."

Elisabeth vint se blottir contre son bourreau. Ses lèvres trouvèrent celles, violines de cet eunuque de la compassion.

-"Je vous obéirai, père..Je veux être votre esclave...", murmura-t-elle, en cueillant dans sa main unique la verge démesurée de son tortionnaire, qui venait, comme il pérorait de jaillir de la braguette du pyjama qu'il portait désormais en permanence, avec ou sans sa blouse de nylon.

-"Pas maintenat!...", protesta-t-il d'une voix douce, "...Mardi, quand je vous aurai délivré de votre retraite, épuisée, obèse et enfin soumise...alors, et alors seulement, ensemencerai-je, l'un après l'autre vos deux jardins privés, qu'aura fertilisé le compost de vos expulsions diverses..."

Il me tendit la liste des commissions, comme s'il se fût agit d'une ordonnance. J'y lus: 500 grammes de caviar de la Baltique, un bloc de foi gras des Landes, trois barquettes de pintade aux choux. Il avait au dessous pris soin de souligner au stylo rouge les breuvages chargé d'accompagner ces onéreuses prescriptions dans leur cheminement vers nos estomacs affamés déja par la perspective de l'inédite pénitence de notre compagne. Je vis qu'étaient ainsi requis de son commissionaire par l'exigent factotum, pour arroser successivement ces mets, une bouteille de Bordeaux blanc, un litre de vodka, deux vieux Bourgogne..La liste se cloturait de façon sybilline, après ce florilège de délices gustatifs par l'improbable addenda de quinze boites d'un kilog de purée de chateigne, de trois grands pots de miel, deux kilogs de sucre roux, cinq kilogs de bananes, une meule de Comté et douze sachets de purée.

J'enfilai mes bottes texannes, mon blouson de cuir, et refermai doucement derrière moi la porte du loft, en songeant que mes deux CHERS partenaires dans l'opprobre n'avaient jamais aussi bien mérité, en ces circonstances leur commun épithète.

Dehors, les réverbères s'allumaient, un à un , et je partis, à la brune m'acquitter de ma besogne. J'optai pour Euroshop, au débouché du viaduc de Chinatown Est, la seule méga surface apte à me procurer les produits exigés par notre maitre d'.

L'immense magasin fermait ses portes à 19heures trente, et je me hatai, courbé sous mon parapluie, entre les gratte-ciels du quartier chinois, jusqu'à l'embrasement des vitrines du centre commercial. J'en émergeai une demi-heure plus tard, pour me laisser emporter toute une heure dans le flot des vespérales foules, aux semblables visages,au dessus desquelles se ruaient à grand fracas, en direction des prochaines stations les métros bondés de besogneuses fourmis jaunes. Des fragrances d'épices montaient des étals. Dieu, que c'était bon de se réchauffer, ne serait-ce qu'une heure dans le cotoiment des anonymes promeneurs du soir. A cet instant, j'eus voulu qu'Elisabeth cheminât à mon bras avant sa plongée dans l'abîme. Cela ne dura guère...

De retour à la résidence, je me faufilai dans l'allée qui menait au jardin, et portai à Otto, qui regardait les courses de sac à la télé, dans son agreste cahute plusieurs magazines et quelques bonnes bouteilles. Bienque brève, ma visitée parut l'indisposer. Ce dépravé était un fauve. La solitude, loin de le désobliger seyait à sa psychose. Il en avait le gout, au moins autant qu'il avait celui du sang. Une odeur opiniâtre de cage de cirque en faillite régnait dans l'unique pièce, dont je refermai à sa demande l'huis, prémunissant,ce faisant cette délicieuse nuit des inquiétantes exhalaisons du sanguinaire bestial.

Le diner se déroula à merveille. Elisabeth, affamée, dévora sa part du plantureux médianoche, et consentit, bienqu'enfin rassasiée à finir l'assiette à peine entamée de Singh, qui l'embecqua, tout au long de cette ripaille. Ses joues, empourprées par les mets trop riches, la vodka et les vins , avaient, me sembla-t-il encore enflé!....

Nous envoyâmes chacun plusieurs S.M.S. Nous étions désormais liés intimement les uns aux autres pour les sept prochains jours, hors du temps, dans cette enclave au fleur de province, nichée au coeur de l'énorme Paris. il était impensable que l'un de nous se refusât à honorer de sa présence, et de ses initiatives personelles l'emmurement consenti de notre moniale. Singh annula une conférence, et deux interventions chirurgicales, ainsi qu'un diner avec Raoul Saligaut. J'annulai, pour ma part, une bamboche, prévue de longue date avec ma douce et tendre, une partie de tennis avec Diallo, et me désistai, auprès du secrétaire de Monsieur pour notre partie d'échecs hebdomadaire au Double-six. Ce fut ensuite à Elisabeth de pianoter sur le clavier. Elle joignit successivement une certaine Caroline, puis une Béatrice, une Véronique enfin, dont je n'eus guère de mal à deviner, qu'elle constituait le casting du prochain sabath avec le bienheureux Jenkyns, sabath, dont je ne doutais pas non plus que la jeune femme me ferait don des morceaux choisis le jour de son supplice,si tant est que sa courte villégiature à Chênevilly, lui en offre l'opportunité!...

Quand elle en eut fini,elle se leva lourdement, et se dirigea d'elle même, comme nous lui avions enjoint de le faire, vers son lit de torture, devant lequel s'interposa Singh, qui, ayant pincé gentiment la joue de sa victime consentante , s'écria en riant:

-"Ma petite fille, vous avez pris des joues de paysanne normande!...Certes, il sied que vous soyez grasse,mais ces roturières rondeurs sur votre visage, que les injections que je vous ai administrées, pour fortifier votre coeur, rendent, hélas, irréversibles,désobligeraient, à n'en pas douter le public venu assister à votre supplice...Je sugère, pour l'agrément de vos admirateurs,et votre amour propre,de consentir, avant votre retraite,à l'extraction par mes soins de toutes vos molaires. Ce prélévement redonnera à votre visage, déja méconnaissable une partie du profil affuté qui était encore le sien il y a quelques jours, à la Tour d'argent...."

-"Mais je ne pourrai plus macher!...."protesta-t-elle faiblement. De fiévreuses lueurs passèrent devant ses grands yeux....

-"Ma petite fille, ", expliqua Singh, comme s'il s'adressait à une enfant un peu attardée, "Nous allons vous nourrir exclusivement de bouillie pendant votre retraite, et croyez-moi, de manière très substantielle. Je vous le redis,à raison d'un gavage toutes les trois heures, ce qui vous fera 8 copieux repas quotidiens de 8OO grammes de nourriture. Pour les quatre jours qu'il vous restera à vivre,vous vous sustenterez, somme toute, de potages et de bouillon gras. Songez qu'entre les effets des injections, et les pesantes patées que vous devrez absorber, vous allez, en une semaine grossir encore d'une quinzaine de kilogs!...."

-"quinze kilogs !....."fit en écho la voix, devenue soudain flébile.

-"Eh, diable! il le faut!...l'un de vos spectateurs, un homme connu de tous, et dont nous voulons garder les faveurs a exigé de nous que vous fussiez grasse. Nous ne voulons pas le désobliger. Il faut nous comprendre, vous êtes une grande fille, oui ou non?..."

-"Un faible gémissement s'échappa des lèvres d'Elisabeth. Fulgurante, l'image de la belle rousse, gamine,pleurant dans un coin de cour de récréation, à l'écart des autres enfants venait de surgir de l'abîme où je Singh nous forcait à nous pencher....S'y était venu se superposer,presque intantanément le visage de mon petit Victor, ma chère petite tête blonde, laissé tout seul, lui aussi, à l'écart des liesses enfantines chez les DeMon Dieu Neuville. Elisabeth...Victor...deux gosses réprouvés, deux petites victimes!...Mon Dieu!...Comment en étions-nous tous arrivés là?....

Je m'étais consummé d'avoir perdu mon fils,et fait absurdement l'instrument de la destruction programmée de cette petite fille mal grandie qui aurait pu être la mienne, sauter, elle aussi sur mes genoux, quand je lui aurais raconté des histoires!...

-"Elle ne subira pas cette humiliation!...fis-je, en m'interposant, tout tremblant de colère entre la victime et son bourreau..... C'est alors que la main de la jeune femme se posa sur mon épaule:, et je sus que les jeux étaient faits....

-"J'ai promis que j'obéirai...Je ne faillirai pas à ma parole...et puis, je suis déja si grosse!...qu'importent ces kilogs supplémentaires!...Dans onze jours, je serai morte!....une poignée de cendre en plus dans mon urne, la belle affaire!....."

-"Mais vos molaires, Elisabeth!...."

-"Je vous le dis, José, cela n'a plus d'importance!...."

Je reculai vers une zône d'ombre, résigné et vaincu. Je vis Singh embrasser tendrement Elisabeth, qui s'étendit docilement sur le lit d'opération, où je l'attachai fermement aux poignets et aux chevilles, maintenant ainsi ses jambes largement écartées pour toute la durée de sa retraite.Singh attacha à son cou une serviette, et disposa sous sa tête deux coussins, quil protégea d'un plastique.

-"Il va falloir lui maintenir fermement la tête entre vos mains", fit il, en poussant devant lui, depuis le laboratoire la table chirurgicale, où étaient posés une cuvete en émail, une demi-douzaine de gobelets, emplis d'une eau rosâtre, ainsi que des compresses et une batterie d'inquiétants instruments chromés, que complêtaient deux seringues remplies d'un liquide ambré puis, d'une voix cauteleuse:

-"C'est bien, Elisabeth, vous êtes notre petite fille,n'est-ce pas Pitou?...maintenant, ouvrez grand la bouche!" ordonna-t-il, en faisant gicler une des seringues ,dont il enfonca doucement l'aiguille dans la gencive inférieure de sa coopérante patiente.......

Cela fait maintenant plus d'une heure, que les muscles de mon avant-bras bandés s'efforcent de maintenir immobile la tête inondée de sueur d'Elisabeth.L'odeur aigre-douce de ses goussets, celle, caséeuse de son haleine, medonnent du mou dans les jambes.. singh vient d'extirper, après moult torsions du poignet, de la bouche ensanglantée une dixième, et me semble-t-il ultime molaire, qu'illache du davier dans la coupelle en métal, où elle retombe dans un cliquetis joyeux. Gisent déja, dans du rouge, une dizaine de dents jaunis par le renoncement à l'hygiène buccale laplus élémentaire.Un gazpacho d'épouvante emplit la cuvette,dans laquelle, la malheureuse crache une dernière verrée de sang. Singh, qui chantonne, tamponne à plusieurs reprises la gencive. des dizaines de compresses, imbibées de rouge, s'empilent sur la tablette.

C'est fini. Singh fait rouler le chariot vers le laboratoire, oùil s'attarde. De l'eau coule dans un évier, de l'autre coté de la porte en fer.

-"Vous êtes si...courageuse!...", m'entends -je glapir, penché au desssus de la femme martyrisée, dont les gencives, désormais à demi chauves mordent éperdumment une épaisse compresse imbibée d'un liquide bleuâtre. Je chasse prestement, du plat de la main une grosse larme sur ma joue, et tortille ma moustache. Unegrosse boule dans ma gorge mefait haleter, telun dogue. Les joues d'Elisabeth, déja bouffies, avant l'arrachage de ses dents ont encore enflé!....Comme nappées, désormais, d'un glaçage de sucre rouge, elles évoquent, d'un fessier de babouin les obscènes et purpurines rotondités, et tutoient, de leur graisse, les yeux, demeurés étrangement sereins, rougies eux mêmes par les larmes. Elle ôte le cataplasme, et d'une voix, que les extractions ont rendu pâteuse:

-"Je n'ai guère de mérite, José!...tout devient plus facile, à chaque coup de pioche sur ma beauté?..Ne vaut-il pas mieux que je meure, dans l'état où je suis maintenant?..."

Ce crucifiant aveu, murmuré péniblement par les lèvres gercées, que comprimaient la graisse rose des joues broyait le coeur dans de l'acide. Je battis en retraite, à l'écart de la lumière. Singh réapparut. Ses doigts fébriles s'activèrent longuement au sdessus du visage dévasté. Il sifflotait. Quand je m'approchai à nouveau, , deux sparadraps y masquaient l'emplacement des yeux,un ruban de chatterton obturait la bouche jusqu'aux lobes cramoisis des oreilles.

-"J'ai bouché de cire ses oreilles, et scellé ses lèvres avec de la colle forte", m'expliqua le tortionnaire, en enfonçant à grand peine le tuyau de mon entonnoir de jardin dans le chatterton;, à l'endroit où il a laissé une marque au stylo rouge; il faudra, dans sept jours, fendre à l'aide du scalpel ses lèvres; elle masquera, le jour du snuffing, avec du rouge à lèvres la peu ragoutante plaie, que laissera cette coupure, mais cette obturation était indispensable,sous peine qu'elle refusât, en bavant sur elle, les huit gavages quotidiens, auxquels elle sera dès ce soir astreinte. Maintenat, allons nous reposer un peu Pitou,Ses gémissements nous réveileront quand les effets de l'anesthésie se seront dissipés, dans trois heures, approximativement. Nous lui administrerons alors sa première patée, et dormirons jusqu'à la suivante..

Je ne me souviens pas m'être couché. une crise d'épilepsie foudroyante me projeta sans pré-avis sur la moquette, et je sus, au milieu de cette horreur, que je me débattais, cete fois ci, avec d'incendiaires, mais très identifiables remords...

Mon sommeil fut asailli par d'indescriptibles cauchemars, au milieu desquels, je croyais entendre les gémissements de quelque animal blessé. J'ouvris un oeil. J'étais étendu sur le lit dans mon pyjama; C'était les gémissements d'Elisabeth, que j'avais entendu dans mon assoupissement.. Singh était en train d'apaiser de glaçons ses joues en feu, qui bombaient sous l'affreux ruban beige, qu'avaient déja plissé ses grimaces de douleur.

-"J'ai du vous administrer un léger sédatif, Pitou. Vous avez, je l'espère recouvré vos forces. nous allons tous trois vivre des moments rares.!.."

Je m'approchai du lit d'opération, à la manière coulée d'un somnambule. Je savais que ma bouche était entrouverte, mais ne parvenais pas à ordonner à mes lèvres, tétannisées par la hideur de tout cela, qu'elles se refermassent....

-"Mon Dieu!...", m'entendis-je lacher dans un souffle, comme, insidieuses, et véhémentes, parvenaient à mes narines les émétiques et composites effluves d'Elisabeth, dont le corps, entièrement huilé de mauvaise sueur, semblait émerger d'un bain de bouillon gras. Un dialogue surréaliste s'ensuivit, entre Singh et moi-même:

-"Vous êtes un monstre, Singh..."

-"Vous en êtes un autre, ami!.."

-"Je n'ai pas voulu...pas voulu...cela!..."

-"Vous désirez bien pire, vous semblez l'oublier!...."

-"Peut-être....mais ...il ya ....si longtemps....et puis, cela, non!...je ne l'ai jamais voulu!..je ne pouvais ps même m'imaginer..que cela fût!...."

-".....Et vous ne vivez que dans l'attente de ce délicieux frisson, cette brise dans la fournaise de votre cerveau malade...."

-"Je vous le répète!..Je n'ai jamais désiré CELA!...Il fallait la laisser!..Il lui restait si peu de temps à vivre!...."

-"Nous partageons avec elle l'imminence de cette échéance!....."

-"Dieu veille nous pardonner un jour!...."

-"C'est déja fait, ami, croyez-moi!..Il a tant, lui même à se faire pardonner des hommes!...."

Dans mon éblouissement, je crus voir mes mains se refermer sur le cou de l'ogre, desceller les lèvres d'Elisabeth, s'emparer du révolver dans mon bureau. je me vis courir vers la cabane de jardinier, abattre dans son sommeil Otto, d'une balle entre les deux yeux...ces yeux de chacal!....

C'est alors que mon regard glissa sur la main qui n'en était plus une, les cuisses trop roses, qui, sur le métal du lit, semblaient se répandre, ce visage convulsé, qui n'était plus celui d'Elisabeth, l'Elisabeth altière et sinueuse de la Tour d'argent, et je quittai précipitamment le loft.

Dehors, le froid me saisit, mais il faisait si chaud, là haut!....Un crachin pénétrant flottait autour des réverbères. je remontai la rue du Fer à Moulin jusqu'à l'Esplanade des Gobelins, et entrai dans un fuligineux mannezingue chinois, où une vingtaine de golems, à faces de citron fumaient des pipes d'opium dans la pénombre diffuse, et rougeoyante, où se balancaient des girandoles en papier. J'avalai plusieurs sakés coup sur coup, et m'en fus déambuler au hasard entre les gratte-ciels, dont les toitures, illuminées, semaient la nuit de lueurs argentées, roses ou bleutées, à travers le brouillard mouillé de fines gouttelettes.

Une fois encore, l'image d'une mignonne petite rouquine, pleurant, seule, dans un coin de cour de récréation vint m'assaillir. Je crus me voir courir à travers les allées désertes du Jardin des Plantes, avec la gamine, qui désormais riait...

-"Papa!...papa!....", appelait-elle, en me poursuivant à travers les allées de l'Automne, tout en faisant voler,dans sa course des tourbillons de feuilles parcheminées.... Je détalai comme un fou dans le canyon des gratte-ciels, poursuivi par ce rire de fillette, les poings dans mes oreilles....

Je revoyais alors Elisabeth, assujettie sur son lit de torture, sans plus aucune possibilité de fuite, désormais. La tête me tournait. Il allait arriver quelque chose...Quelque chose d'épouvantable à la belle rousse dans les jours, dans les heures qui allaient suivre, et c'étai moi qui avais complaisamment planté sur la paroi qu'il s'apprêtait à franchir les pitons qui propulseraient Singh toujours plus haut vers les cîmes de l'infamie....

A l'étiage de mon désarroi, je m'enfonçai dans la nuit, à travers l'énorme Boulevard de Port-Royal, où commencaient de se dédorer les feux de Chinatown, jusqu'au carrefour de la Glacière, où s'éparpillaient, des fumeries ,les ultimes cambuses. Au delà, s'éployait le fief du néant...Il y flottait, en cette nuit de rhume et de pieds mouillés des caries d'immeubles dévastés, dont les porches abritaient, dans le rougeoiment des braseros des nichées de purotins, et leurs braillante marmailles.

Des gueulées d'injures saluèrent mon passage, et je hatai le pas sur le trottoir ,que vernissait la bruine. L'interminable mur de granit des jardins de l'hopital psychiatrique dégorgeaient du jus de réglisse. Je les longeai tristement jusqu'à la grille, devant laquelle je me plantai. Suspendu entre deux brumes, tel qu'un chateau de Fiedrich, l'ancien hôpital du Val de Grâce, reconverti en asile d'aliénés, semblait en lévitation au dessus des pelouses, dont la sombreur, sous les lampadaires malades attristait, d'un crêpe mouillé l'insolite parfum de campagne. Ma main s'envola vers la sonnette de nuit. j'y vis trembler mon index. N'était-ce pas, désormais la seule chose à faire? ...le dénouement logique d'une illogique déréliction, le hâvre, où mon cerveau bouilli gouterait, à l'ombre tutélaire de soins appropriés, les délice d'une reffarichissante palyngénésie?...Elisabeth, arrachée à son martyr, exonérée par ma seule volonté d'une mort atroce autant qu'absurde témoignerait en ma faveur. Je serais jugé irresponsable, enfermé dans ce paisible vaisseau de pierre blanche, à l'écart du tumulte, et de la tentation...Singh ne portait-il pas ,seul ,la responsabilité des barbares traitements infligés à cette femme sans défense?..Arquepincé sur les lieux de son crime, il moisirait quelques années sur le grabat d'un mitard dans la vieille prison de la santé...La prison de la santé!....Mon bras retomba. Je me retournai. De l'autre coté du Boulevard, sous la morne descente aux flambeaux des réverbères en allés dans la nuit, qui se resserraient au loin dans un vermicellement doré, l'interminable saignée de l'inconsolable rue dévalait à perte de vue, entre des parois d'immeubles livides, énucléés aux fenêtres, avant de s'enliser, dans ses confins dans de la ouate grise.

un frisson me remonta le long du dos: Et si jamais j'étais jugé, moi, responsable?..Après tout, c'est à mon domicile , que se déroulaient les phases de ce pandémonium!....N'irais-je pas alors, moi-même, achever de me putréfier entre les quatre murs moisis d'un jetard?..Où était, dans ce cas la logique de l'enfermement?...Etais-je coupable d'avoir grandi dans un purot de haine et de lubricité?,...Tour à tour témoin et victime des coups infligés, des coups esquivés, des coups lampés par un soulographe de père, les coups tirés par une indigne marâtre amputée du coeur, qui semblait implorer la charité à toutes les braguettes!...Et puis, diable!...Etais-je plus monstrueux que ces salopes de Jade et de Natacha, acceptant sans vergogne, de se faire polléniser en masse par le même répugnant bourdon?...une Cecile Hoareau, préoccupée d'épouser un homme, évalué au seul encan de sa complaisance à la laisser se faire fruiter par de moins bonasses cornichons?...Une Elisabeth, se délectant, jusqu'à mouiller son slip, de son propre équarissage annoncé?....Merde à la fin!...Pourquoi me soucier encore de morale, quand le confetti de planète non encore régi par les vaticinateurs d'Allah, appartenait aux enfifrés at aux morues!.. aux ripailleurs et aux briffeurs de chagattes!.. Dans le culte commun de la Sainte Trinité de la berloque, de la cagnardise et du bulle!....TOUS COUPABLES !....Mézigue itou. Pas moins, mais guère plus qu'un autre!...Il y avait du bon en moi!...Une lumière tout au fond, qui brillait pour rien!...pour personne!...parceque personne n'avait eu seulement l'idée d'y aller voir, ne se fiant qu'à la répugnance qu'inspirait, pour mon malheur ma peu chatoyante figure!...Il aurait pourtant suffi d'un sourire gentil, d'une seule parole tendre, pour la faire jaillir, cette lumière!...Tu le sais bien, toi, ma petite tête blonde, pour avoir glissé tant de fois ta menotte dans ma pogne, au long des rues vides des Dimanches!....

Je ne parvenais plus à détacher mon regard de l'enfilade des réverbères de la Rue de la Santé, dont les globes jaunes pastillaient la brume, comme les points de suspension d'une phrase qu'on ne sait comment achever.

Je m'y engageai d'un pas résolu, et tournai au coin du Boulevard Arago....

Je retrouvai les feux glacés et rassurants de Chinatown, taraudé soudain par l'envie de savoir sur quel étrange point d"exclamation se ponctuait cette phrase, laissée en suspens dans la nuit mouillée de la sinistre rue.

-"Quand je pense que j'ai failli sonner à l'hôpital pour m'y faire admettre", m'écrai-je à voix haute, en réprimant un frisson rétrospectif. Quelle buse!...Comme si, comblé comme je l'étais par Mère Nature, il seyait que fussent decillés mes yeux, pour qu'ils ne vissent plus que la tragique et irréfragable réalité de ma hideur et de ma solitude!...La France entière se tire-bouchonnait dans la ribouldingue!...et moi, je devrais repriser pour tous les autres salauds ,les chaussettes sales où ils venaient de prendre leurs pieds!..."La morale est caduque!...Que la fête commence, merde!...", m'esclaffai-je, en sprintant vers chez moi. qu'elle commence pour Singh!..Qu'elle commence pour Elisabeth!...Qu'elle commence pour toi, José Pitou!..." Je venais, je le savais, d'envoyer balader mes ultimes atermoiments sur la Lune. A une telle descente aux enfers, seul seyait le plus rectiligne schuss!....

Par Pierre Aufray
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Dimanche 14 juin 2009

SINGH

Le Dimanche qui suivit la révélation de ma propre candeur, je m'en souviens encore, comme si c'était hier. Après un dîner aux chandelles à la Tour d'argent, nous avions, Singh et moi-même, procédé, à la demande d'Elisabeth à la seconde simulation de son supplice. Nous étions le 28 Avril. Vingt jours exactement la séparaient de son snuffing.

Je me souviens qu'elle n'avait jamais été aussi radieuse que ce soir là. Un fin corsage de satin vieil or flottait indolemment sur ses seins, qui, sous ce voile ondoyant, semblaient vivre.. Une courte jupe en velour, couleur de tabac blond s'évasait légérement depuis sa taille fine, que nouait une épaisse ceinture de daim beige. Mais je n'avais d'yeux que pour ses jambes, gainées de la plus fine soie, qu'elle croisait et décroisait nonchalemment sur le tabouret du bar, où nous sirotions nos apérétifs, en attendant que fût apprêtée la table.

Le diner fut exquis, qu'agrémenta de son esprit et de son charme vaguement mélancolisant la conversable jeune femme, dans les lueurs exténuées des lampes à huile chantournées. Il était un peu plus de onze heures quand je les précédai dans l'appartement. Cette fois-là, ce fut sans même en avoir été priée, qu'Elisabeth, tout à fait grise, ôta un à un ses vêtements, qu'elle plia soigneusement sur le dossier du fauteuil, couronnant le ruisselement doré de son corsage, du blanc diadème d'une culotte en soie, à large ceinture de dentelle, dont elle exposa délibérément, me sembla-t-il la doublure,délicatement ambrée d'une brume jaune pâle.Sans que nous eussions davantage à l'en enjoindre, elle se dirigea vers la table d'opération, où elle s'étendit, pour y attendre, paupières closes, lèvres entrouvertes dans un vénéneux sourire , que vînt la saillir, par le plus confidentiel de ses émonctoires, son futur bourreau. Cela fut, non sans qu'elle lui consentît fort spontanément, ma foi, de se désangler des ultimes pudeurs, qui avaient,quelques jours auparavant désobligé le barbare suprême du sous continent.

J'allai quérir dans mon bureau une feuille de papier velin, gaufrée d'une rose rouge à l'en tête, ainsi qu'un porte-plume, puis je posai le tout sur la table en verre, comme Elisabeth achevait d'essuyer en hurlant les assauts du sodomite. Il débonda, un siècle plus tard dans ce gîte qu'il affectionnait plus que l'autre, me semblai-t-il, avant de s'éclipser vers la salle de bain.

Je tendis à la belle rousse,encore haletante mon peignoir, et l'invitai à s'asseoir à mon bureau.

-"Voici le contrat, écrivez!...", ordonnai-je, en plaçant devant elle le protocole d'accord qui scellait son destin de manière irréversible. Je dictai alors, d'une voix tremblante les vénéfiques paroles, dont j'avais si souvent humé les féroces arômes au long de mes nuits insomniaques. L'eau coulait à gros bouillons dans la salle d'eau. Singh sifflotait "La jeune fille et la mort" de Schubert. Nous l'entendîmes s'immerger dans l'eau. Elisabeth s'était à nouveau troublée. Du rouge lui était monté aux joues et aux oreilles, et je sus qu'elle prenait un plaisir sujet à caution, de rédiger ainsi, devant moi, après avoir subi les derniers outrages, son propre arrêt de mort, fût-il encore, à cet instant précis la plausible péripétie d'un jeu entre adultes consentants.. Quand ce fut terminé, elle me tendit la lettre que je lus à haute voix, comme elle fermait les paupières, visiblement saisie d'un émoi inaccessible à la psychologie masculine.

-"Moi, Elisabeth Wagner, saine de corps et d'esprit, déclare accepter de subir en public le supplice que j'ai moi-même conçu, et dont les détails figurent ci-dessous. Je désire mourir à la suite de mes tortures, ou, mon coeur viendrait-il à faillir, pendant son déroulement. J'affirme ne pas être, en écrivant ces lignes sous l'empire de la drogue, ou soumise à des menaces. J'exige que ces volontés soient exécutées, sans que soit prise en considération toute velléilé de ma part de me dérober par la suite à mes résolutions, qui sont , sous anesthésie, d'être successivement démembrée, amputée de mes deux seins puis de mes organes génitaux, après quoi, je désire que ma langue soit tranchée , mes globes oculaire ôtés, mes tympans percés. Si la providence veut que je reste consciente, au terme de ces tortures,mon désir est d'être aussitôt brulée sur un gril. Une poignée symbolique de mes cendres sera alors prélevée et recueillie dans une urne, qui sera remise dans la journée à Monsieur Barry Jenkyns, domicilié 12 avenue des Ecluses, à Chênevilly. Le reliquat devra être jeté dans un sac rempli de détritus, qui sera immédiatement déposé dans un container à ordures."

Elle avait signé, sans attendre que je l'y invitasse. Je l'observai à la dérobée.Un sourire de Joconde morphinomane avait fleuri sur ses lèvres.

-"Et voilà !...", fit-elle le souffle court, en me tendant le document, que ma fièvre lui arracha presque des mains. Je me relevai, et embrassai avec passion ses joues brulantes, conscient de refermer, au terme de cette paction une porte de plus sur le destin de la splendide jeune femme..

Des clapotis nous parvenaient depuis la salle de bain, où Singh continuait à siffloter la mélancolique mélodie. Dehors, il pleuvait violemment. Je composai le numéro de portable d'Otto, le tueur, à la solde de Diallo,qui attendait mon appel dans sa voiture, garée devant la résidence.. Il lui fallut une demi-heure, pour fixer à la cheville d'Elisabeth le bracelet magnétique inamovible, qui validait sa mort.. j'allai moi-même jeter les clés des trois serrures dans les cabinets, dont je tirai à deux reprises la chasse d'eau. Otto, relié désormais en permanence au bracelet électronique avait été mandaté pour suivre à la trace Elisabeth, la pister dans ses moindres déplacements, l'exécuter aussitôt d'une balle dans la tête, si elle tentait d'échapper à son sort. Elle le savait. . Otto n'avait pas été choisi au hasard. Cruel et sanguinaire, c'était un inverti notoire, qui, pour n'en être pas une, enviait et haïssait les femmes, ennemis naturels de ce fauve.. Il était en outre particulièrement motivé: Sa mission accomplie, il empocherait 10 000 Euros. Viendrait-il, au contraire à faillir, c'était un homme mort.. Or, ce golem tenait à la vie, comme tous ceux de sa sous-espèce!. Il jeta un regard polaire sur Elisabeth, et disparut, avalé par l'escalier.

-"Je vais donc mourir !..."fit-elle en rosissant légérement.

-"Vous êtes déja morte!", rétorqua Singh, qui achevait de boutonner devant nous sa chemise.

-"Je voudrais vous demander quelquechose", murmura la femme condamnée.

-"Faites, ma petite fille..."

-"J'aimerais passer la nuit ici, avec vous...." Elle s'était tournée vers Singh: "...dans vos bras, père...." ajouta-t-elle en baissant les yeux, puis, ayant fait glisser de ses épaules ,de ses hanches mon peignoir en satin vert bouteille, elle s'avanca en direction du chirurgien et se laissa tomber dans ses bras. J'éprouvai, soudain le sentiment étrange d'être devenu un intrus dans mon propre appartement. On tolérait ma présence. Mieux, je n'étais sans doute pas étranger à l'éréthisme sujet à caution qu'éprouvait à cet instant précis la téméraire créature, et pourtant, je n'étais qu'une ombre! Un vide, autour duquel semblait vivre chaque meuble, où vibraient les sens émoustillés du bourreau et de sa future victime consentante. Un dialogue étrange, enre eux, s'ensuivit, dont j'étais devenu, de facto le greffier passif et nécessaire à la fois,relégué, par la seule véhémence de leur osmose à l'humble statut de scribe, témoin dérisoire, mais incontournable de la mortifère communion entre l'homme qui s'apprêtait à offrir, telle une hostie la mort, et la femme, qui, soumise à sa loi , acceptait de lui seul de la recevoir.

-"Je vous ouvrirai mes bras" , consentit Singh, d'une voix désincarnée, en achevant d'ôter à nouveau ses vêtement,puis:.

-"Je suis fier de vous, Elisabeth, vous êtes enfin devenue une grande fille !...."

-"Vous me garderez prisonnière dans vos bras jusqu'au matin , père, je veux savoir, en m'endormant tout contre vous, que vous sentez battre mon coeur, couler le sang dans mes veines, respirer ma bouche, quand je serai endormie, tout en effleurant ma peau, là où viendra mordre le scalpel...votre scalpel, père..."

-"Cela sera. Vous me faites, en m'invitant aux pérégrinations de votre conscience assoupie de condamnée, le présent le plus précieux qu'on puisse faire à l'être aimé. Vous êtes une grande fille . Notre grande fille!.."

-"C'est parceque je vous aime, père !...", murmura la folle fille, en essuyant furtivement une larme, puis d'une voix qui évoquait les incantations d'une mystique:

-"Je veux vous offrir cette nuit, père où, pour la première fois, même dans son sommeil, mon esprit a acquis la certitude que mon corps est désormais voué au supplice et à la destruction..."

-"Il sera effectivement supplicié et détruit, martyrisé, fouillé par mes lames, émondé par mes scies, brulé par le sel...."

-"Je veux m'endormir, maintenant sur ces terribles paroles....", murmura Elisabeth, d'une voix tréfilée, en agrippant de ses mains blanches les hanches maigres de l'hindou. sa voix s'était haussée d'un ton. elle parlait désormais comme une toute petite fille!

-"Tous les attributs de votre féminité seront arrachés un par un par le fil de la lame," récita Singh, d'une voix indifférente. Il vous faudra être courageuse, vous comporter comme aujourd'hui!...Comme une grande fille!...."

-"Vous couperez mes tétons, père, vous trancherez mon petit bouton d'amour.!..."

-"Votre vagin tout entier ira rejoindre vos membres sectionnés dans un bac métallique, avant de finir dans une poubelle...."

-"Mes yeux, aussi !...."

-"et votre charmante petite langue...Vous serez réduite à un buste aséxué, surmonté d'un visage qui n'en sera plus un. Vous aurez mal, hurlerez de douleur; Pas un seul pouce de ce qui restera de votre corps n'échappera à la douleur. Vous serez réduite à la seule conscience de votre mort imminente, à la seule gestion de votre martyr entre mes mains!.."

-"Entre vos mains, père!.....J'aimerais tant rester consciente jusqu'au bout!..."

-"Cela sera. vous vous verrez mourir; je m'y engage."

-"Par le feu?"

-"Par le feu!...."

-"Père, je vous aime !...."gémit la voix, qui se brisa dans un sanglot, qui ressemblait à un rire.

-"Vous n'êtes déja plus que cet aveu, ma petite fille...."

-"J'aimerais aussi, mais sans doute est-ce trop vous demander..."

-"Tout est acquis à ceux qui vont mourir!...."

-"Vous n'avez fait, jusqu'à ce soir que simuler les phases de mon supplice. accordez-moi, je vous l'implore,en hommage à mon renoncement à la vie entre vos mains de tailler demain au matin, dans ma chair, un échantillon de ce corps, qui n'appartient plus qu'à vous...."

-"Cela sera. Je trancherai, puisque tel est votre désir, à l'aurore, le pouce de votre main droite."

Elisabeth s'agenouilla à ses pieds, puis, ayant pris dans les siennes les mains de ce Torquemada, elle y enfouit tendrement son fin visage inondé de larmes.

-"Merci, père!...Oh, merci!..."

-"Je le ferai sans anesthésie, avec ce même scalpel qui mordra dans votre peau dans quelques jours. La douleur sera atroce!..."

-"Je la veux connaitre, père!...Je la mérite!....ne suis-je pas une grande fille?"

-"Je trancherai d'abord une phalange, puis je salerai votre plaie, avant de la cautériser avec mon briquet,puis, quand vous serez pâmée, ou évanouie, ce qui, eu égard à l'alchimie compliquée de vos sens revient à peu près au même, je trancherai le reste de votre doigt..."

-"Je devais jouer au squash demain soir! ..."

-"Vous ne jouerezplus jamais au squash .Il faut passer de l'autre coté, ma petite fille!.".. trancha Singh , puis, tout en promenant sa longue brune dans le ruissellement fauve de sa chevelure:

-"Quand cela sera terminé, je coudrai à vif vos chairs, pour y adapter une prothèse rudimentaire, que vous masquerez aux regards à l'aide d'un pansement, comme après une foulure. Vous devrez administrer des cachets contre la douleur, sous peine de ne plus trouver le sommeil..."

-"Saisie d'une pulsion quasi-animale, Elisabeth, qui s'était relevée, colla ses lèvres contre celles, recouvertes en partie par l'affreux masque, de son tortionnaire.

-"Je rêverai cette nuit, dans vos bras, père, des cris que vous m'arracherez à mon réveil!....Ce seront des cris de joie!..des cris d'amour!...."

Son fin minois de chatte était baigné de larmes. Ebaudi, je quittai l'appartement dans un état second, et errai, jusqu'au point du jour au long des rues dépavées de la Montagne Sainte-Geneviève, cinglées par la pluie...

Quand je revins, Otto lisait au volant de sa voiture, envelopé, comme la rue toute entière, d'un brouillard laiteux, où flottaient des gouttelettes dans le halo nitescent d'un réverbère. Il s'éteignit à l'instant où je franchissais la grille, comme s'élevait, dans la ouate de cette aube malade l'appel assourdi d'un muezzin.Je grimpai les marches quatre à quatre....

J'entrai sur la pointe des pieds. Les stores étaient baissés, l'appartement, plongé dans une pénombre soporeuse, que grisaillait la clarté du jour.. Un fil de lumière dorée courait sous la porte du laboratoire, d'où me parvenaient des cliquetis d'instruments chirurgicaux. Singh était déja à l'ouvrage.. Une chaleur lénitive régnait dans l'unique pièce, et les paroles du chirurgien me revinrent en mémoire: "Elle va perdre beaucoup de sang, et je ne pourrai la transfuser. En outre, elle sera à jeun et entièrement nue. Je vais pousser le chauffage au maximum toute la nuit. il ne faut pas qu'elle attrape froid, dans l'état de faiblesse où la jetteront les amputations..."

Il avait dit LES amputations, j'en étais convaincu..Il n'y aurait donc pas que le pouce!...

..Je m'approchai d'Elisabeth, qui dormait nue, en chien de fusil sur les draps qui n'avaient pas été ouverts. Mais il faisait si chaud!...Ses seins lourds se soulevaient à intervalles réguliers.Il y avait, sur son visage démaquillé des vestiges attendrissants de candeurs adolescentes; J'approchai mon visage hideux du sien ,que la sueur faisait briller. Son souffle, presque imperceptible, faisait, à intervalles réguliers, se soulever une fine mèche de cheveux égarée sur ses lèvres enrouvertes, d'où fuyait l'haleine lourde des matins.. Sa vénusté aurait fait se prosterner à ses pieds le plus granitique des moines trappistes. Tout s'éclaicit d'un coup, à la lumière tragique du remord: cette magnifique, cette pathétique jeune femme allait, dans quelques instants se faire trancher un doigt, peut-être davantage, mourir ici-même, dans deux semaines, au terme d'indicibles douleurs. pour qui?...pour quoi?...Pour un groupe de pervers, dont je m'étais fait le choryphée! et tout cela pour pimenter la fadeur de leurs sybaritiques existences, alimenter, jusqu'au prochain snuffing les propos anorexiques et faisandés des parties fines, chez les bobios de Montmartre!....

Une phrase terrible se mit à tourner dans ma tête: "non assistance à personne en danger"...L'éclat, le charisme naturel d'Elisabeth pouvaient bien faire illusion à des inconnus, pas à ceux qui l'avaient, à l'exemple de Singh et de moi-même, cotoyée plus longuement!....Les voltes de son comportement, les insolites avatars de sa voix ne pouvaient laisser aucun doute: c'était bien une schizophrène, une pauvre gamine dans un corps de femme, dont les blessures d'enfance s'étaient infectées, sans que sa raison chancelante pût rien faire pour les assainir. J'avais honteusement exploité pour les fins les plus inavouables la pathétique vulnérabilité d'une pauvre fille, dont la supranaturelle beauté cachait, pour son malheur, le désarroi et la probable démence.!..J'étais aussi abject qu'un sadique,guettant, derrière un arbre, pour la violer une gamine trisomique égarée dans un bois. "Espèce de dégueulasse!..."fis-je à voix haute, en portant ma main à la bouche, de honte et de confusion. Mon autre main s'envola, au même instant vers celle d'Elisabeth, posée sur l'oreiller. "Il n'est pas trop tard!" ,me persuadai-je, en lancant un regard furtif, en direction de la porte du laboratoire, où j'entendais couler de l'eau dans un évier.

Il fallait que je réveille la pauvre fille, avant que ne s'ouvrît cette porte. Je lui demanderais de s'habiller en vitesse. J'inventerais un ballon: Singh avait eu une crise de folie au cours de la nuit.;Il s'apprêtait à nous massacrer tous les deux..... Il fallait au plus vite quitter l'appartement, courir jusqu'au commissariat le plus proche. Barry Jenkyns était peut-être l'homme de sa vie, le seul, avec moi-même, qui pouvait encore l'arracher à l'abîme. Hélas, ces belles résolutions se fracassaient déja contre l'impitoyable môle de la réalité. Elle refuserait tout net!..:.."quel abîme?", s'étonnerait-elle, "je ne fais que voguer vers mon port!..." Et puis, certes, elle avait de l'attirance pour ce bouc, mais, l'aimait-elle vraiment,,? J'en doutais chaque jour un peu plus. Il n'avait décidément pas l'encolure suffisamment puissante pour la distraire de son spleen...Et puis, quand bien même!.....C'est Singh qui avait conquis le coeur de la petite fille qui gambadait dans la raison vacillante de la pauvre jeune femme!...or, cete petite fille le vénérait!.....En sus de ce constat, il y avait, dans la rue, Otto... dans la capitale, Diallo et ses séides!....tous les invités du snuffing....J'avais stupidement vidé les caisses noires du Réseau au seul profit de Cécile Hoareau et de son parti. Je ne pourrais jamais rembourser les sommes considérables consenties par les spectateurs pour assister en direct au supplice, puis à la crémation de la belle rousse.!....Et Singh?...Dans le meilleur des cas, il me laisserait tomber comme un mégot. que deviendrais-je sans ses mains que j'avais tant convoitées. Elisabeth partirait vivre avec ce bouc de Jenkyns. il éteindrait, de ses assiduités les incendies de son derrière!, lui ferait, qui sait, un enfant!....Devenue mère, elle refuserait tout de bon de se prêter encore à mes jeux!....Je me retrouverais fleur, ratiboisé de toutes mes espérances en une seule mise!....Il me faudrait alors, me tordre , dans mes délires au long d'insomniaques nuits dans la souille de Fernande. La sueur au front, la colique au derrière, j'y guetterais, dans le silence nocturne les pas des tueurs de Diallo dans l'escalier!...Ma réputation?...La belle afaire!....Le Réseau?..Je n'en avais plus rien à battre!..J'allais être lourdé, de toutes façons, mais les porte-flingues de Diallo?...Le caïd était au courant de mes meurtres passés. Je m'en étais ouvert à lui, un soir de bamboula dans une de ses boites. Trahi, il se ferait fort de me dénoncer aux flics!...Je fétiderais au moins dix ans derrière les barreaux, et si, comme il fallait s'y attendre, Azam et les barbus s'emparaient du pouvoir, c'était le retour assuré de la peine de mort!...Que faisaient ces gens là des pourritures de mon espèce?. L'homme raisonnable que j'étais redevenu, le temps d'une illumination aurait lui-même, sans état d'âme, fiché sur un pal chauffé à blanc un fumier de mon tonneau!.. Je n'avais, du reste, aucune raison d'espérer la mansuétude des juges à mon endroit, de quelque juridiction qu'ils fussent. Mes turpitudes, d'hier et d'aujourd'hui m'exhaussaient sur des cîmes embousées , infoulées par des bipèdes humain !. Je vis ma main hésiter, trembler au dessus de celle si blanche d'Elisabeth, avant de retomber inerte. Vaincue...La porte du laboratoire s'ouvtrit sur Singh, qui poussait devant lui une table en métal blanc, montée sur roulettes, où s'alignaient des instruments chirurgicaux, des pots en onyx, emplis de pommades de diverses couleurs, ainsi que des compresses. il avait revêtu sa blouse en nylon bleue pâle, et enfilé des gants de caoutchouc de la même couleur malade.

-" Ecartez-vous!..", ordonna-t-il,"je vais la réveiller."

J'obtempérai, piteux, et me dirigeai, à sa demande vers le sinistre lit d'opération , d'où pendaient, telles d'affreuses langues brunes, les quatre courroies en cuir, et attendis ses instructions..

-"Elisabeth!...Réveillez-vous!...", l'entendis-je murmurer, comme il promenait un instant ses mains gantées dans la flamboyante chevelure, toute emmêlée de sommeil. Elisabeth ouvrit les yeux, puis, dans un sourire très doux, qui me fit malgré moi fermer les yeux de honte et de tardifs remords:

-"C'est maintenant?...."

-"C'est maintenent, ma petite fille. Levez-vous et allez vous étendre sur la table d'opération . José va vous y attacher."

-"Oui, père.." -Elle avait repris ses intonations de gamine- "....Je vais d'abord aller me raffraichir un peu à la salle de bain....", fit-elle en s'asseyant au bord du lit.

-"Non, Elisabeth!..." J'étouffai un cri de surprise.

-"...Je peux, au moins aller me laver les dents et faire pipi ?..."

-"Non. Retenez votre vessie!..Retenez la aussi longtemps que vous pourrez. Vous vous laisserez aller quand la douleur sera devenue insupportable, et jouirez, je vous l'assure, de la concommitance de cet épanchement et de la douleur, qui, au même instant,vous fera vous tordre sur cette table..."

Elisabeth se leva, et fut s'étendre lentement sur le lit d'opération, dont le chrome scintillait ,sous l'impudique lumière de la lampe hallogène. Sa nudité, la blancheur opalisée de sa peau,délicatement pastillée de rose , conférait à cette scène, déja improbable, une tonalité onirique, tout à la fois étourdissante et vénéneuse, qui propulsa d'un coup ma honte et mes remords sur le flanc de quelque pierrier non répertorié de la planète Mars.. Après tout, nul ne l'avait forcé à subir ce premier et superfétatoire marty!. C'est elle, et elle seule, qui l'avait, de son propre chef quémandé!, jugeant sans doutes apérétives ces inaugurales mutilations!

Une bouffée d'euphorie ranima ma fièvre. J'attachai ses chevilles et ses poignets avec les courrois que je serrai fermement, à la demande expresse de Singh.

Les jambes d'Elisabeth , écartées complaisamment par les attaches s'étaient, en quelques instants étrangement nacrée de plus belle de minuscules hosties roses. II y avait quelque chose de poignant dans la candeur de la délicate encoche féminine, offerte à nos regards, sur l'écrin rose du pubis rasé. Singh caressa longuement,de ses mains gantées la lourde chevelure d'Elisabeth, puis ses joues, qui s'étaient empourprées.

-"Approchez la table !...", m'ordonna-t-il sur un ton péremptoire. J'obtempérai. Les doigts gantés y cueillirent un scalpel d'une dizaine de centimètres. Elisabeth avait fermé les yeux. son corps é tait parcouru de tremblements. Sa poitrine se soulevait de façon spasmodique, et je me dis qu'elle était sur le point d'accoster sur les rivages fangeux, qu'elle n'avait cessé de convoiter. Ceci apaisa instantanément mes ultimes remords. La voix de Singh s'éleva, couverte un instant pas le passage en trombe dans la rue ,d'une estafette de la Brigade de moralité citoyenne.

-"Je vais, maintenant trancher le pouce de votre main droite à sa base.Vous éprouverez, ainsi, dans quelques minutes, et la morsure de la lame, et la brulure du sel, que je saupoudrerai ensuite sur la plaie à vif, afin de vous initier à la souffrance pure."

Elisabeth tremblait de plus en plus fort. Son visage s'était, à l'énoncé de cette péripétie, brusquement appali.

-"Détendez-vous,ma petite fille...", fit le docteur, en prenant délicatement sa main, dont il incisa le pouce de moitié. Du sang perla, pour ruisseler presque aussitôt à flots continus sur une des gouttières de dérivation. Elisabeth s'apaisa.

-"C'est déja fini?..Je n'ai senti qu'un léger piquotement!..."

-"Non!", s'esclaffa Singh, "Je n'ai fait qu'inciser la chair. Je vais à présent attaquer l'os de la phalange...."

-"Cela va faire très mal?...."

-"Certes!...Il ya des terminaisons nerveuses dans cette zône. Je vais trancher lentement avec le scalpel ,pour que vous sentiez monter la douleur, dans toute sa majesté, puis je terminerai l'amputation au bistouri électrique. Je répandrai du sel sur la plaie, et vous laisserai savourer quelques instants ce féroce tonique, avant de vous appliquer un fort efficace vulnéraire. Dites-moi quand vous vous sentirez prête, ma petite fille..."

D'interminables secondes s'écoulèrent. Elisabeth tremblait désormais si fort que son clitoris, singulièrement charnu,frétillait, comme s'il eût été animé d'une vie autonome. Je sentis, dans ma gorge, remonter d'un abîme le hoquet d'un fou-rire ignoble. Elisabeth aspira profondément, puis dans un souffle presque inaudible:

-"Allez-y, père, je suis prête...".

Je vis la lame se glisser dans l'incision sanglante, où elle s'enfonça.. Un cri suraigu de la jeune femme me fit, malgré moi reculer à l'écart de la zône de lumière,et je me sentis devenir liquide. Le corps tout entier se cabra , comme jaillissait de la fente, pour retomber sur ses cuisses, un geyser doré. Singh posa le scalpel rougi sur la table, et gifla violemment Elisabeth, dont le cri mourut dans un long gémissement. Le jet, qui s'était un instant tari , gicla à nouveau, puis retomba.

-"Il faut vous ressaisir, ma petite fille. Nous croyions que vous étiez devenue une grande fille. vous nous décevez!..."

-"Mais je suis une grande fille!...", pleurnicha la voix enfantine, "mais ça fait mal!..mal!....."

J'essuyai, de ma manche mon front trempé, et tortillai ma moustache.

-"Votre pouce n'est pas encore complêtement sectionné!...Vous m'avez dérangé par vos cris. Une autre gifle, magistrale, celle-ci ponctua ces paroles indignées.

-"Il faut à présent en finir, Elisabeth!...Scalpel ou bistouri électrique?...."

-"Scalpel....", articula péniblement la jeune femme, dont le visage, cramoisi à l'emplacement des gifles avait soudain blêmi, pour se creuser de façon spectaculaire. Les yeux, toujours clos, étaient désormais cernés comme avec de la cendre.

-"C'est, bien, Elisabeth, vous vous comportez à nouveau comme une grande fille. La douleur fertilise. Votre moisson sera belle. Je serai fier de vous!...."

La malheureuse approuva de la tête à plusieurs reprises.

-"Dites-moi, quand vous serez prête, ma petite fille..."

-"Allez-y, père, je suis prête", fit-elle en fermant les yeux.

Je vis la lame pénétrer dans du rouge. La main gantée posa le scalpel, cueillit le doigt sectionné sur la tablette métallique, et l'approcha du visage cireux d'Elisabeth, dont la machoire crispée retenait à grand peine le cri qu'elle s'interdisait , pour complaire à son bourreau, de pousser. Ses lèvres étaient sèches, ses paupières nappées d'un jaune malade de vieux beurre salé. Je vis le chirurgien tamponner la plaie, à l'aide d'un cataplasme, enduit d'une substance verdâtre et gluante, prélevée dans un pot,et qui sembla apaiser instantanément la douleur d'Elisabeth.

-"Ouvrez les yeux, ma petite fille!.."

Les deux émeraudes, brouillées par les larmes contemplèrent le doigt avec stupeur.

-"Je viens de vous appliquer un baume à base de plantes médicinales aux vertus anesthésiantes. Son effet est des plus éphémères. Respirez profondément, Elisabeth. La douleur va revenir à la charge. Je vais commencer de verser du sel dans votre plaie à vif. Vous atteindrez un premier pik de douleur dans quelques instants. Prenez ma main dans votre main gauche, et n'hésitez pas à y enfoncer vos ongles!...."

Quelques secondes s'écoulèrent, puis la bouche d'Elisabeth s'ouvrit démesurément. un cri strident en jaillit. Ses yeux se révulsèrent,le corps, entravé dessina un arc de cercle au dessus du lit de torture. Je pensai à la rose, puis à la biquette. Je m'approchai du visage de la suppliciée, et le giflai à mon tour de toutes mes forces, là où la main sèche de Singh avait laissé son empreinte pourpre. Je ne voulais pas entendre ce cri là.!..

-"Elisabeth, je croyais que vous étiez une grande fille!..", m'entendis-je hurler. Singh m'écarta violemment, mais ce fut pour gifler à deux reprises la même joue, désormais en feu.. Puis il nettoya la plaie, avec une compresse, et la tamponna longuement avec un autre cataplasme, gorgé, celui-ci, d'un liquide brunâtre et gélatineux.

L'hémorragie se résorba presque instantanément. Elisabeth s'apaisa. Son corps se détendit, dont tous les muscles se relachèrent. Un vent plaintif lui vola du cul, dont elle s'excusa dans un petit rire enfantin.. Singh ota un gant, promena son index sur la fente d'Elisabeth, puis, sur un ton enjoué, et ne s'adressant qu'à moi, comme si elle n'eût pas été là:

-"Cela l'a visiblement troublé!...."

-"Vous en êtes sur?"

-"Touchez vous-même, vous verrez!...C'était couru!...Vos scrupules étaient aussi fondés que des ponpons sur une guillottine!...Notre petite fille a le gout de la souffrance, n'est-ce pas, Elisabeth?..."

Je la vis approuver gravement de la tête.

-"Nous sommes fiers de vous!...", déclara Singh, dont les yeux flambaient sous l'effrayant masque rosâtre.

-"Vous voyez bien que je sui une grande fille!..., fit-elle d'une voix blanche, en souriant faiblement, à la manière d'un mourant, émergeant d'un coma.

-"Voulez-vous, que je vous tranche un deuxième doigt?..", s'enquit brusquement le chirurgien. Je tressaillis et vis jaune: cela ne figurait pas au programme!

 

-"Mais, mais..."", m'entendis-je bêler.Singh reformula sa question, sans même m'accorder l'aumône d'un regard.Sous le revêtement de plastique,les yeux de pure obsidienne étaient fixés dans ceux d'émeraude liquide d'Elisabeth, qui l'observait avec la tendresse infinie d'une miraculée pour le saint qui vient de l'arracher à une mort programmée. Son visage blême était inondé de sueur.

-"Oui!", fit-elle simplement

-"Je vais le faire incontinent, pendant que vous êtes encore sous l'effet des produits anesthésiants. Ce sera différent! tout ira très vite. Je vais me servir du bistouri électrique pour trancher d'un coup votre index. nous attendrons que la douleur revienne, je proménerai alors la flamme de mon briquet sur votre médian. vous éprouverz aussitôt des sensations diffuses, composites, car la douleur ne sera plus circonscrite à un seul doigt, mais à trois, avec des palettes différentes!.. Vous allez franchir un seuil que j'ai moi-même franchi il y a longtemps, et éprouverez le sentiment d'être emportée dans un manège pris de folie. Quand les effets de l'anesthésie seront entièrement dissipés, vous perdrez sans doute connaissance. Il n'est pas impossible qu'alors, Dieu vous apparaisse, ou vous fase, tout du moins, entrevoir sa présence. Je vous ranimerai quelques instants plus tard. Vous vous réveillerez dans mes bras.

-Ne voulez -vous pas me caresser, père, pendant votre office?." implora Elisabeth.

-"Hélas, je ne le pourrai, car mes mains seront occupées. José se chargera de pourvoir à votre plaisir..."

-"Non!....Je veux que ce soit vous, père!....

Une flambée de haine jalouse dessécha instantanément ma bouche. Singh s'était impunément attribué le rôle que je n'avais cessé de convoiter. La nature de ma fonction m'apparut soudain dans tout l'éclat de son abjection.

-"Soit !", condescendit le chirurgien "Dès que j'aurai tranché votre index, je commencerai à passer la flamme le long de votre médian, tout en vous agrémentant de mon autre main. cela vous sied-il?..."

-"Oh oui!...Je veux vivre tout cela, le vivre intensément!..De vos mains, père!..De vos mains seulement.José nous regardera. Ca sera merveilleux!..."

-"Jurez-moi de vous comporter comme une grande fille, alors. La douleur fertilise. Votre moisson sera belle!..."

-"Je m'y engage, père....je serai courageuse!...J'essaierai de ne pas crier. Vous serez fier de moi!....."

La main gantée s'approcha du bistouri électrique, d'où s'éleva un bourdonnement aigrelet, comme d'un moustique. .La lame, plus longue, plus effilée, mordit comme dans du beurre dans l'index d'Elisabeth, qu'elle sectionna d'un coup. Une fusée rouge jaillit de la plaie béante. Singh plongea le doigt sanglant dans une soucoupe remplie d'un liquide irrisé, et le brandit devant Elisabeth, qui entrouvrit ses lèvres comme pour un baiser. Je vis qu'elle transpirait surabondamment. Puis il appliqua une compresse sur la pulpe rose. Je sentis, sous le poids de mon corps, se dérober mes jambes..

-"Pitou!...";ordonna-t-il, "Relevez fermement son médian, comme si vous vouliez le briser. Je vais commencer à le bruler."

J'avalai ma salive: tout cela était à la fois si irréel, si irréversible, et pour cette raison précise, si émouvant, comme seules peuvent l'être une naissance ou une agonie. Singh était en train de faire s'incarner l'inconcevable,, qui prononça sur un ton solennel:

-"Il n'est de beau que l'irréparable, ma petite fille, je suis fier de vous!..."

Il régnait ,désormais dans le salon une atmosphère étrangement feutrée, presque mystique. Singh déganta l'une de ses mains, qu'il plaqua, d'un geste de propriétaire sur le pubis glabre,dont son index entreprit de mignoter doucement la fente, que vernissait, depuis quelques instants un translucide miellat. Son autre main venait de plonger dans sa poche, d'où il extirpa son briquet en or; la flamme jaillit, qu'il promena lentement sur le doigt, avant de l'immobiliser sous la dernière phalange. Celle-ci vira, en quelques secondes d'un blanc de porcelaine à l'orange sale, puis au brun tabac. Des cloques y apparurent, qui claquèrent, en répandant de nidoreuses effluves. La peau fondit, comme une bougie.

-"C'est à cet endroit précis que se trouvent les terminaisons nerveuses les plus sensibles", commenta le chirurgien sur un ton professoral, tout en glissant deux de ses doigts un peu plus profondément entre les rebords arrondis des lèvres vaginales desormais écloses.

-"Vous allez souffrir comme jamais vous n'avez souffert, Elisabeth !"

-"Je serai courageuse. Vous serez fier de moi ! La douleur fertilise. Je le sais , maintenant !..." babilla la suppliciée d'une voix de mouflette pré-pubère.

-"Assurément !...Mieux! elle ensemence l'esprit de corroboratives effluves !...et puis, pensez à votre petite soeur!...à sa vie que vous avez tranchée, comme j'ai tranché vos doigts!.....pensez à vos pêchés!...à tous vos ignobles penchants, à tous les vices que vous cultivez comme des fleurs maléfiques dans les serres fétides de votre cerveau compliqué!. votre martyr va commencer de les rédimer, si tant est que vous y mettiez enfin un peu du votre!...Songez un instant !...Peut être dans quelques secondes allez-vous entrevoir le visage de Dieu!....Mais il vous faudra d'abord vous exhausser par vos cris jusqu'à SA lumière!...

-" Comment saurais-je si Dieu se penche sur moi?....

-"Vous le saurez aussitôt: ses apparitions sont précédées d'une ineffable musique, qui vous arrachera des larmes de joie au milieu de vos tourments...."

Une fringale subite me catapulta vers le frigo, d'où je sortis plusieurs yaourts, que je gobai sur place tels des huitres.

Je revins auprès d'Elisabeth, dont les lèvres blanches se tordirent brusquement. Un cri s'en éleva, strident, puis la voix se mit à chanter !...La belle rousse ne criait plus ...Elle chantait sa douleur, d'une voix suraigue, qui me fit me recroqueviller sur moi -même, ainsi qu'une araignée qu'on brule. il y vait un vertigineux contraste, entre l'immobile verticalité de la flamme implacable sur le doigt, devenu noir, qui fumai légèrement, et le va et vient des doigts de Singh sur la fente rougie, d'où giclaient des gouttes; un fulgurant accès de jalousie me fit monter le feu au front: Singh controlait parfaitement la situation,Elisabeth était héroïque, j'étais, comme d'habitude grotesque.

-"Je vais jouir !....Oh, je vais jouir !..."hurla Elisabeth. Un cri inhumain ponctua cet aveu. La phalange supérieure du médian, entièrement carbonisée, s'était recroquevillée

Ebahi, je la vis se détacher...Les doigts du tortionnaire s'activaient désormais avec une telle frénésie à l'intérieur du vagin d'Elisabeth, qu'il donnaient l'impression de scier à même l'incision de sa féminité.Elisabeth chantait...Le veines de son cou saillaient comme des cordes. sa joue, déja rougie par les gifles successives était devenue cramoisie, la peau de ses cuisses, à la surface de laquelle était monté le sang était entièrement constellée de minuscules nacrures en amande, d'un rose qui tirait sur le mauve. Je vis un liquide incertain jaillir spasmodiquement de l'encoche congénitale, devenue écarlate, que Singh délaissa, pour trancher ce qui restait de doigt à l'aide du bistouri électrique. Je le vis tamponner longuement les trois plaies saignantes, avec les compresses brunâtres. Les muscles tétanisés d'Elisabeth se relachèrent instantanément. Son visage, était trempé de sueur, son front tout autant, où s'accrochaient des virgules de cheveux mouillés. Sa gorge, ses seins mêmes étaient huilés de transspiration. La chaleur du salon répandait à l'envi des odeurs composites, âcres et douceâtres à la fois. Le silence retomba, troublé seulement par le crépitement de la pluie sur la vitre et sur le vélux, et le souffle court d'Elisabeth, dont les joues et les orbites s"'étaient encore creusés sous les assauts de la douleur. Son visage, à l'exception de la joue droite, embrasée par les gifles avait pris, en quelques instants une couleur malade de beurre de cacahouette

-"J'ai joui ! j'ai tellement joui !..." concéda-t-elle dans un souffle "je n'avais jamais joui ainsi auparavant !"...Elle éclata en sanglot:

-"C'était bon !....Mon dieu, c'était bon !....."

-"Il reste deux doigts à votre main, Elisabeth", annonca Singh, imperturbable, "Voulez-vous que je les tranche également ?...". Le temps s'arrêta, et Je m'émerveillai, pantois, de ce triple salto arrière vers les cîmes de l'horreur

-"Oui !....oui !...."s'écria la folle fille.

-"Il ne vous restera plus un seul doigt à la main droite.Vous devrez, jusqu'à votre supplice, porter une sommaire prothèse munie d'un crochet. réfléchissez bien ma petite fille!...."

-"C'est tout réfléchi !....Coupez- les !...coupez-les !....Peu importe le prix ! Je veux souffrir! je veux jouir encore !....j'ai tant attendu !...tant attendu !..."

-" scalpel ou bistouri électrique ?"

-" Scalpel !", implora-t-elle, comme on implore à boire.

-"Je peux le faire, moi ?", m'entendis-je supplier à mon tour, contaminé par leur frénésie. Je voulais moi aussi tailler dans cette chair si blanche qui s'offrait au martyr avec une si désarmante docilité !. Il n'était rien, en fait que je désiras davantage, à cet instant précis, qu'achever d'émonder cette main qui n'en était déja plus une....

-"Non !" , protesta Elisabeth avec véhémence.

"Je veux que ce soit vous, père !" , ajouta-t-ele,en envelopant le chirurgien d'un regard, où, à la gratitude, se mêlait l'éréthisme d'une passion amoureuse à tout jamais inaccessible à ma pitoyable personne. Mais Singh avait déja saisi le scalpel,avec lequel il découpa rapidement l'annulaire, puis le petit doigt d'Elisabeth, qui , pâmée ,et encore visiblement sous l'empire de l'anesthésie avait redressé la tête, comme mue par un ressort, pour contempler jusqu'à son terme la mutilation complête et définitive de ce qui avait été sa main. Puis elle se laissa retomber sur le lit, haletante.

-"Voilà ! C'est terminé ! il ne reste plus rien !...", annonca Singh, en cueillant dans la coupelle métallique les doigts sectionnés et nettoyés, qu'il montra longuement à Elisabeth, puis il prit dans sa main le pauvre moignon sanguinolent, et en effleura les lèvres de sa victime. Des lèvres parcheminées et blanches, qui semblaient avoir été frottées avec une éponge mouillée de vinaigre. Les effets anesthésiants de l'onguent ne s'étaient pas encore dissipés, et c'est d'une voix rauque, mais implorante, que la martyre supplia son bourreau:

-"Du sel !...Je veux du sel sur mes plaies! père, je vous en prie, le sel !...le sel !...."

-"La douleur va vous faire perdre connaissance , ma petite fille!..."

-"Peu importe!...Vous me porterez dans vos bras jusqu'au lit!...Comme si j'étais morte !....Vous voyez, père !..Je suis une grande fille!...

---"Vous l'êtes !...Votre moisson sera belle !..."

-"Dites le moi, père ! dites moi que je suis une grande fille!...."

-"Vous l'êtes, assurément Nous sommes fiers de vous. Vous avez raison!...La douleur fertilise !...votre moisson sera belle!....peut-être allez-vous voir DIEU!....Souvenez-vous, la musique!...Si vous entendez la musique, c'est que le Très- Haut s'apprête à vous exhausser dans SA lumière."

Ce fut moi, qui fus quérir la boite sur l'étagère..Je revins en courant vers l'autel où nous allions, tous les trois, dans quelques instants achever de communier.

Singh dut asperger le moignon sanguinolent à l'instant précis où les effets de l'anesthésie achevaient de se dissiper, car nous vîmes le beau visage blêmir soudainement, puis se tordre dans une grimace effrayante. il n'y eut pas même de cri. La bouche écarquillée béait, d'où pas un son ne parvenait à sortir. Je vis que le visage et le cou s'étaient gonflés brusquement, comme dans les mauvais films d'épouvante. Singh lui-même eut un mouvement de recul, comme devant l'incandescence d'une apparition mystique. Les yeux d'Elisabeth s'étaient révulsés,. son corps tout entier était parcouru de spasmes, qui la faisaient se dresser, comme sous l'effet d'une décharge électrique, puis il retomba, inerte. Elisabeth venait de perdre connaissance.. Ses traits se relachèrent. Je la détachai avec des doigts tremblants, mais ce fut Singh qui la transporta dans ses bras jusqu'au lit, où il l'étendit sur le dos, sans la recouvrir d'un drap. Ce portement me déchira les entrailles. Je sus, à cet instant précis, qu'au delà de l'infliction de la douleur, c'est ce simple geste de porter dans mes bras une femme ou un enfant, que je n'avais fait que convoiter.. La chaleur était devenue suffocante. Mon regard plongea vers la soucoupe, où s'alignaient les doigts sectionnés, dont la pulpe rosâtre suintait légérement.

-"Pourquoi avez-vous fait cela?..", m'entendis-je glapir.

-"Ne me l'avait-elle pas demandé?"

-"Elle vous avait octroyé un doigt. Vous les lui avez tous tranchés!..."

-"L'alphabet qu'utilise cette femme vous est décidément étranger: ne comprenez-vous pas qu'en m'accordant de trancher UN de ses doigts,, c'est son autonomie même , qu'ellle m'implorait de lui soustraire, pour ne plus être dépendante que de moi, fut-ce pour les plus intimes de ses exigences!...vulnérable et soumise, comme une petite fille bien sage!...notre petite fille!...celle que nous chérissons, et qui le sait!.."

-"Vers quel abîme nous avez-vous précipité, Singh?...."

-"Celui là même, au bord duquel vous nous avez mené, ami, une main dans la mienne, l'autre dans celle de cette infortunée jeune femme, qui eut le triste privilège de faire votre malencontre!....

Je baissai le front, anéanti par la honte, et m'effondrai dans la chauffeuse..

-"Il fait bien soif, Pitou, allez donc quérir deux bières dans le frigo !", ordonna Singh d'une voix presque inaudible, en allumant calmement une cigarette. je tournai les talons, fricassé de sentiments confus, que dominait l'aigreur de n'avoir été, somme toute qu'un témoin de cette transfiguration.

Ce fut une bien étrange journée: il plut sans discontinuer du matin jusqu'au soir, une pluie mortuaire, lancinante comme un regret. Je la passai à rédiger sur mon ordinateur le nouveau programme des Folies africaines, revu et corrigé par ma rage, dans l'optique d'un massacre collectif, dont Jade de Neuville et Cécile Hoareau ouvriraient les festivités. Quant à Natacha Mendès,son arrogance méprisante à mon endroit, justifiait le recours, extra-muros, à un traitement aquatique tout particulier, traitement qu'elle subirait au lendemain même du snuffing d'Elisabeth, eu égard aux soupçons qu'elle nourrissait au sujet de ma santé mentale, et qu'elle propageait captieusement autour d'elle.

Singh avait administré par injection un puissant sédatif à Elisabeth, et elle dormit tout le jour, comme les doigts précis du chirurgien s'affairaient au dessus des minuscules moignons, qu'il badigeonna longuement d'un baume orangé, avant de les emmailloter dans de parcimonieuses bandelettes.Puis, ayant ganté successivement les souches suintantes de manchons semblables à des soquettes de fillettes, mais astucieusement renforcées, à leur extrémité, et prolongées de courtes boucles en métal argenté, il jeta son dévolu sur un modèle en nylon rose pâle, serré au poignet par une bande élastique d'une demi-douzaine de centimètres. Singh ne m'adressa pas dix paroles, dans la journée. Bien que tout se déroulât selon ses voeux, il était gai comme l'arithmétique, chaleureux comme l'haleine d'un puits. Un brouillard lanugineux engrisaillait la fenêtre, qui estompait voitures et réverbères.

-"Vous la connaissez mieux que moi...", fit-il soudain, " pour l'avoir invitée maintes fois au restaurant. quels sont les mets quelle affectionne. Il importe qu'ils soient caloriques et riches en protéides. Elle a perdu beaucoup de sang. Outre les produits reconstituants du derme, que je lui ai administrés, il sied de pallier, d'une roborative collation les déficits énergétiques et caloriques, qu'a subi son métabolisme.Elle n'a rien absorbé depuis hier soir, et ce martyr l'aura épuisée; elle sera, quand elle se réveillera, ce soir, affamée....."

-"Elle a le gout des grillades...", répondis-je.."elle s'est régalée, à deux reprises d'un simple mixed-grill au restaurant du Katmandou."

-"Soit, je vais aller quérir, dans la meilleure boucherie du quartier de fins morceaux, que j'agrémenterai d'herbes de Provence...Les aime-t-elle?..."

-"A la folie..."

-"C'est bien. Je vais également acheter de la patisserie: un plantureux gateau aux chateignes. A tout à l'heure, donc, veillez sur son sommeil, mais ne la touchez sous aucun prétexte. elle pourrait être victime d'une chute de tension brutale, qui pourrait mettre sa vie en danger. Là n'est pas votre souhait, je présume!...."

-"-"Pas vraiment!..", concédai-je.

-"Appelez-moi sur mon portable, si elle venait à délirer. J'en ai pour une demi-heure, tout au plus."

Interloqué, je le vis adapter sur les oreilles encore enflammées d'Elisabeth de minuscules écouteurs.

-"Que faites-vous, Singh?..."

Il me toisa d'un air goguenard.

-"Vous le voyez bien, je m'apprête à lui faire écouter de la musique!...

-"De la musique?.." fis-je en écho, comme me revenaient les paroles du redoutable chirurgien, à l'adresse de la femme martyrisée, avant qu'elle ne sombrât dans l'inconscience.: "Si vous entendez de la musique, c'est que Dieu s'apprête à vous exhausser dans sa lumière..."

-"Je vois!..", bredouillai-je, penaud..." Vous avez pensé à tout!..."

-"Rien ne m'est indifférent, qui pourra contribuer au bien être de notre douce petite fille, à l'espoir qu'elle nourrit d'une éternité de félicité, après la mort, à sa constance, dans sa résolution de mourir entre mes mains dans quelques jours...à notre sécurité, accessoirement!.."

-"Vous avez raison!..' l'approuvai-je dans un souffle, puis, d'une voix au bord de la rupture:

-"Singh, vous êtes revenu, jadis du pays des morts...N'y a-t-il pas..quelquechose..après?...."

Je crus voir crépiter des étincelles noires au fond des yeux glacés.

-"Cela vous turlupine donc vous aussi!...eh, bien voici la réponse: Rien. Rien que le néant...Une éternité de vide...De l'informe et du noir,...pas même dans votre esprit saponifié l'ombre de l'ombre d'une angoisse, d'une révolte, d'un questionement....Rien!...Il n'y a RIEN!....hormi, peut-être, pour notre seul désagrément la conviction définitive que nous allons passer l'éternité en tête à tête avec notre conscience...une certaine idée de l'enfer, en quelque sorte!...."

Une flambée de haine, mêlée d'admiration, devant tant de dédaigneuse morgue, me fit m'effondrer, malgré moi, dans le fauteuil le plus proche. Tel était le charisme de ce monstre, qu'il venait-me sembla-t-il- d'abroger de cette phrase définitive des siècles de spéculations métaphysiques, des milliers de pages de textes sacrés...

-"Eh, bien, Pitou!...", aboya-t-il, "Quattendez-vous pour vous rendre à son chevet? "

-"Je...j'y vais..." Je me retournai, pour assassiner d'une phrase lapidaire son mépris et son abjection. il était déja parti. Ses pas moururent dans l'escalier. Je le vis, depuis la fenêtre, s'éloigner, avec son cabat, vouté sous mon parapluie, en direction de l'esplanade des Gobelins, au bout de ma rue. Le brouillard s'était en partie dissipé. Il pleuvait désormais des cordes. Bienqu'il ne fut que six heures, le déluge tombait en cataractes, vieillissant, depuis le ciel brunâtre ,la clarté pénombrale du jour finissant. Je m'approchai d'Elisabeth. De la musique grésillait dans les minuscules écouteurs, une musique ample; qui semblait marcher sur la pointe d'accords inouis. mon regard survola son corps parfait, ce corps, qui avait, dans quelques jours, avec des scies chirurgicales et de plus redoutables bistouris, un tragique et ultime rendez-vous:!...

-"Pauvre Elisabeth!...pauvre fleur!...", m'entendis-je murmurer, puis je m'allongeai auprès d'elle. La chaleur donnait l'envie de se laisser glisser dans le sommeil.

Ce fut la sonnerie de l'interphone, qui m'arracha à ma somnolence. Singh s'essuya longuement les pieds sur le paillasson, fit s'ébrouer sur le palier le parapluie, et posa sur la table un énorme bouquet de roses blanches, puis le cabat trempé, d'où il extirpa un paquet mou, enveloppé de rose buvard, et , sous une cloche en plastique, un plantureux gateau, glacé de sucre marron, où couraient des guirlandes de Chantilly. Un vieux Médoc, et une bouteille de Monbazillac rejoignirent sur la table les victuailles, qu'il s'empressa d'installer dans le frigo, à l'autre bout du loft, puis il dépiauta de leur emballage les roses, et les ficha une à une dans mon grand vase en cristal.

-"Puis-je faire quelque chose?..", m'enquis-je.

-"Non. Retournez à votre besogne; Je vais m'asseoir à ses cotés, et procéder à quelques discrètes, mais nécessaires manipulations...."

Par Pierre Aufray
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Dimanche 14 juin 2009

CECILE HOAREAU


    Ce que jamais je n'eûs osé imaginer advint:. Le téléphone retentit un matin, comme j'achevais les paroles de la jolie chanson, que j'avais décidé d'interpréter moi-même, en prélude aux "Folies africaines"

-"Allo, Pitou, José, à l'appareil.."

-"Allo, c'est James Deravelle. Je crois que vous allez être content!: Cecile Hoareau souhaite vous rencontrer au plus vite.. elle a murement réfléchi, et ne repousse plus l'idée d'un éventuel partnership avec le Réseau, fût-il seulement temporaire. Elle a eu, hier avec Monsieur un entretien particulièrement chaleureux, et souhaiterait, ainsi que votre prédécesseur, aborder avec vous les aspects purement pratiques de cette possible collaboration."

Je restai muet, tremblant de tout mon corps. mon rêve allait s'incarner, l'espoir renaître, pour mon pays, pour moi, aussi!; j'allais enfin connnaitre le belle vierge noire,lui parler, lui faire don de ma personne,, avec toute ma fougue, tout mon enthousiasme, tous les moyens considérables dont je disposais à la tête du Réseau.

-"Allo, Pitou?...je ne vous entends plus!..."

-"Quand?..Où?..", bredouillai -je.

-"Jeudi prochain, chez vous, à 19 heures précises. Ses deux gardes du corps sonneront à votre porte quelques minutes avant son arrivée. Ils seront armés et porteurs d'un badge au logo du P.D.L. Vous devrez les laisser inspecter votre appartement, et vous soumettre à une fouille au corps rapide. Je ferai monter la Présidente dès qu'ils en auront terminé.

Je raccrochai quelques instants plus tard, et ouvris en grand l'unique et immense porte fenêtre. il pleuvait, mais curieusement, tout était repeint en bleu, jusqu'aux flots indolents de la Bièvre, de l'autre coté de la rue. Je joignis les deux mains et remerciai le ciel.

Rasé de frais, généreusement parfumé, ce fut en équilibre instable sur mes bottines à talons renforcés que j'accueillis, trois jours plus tard chez moi Cecile Hoareau, escorté de son conseiller, vêtu d'un strict costume bleu pétrole. J'avais, pour bienvenir mes récipiendaires, opté pour un costume cravate en cuir noir, et une chemise à jabots bleue paon.

-"Madame la présidente, je vous présente José Pitou, et voici mademoiselle Mendes", fit-il en désignant la toute nouvelle numéro 4 du Réseau. Redoutant mes accès de timidité face aux aux êtres que je jugeais en tout point supérieurs à moi, j'avais convié Natacha à cette prise de contact. Je ne voulais pas être confronté, avec le seul Deravelle à cette fée égarée dans le putanat contemporain. J'étais transi de frousse. Natacha avait, pour la circonstance revêtu une élégante robe en shetland gris perle, ornée d'une ceinture en cuir grenat. J'enviai sa décontraction. La colique au derrière,je baisai, un peu trop longuement peut-être la longue main brune où flambaient les feux assourdis d'un rubis.Tristement familière, la conviction que l'émotion allait me faire perdre tous mes moyens alluma un barbecue dans ma culotte.

-"..Je ....je suis si ....émotionné de ....faire votre....connaissance...avec vous, pour la première fois...", baffouillai-je en sentant, effaré mes mes gros yeux s'emplir de larmes, et de sueur ma peau ,sous mon opulente moustache soigneusement étrillée, avant cette confrontation ,des alluvions des repas de la journée.

-"Je suis tout aussi ravie de faire la votre..", murmura la voix grave, légérement voilée de la belle métisse.

A 44 ans, elle en paraissait dix de moins. Sur l'ovale parfait du noble visage, encadré de soyeux cheveux coupés court, flamboyaient deux yeux mordorés singulièrement perçants; ses lèvres charnues, peintes au rouge fuchia donnaient moins l'envie de les embrasser que de se prosterner à ses pieds, ce que je fis,masquant, las! à contre-temps, d'une toux sèche, le vent malvenu et probablement foireux que m'avait extorqué cette trop brusque génuflexion. Son corps souple, presque fluide était sanglé dans un seyant tailleur bleu de roi. un chemisier de soie blanche, finement rayé de rose tendre et des escarpins de cuir gris souris complêtaient sa mise. C'était bien cette princesse de conte de fée, égarée dans des temps abominables que j'avais visualisée. Natacha elle-même perdait ses feux, dans le cotoiement de ce diamant noir ! Les deux femmes s'assirent l'une à coté de l'autre. J'allai quérir du Porto et de whisky dans le bar, puis disposai sur la table basse une assiette de crottes de chocolat, et une autre généreusement garnie de tranches de saucisson à l'ail, mon régal!....

Dès que furent terminés les inévitables échanges de banalités, j'exposai ma proposition:

-"Je veux prêter à votre parti, sans intérêt au nom du Réseau la somme de 800.000 euros. Vous en ferez ce que bon vous semblera. J'ai bien sur certaines idées, mais je ne me permettrai pas de ...."

-"Faites, faites, au contraire, Monsieur Pitou", m'encouragea la plus illustre des françaises,qui, achevant de croquer dans un chocolat, dont la liqueur gicla malencontreusement de ses lèvres ,refusa poliment l'épaisse tranche de saucisson que je lui proposai, puis, sa voix étrange s'éleva, tel un brouillard de velour:

-"Cet argent est le votre. Vous en êtes tout du moins le dépositaire. L'usage qui en sera fait doit s'inspirer de vos reflexions et de vos conseils!"

-"Alors, je suggère", m'écriai-je sans lui laisser finir sa phrase, "je suggère, en premier lieu l'acquisition d'un vaste local à Londres, pour y coordonner les actions de votre parti en toute quiétude, loin des services secets et de la police interne de Azam. Vous y pourrez centraliser les renseignements, accueillir des séminaires pour vos cadres, y imprimer les articles d'une luxueuse revue hebdomadaire, que je finançerai intégralement. Vous pourrez aussi y déveloper les idées force de votre projet politique à l'adresse des premiers abonnés; D'autres souscriptions s'ensuivront, uniquement par ccoptation, afin d'éviter toute infiltration incontrolable. Dès Lundi, je joindrai par téléphone le prince Przsinskzy. Je le mandaterai pour vous introduire dans les cercles les plus fermés de la haute finance internationale. Il connait personnellement le secrétaire général des nations unies. Il vous l'introduira sans difficulté !" je ne compris qu'au moment même où elle s'échappait de mes lèvres la désobligeante maladresse de ces dernières paroles, et ne fus manifestement pas le seul, car j'entendis un petit rire fluter des lèvres de Deravelle, qui rougit violemment, en s'excusant. Ma voix,, que l'exaltation avait rendu stridente, emplissait désormais le salon. Ma bouche décochait des mots périlleux, en rafales continues. je ne voulais à aucun prix laisser s'installer le silence:C'eût été, à mes yeux désobliger gravement l'objet de ma vénération, que de chercher mes mots, de reprendre seulement mon souffle. Je voulais l'étourdir... Oublieux des deux autres, je l'abjurai de reprendre des chocolats. J'en fourrai, d'autorité trois dans ses mains, et posai sur le verre de la table, à coté de sa coupe plusieurs tranches de siflard. Elle semblait s'étonner de ma fébrilité, qu'attestaient les regards appuyés qu'elle échangeait avec son secrétaire, comme je virevoltais autour du canapé. Deravelle lui, restait de marbre. bienqu'il semblât visiblement souffrir de la chaleur, car il ne cessait de s'éponger le front avec son foulard de soie. La lyre de mon inspiration rhapsodiait désormais d'atonales et imprévisibles mélodies:

-"...Je vais ,pas plus tard qu'hier, ordonner à Lou Dupont, notre expert en audio-visuel qu'il filme tous vos déplacements, qu'il vous prende en photo avec tous les dirigeants européens. je vais moi-même, et en personne, de mon propre chef, lancer une campagne de calomnies pour discréditer cet enculé de Azam!...Ils sont tous pourris, comme tous ces politicards à la con!...Je suis un homme incontournable !...Tout le monde se conchie de trouille, quand j'élève la voix !..J'ai des contacts partout !...dans la mafia, également !..Je connais Diallo !...Petrov !....Incontournable!...Putain, si vous me croyez pas, je leur téléphone devant vous!...Je vous les passe, si vous le voulez!.."

Je vis qu'ils m'observaient tous les trois, comme on regarde passer dans la nuit une comète. ils avaient l'air sidérés. C'était le plus beau jour de ma vie!....

-" -"La mafia?..."s'étonna Deravelle, en échangeant un regard appuyé avec la femme que j'idolatrais.

-"Mais oui !.." explosai-je, . Diallo chapeaute toute l'industrie du crime à Paris, pour la communauté black...Je joue régulièrement au tennis avec lui...Petrov est le caïd de la mafia russe!...Je lui ai aidé à blanchir de l'argent, j'ai fourni de faux passeports à de lestes filles de l'est, fait chanter un député corrompu, pour qu'il fournisse un alibi aux casseurs de la Banque de France!. Il me fait livrer une caisse de Champagne, tous les mois!...et pas de la merde !...Goutez mon saucisson, Cecile!...toujours pas?...Moi, je vous dis!..on va foutre les barbus dans la mouscaille!...On va leur la mettre profond!...Je vais couler ce fils de pute arabe dans sa propre merde!...Putain de merde!..."

Je vidai mon verre de whisky d'un coup, et essuyai d'un revers de main mes lèvres, où je sentais, aux commissures, mousser de la bave. Puis je me levais d'un bond,et allai quérir, sur une étagère, entre un photo de Monsieur, et une de mézigue en slip de bain l'album où j'avais collé toutes les photos de la Vierge noire.

-"Tenez!!", hurlai-je , en lui tendant l'album avec une telle fougue, qu'elle renversa sur sa jupe quelques gouttes de porto.

-"Regardez!..regardez!...C'est vous, partout!!!Je vous admire depuis toujours! ..J'ai toutes vos putains de photos!. Je veux vous servir!...Je vais vous introduire partout où vous voulez!...Je vais faire reluire à nouveau votre étoile!.....Vous êtes ma seule raison de vivre....avec le tennis, et le Réseau!.....

Je m'effondrai dans mon fauteuil, tremblant comme une feuille. j'étais en nage. Les longs doigts bruns feuilletaient l'album, que lorgnait Deravelle, qui avait blêmi..Soudain, je sentis le sang se figer dans mes veines..... Je venais de me souvenir, que dans ma fièvre, j'y avais également collé de maladroits montages de pépées à poil, dont j'avais, pour y substituer le visage de la Présidente, découpé les têtes....

-"Attendez!...attendez!....", hennis-je, " vous n'êtes pas à la bonne page!...Laissez-moi faire! Dans ma fougue, je renversai au passage l'assiette de sauciflard, dont une rondelle alla rouler sur la jupe de la Présidente. Je la cueillis , ainsi que les autres ,en bredouillant des excuses, et les disposai, tant bien que mal sur l'autre soucoupe, au milieu des crottes. Mes doigts, déja embrennés de cacao comme si je venais de les extirper d'un rectum après usage, se huilèrent instantanément de graisse. Tout pleurnaillant,je pris une de ses mains dans les miennes:

-"Je serai l'artisan de votre rescucitation!", m'écriai-je en pleurant, puis je sursautai. La main de Deravelle venait de se poser sur mon épaule.

-"Qu'est-ce qu'il y a?...", tonnai-je, furibard.

-"Venez, Pitou, il y a un ordinateur de bord dans ma voiture. Nous ne pouvons surseoir plus longtemps à la conceptualisation de ce covenant entre notre parti et votre institution. il nous faut évoquer, de manière pratique les transferts de comptes a court et à moyen terme, fixer un calendrier prévisionnel. C'est une logistique complexe,. Nous n'allons pas infliger cette corvée à La Présidente et à votre collaboratrice!... -"Oui,oui, ....euh..allons-y!...Natacha, je vous laisse en compagnie de madame la Présidente, puis, à l'intéressée:

-Natacha va vous enretenir des "Folies africaines"...C'est notre prochain spectacle au double six...C'est moi qui l'a mis au point!......Il faut absolumment que vous y viendiez!...Tous les membres les plus proéminents du club se feront un honneur de vous honorer d'un banc d'honneur! Je veux que tout le monde save que nous allons désormais, vous et moi, marcher la main dans la main sur deux routes distantes, mais parallèles les unes des autres...Je veux!... ...je veux.!..."

-"Venez, Pitou!" insista Deravelle, en m'entrainant par le bras vers la porte.

-"Attendez un instant, vieux!...Je vais faire un petit pipi, d'abord!..."

Etait-ce l'exaltation que je ressentais en présence de l'admirable créature?..Je vis mes doigts mettre en marche les deux caméras, celle insérée dans l'oeil du dragon, puis l'autre, fixée astucieusement au dessus du lavabo. A un moment ou à un autre, l'objet de ma vénération se retirerait dans les lieux, et j'eûs été bien sot, au nom d'une sacristaine pudeur de me refuser l'hostie d'une communion intime avec l'incarnation, sur cette terre du beau, du bien et du bon!....

Deravelle s'impatientait à la porte:

-"Bon, alors!....vous venez, maintenant?..."

-"Oui, oui!...." .je lançai un ultime regard d'adoration, à l'adresse de Cecile Hoareau, puis, arrondissant mes lèvres dans un baiser charmant, que je lui adressai. Je rejoignis Deravelle dans l'escalier, non sans avoir activé discrètement sur la télécommande, fourrée dans ma poche, les micros du salon. ""J'ai parlé trop fort!",.me lamentai-je,"...trop longtemps!...Je me suis un peu echauffé!.., fait des erreurs de syntaxe!....Et puis, toutes ces tâches sur ses beaux vêtements!....le porto, le chocolat, le saucisson!...."

-"Vous avez été parfait!" ,trancha Deravelle."Je la connais. Votre enthousiasme, votre ferveur à vouloir la servir l'auront bouleversé!...."

J'ai fait de mon mieux", marmonnai-je "J'ai toujours fait de mon mieux!...toujours!..."

Nous restâmes presque deux heures dans la voiture. Deravelle avait raison: on ne pouvait formater la logistique d'une pareille opération d'un claquement de doigts. Les tranferts bancaires nécessitèrent à eux seuls quarante minutes de travail. Les sommes en jeu étaient colossales.Réfutant toute lésine, je rajoutai, sans qu'il m'en eût prié 200.000 euros dans l'affaire. Il fallut répartir cette provende dans une dizaine de comptes fictifs, masquer la provenance de cette manne à l'oeil scrutateur du fisc, parer à toutes les shtourbes!...La nuit était tombée depuis longtemps quand nous regagnâmes l'appartement, où nous attendaient les deux jeunes femmes qui discutaient en riant autour d'un verre dePorto. il y avait quelque chose d''infiniment troublant, dans le cotoiement, sur un même canapé de ces deux femmes superbes. Leurs gestuelles avait la grâce miraculeuse d'une chorégraphie chinoise. J'étais, quant à moi, affamé, et cueillis dans la soucoupe plusieurs tranches de saucisson, que je m'enfournai dans la bouche.

-"Vous allez rester à diner!" ,décrétai-je, en proposant à Cécile la dernière tranche, qu'elle refusa, dans un gest ailé.

-"J'ai fait livrer, par mon traiteur des escargots, des croque-monsieurs, des roll-mops, et du haricot de mouton!..."..

-"C'est malheureusement impossible!...Nous allon rouler toute la nuit. Je dois rencontre le président Mastaroli à Milan, demain matin à neuf heures!...Il nous faut même, du reste, partir tout de suite!"

Elle me gratifia d'un merveilleux sourire.

-"Nous nous reverrons à vos "Folies", José", promit-elle, en me tendant sa main, que baisèrent goulumment mes lèvres gluantes de charcutaille. Elle m'avait appelé José!!!...J'avais envie de la serrer dans mes bras, mais n'osai pas: elle avait, comme tout à chacun ,une bonne tête de plus que moi,et je n'eûs enlacé que ses seules fesses, ce qui n'était pas exactement le geste qui seyait en la circonstance!

-"Promettez-le moi !", suppliai-je.

-"Promis!"

-"Dites "je le jure!"

-"Mais je vous le jure, José!" fit-elle en riant. Je pris ses mains dans les miennes, et les serrai avec ferveur. ses paumes étaient moites, mais peut-être était-ce la graisse du siflard!

Je les regardai monter dans la voiture, derrière la vitre, et leur adressai un baiser ,qu'ils ne virent pas. La voiture démarra, le moteur mourut au détour du carrefour Saint-Hilaire.

Je collai mon front suant à la vitre pendant plusieurs minutes, épuisé et ravi.J'avais conquis le coeur et la confiance de l'être au monde que je chérissais le plus; Il faisait grand soleil au mileu de la nuit. Je me laissai tomber dans ma chauffeuse, calai la cassette d'enregistrement à son amorce, allumai, avec faste mon meilleur Havane, et appuyai sur la touche Start. La voix grave et modulée de Cecile Hoareau s'éleva dans le silence recouvré de l'immense pièce...

-"Mon Dieu!...mon Dieu!..." fit-elle à plusieurs reprises, entre deux fou-rires, accompagnée, dans cette surgie de rigolade par ma chère collaboratrice.

-"...Et encore!...Il est relativement calme, ce soir!.."..s'étrangla la vipère.

-"Natacha, vous comprendrez aisément que je ne puis en aucun cas me compromettre avec cet homme là!...Quel cochon !......."

-"Vous n'aurez pas à le faire! Il va être limogé dans les semaines qui viennent. Raoul Saligaut est pressenti pour le remplacer. . C'est un homme fiable et compétent. Vous n'aurez plus à faire qu'à lui et à moi.. Pitou est un dément. Le Conseil d'administration du Réseau s'apprête à entamer la procédure de destitution. Nous allons le soustraire à titre définitif de toute responsabilité. il est décidément incontrolable, et pourrait se révéler nuisible au Réseau, à votre parti aussi, bien sur!... sans parler de votre crédibilité!....et vous ne savez pas tout!....Il ya , dans ce cerveau lactifié de quoi occuper à plein temps pendant une décennie les emplois du temps de 40 aliénistes !

Il justifirait à lui-seul la fondation de deux hopitaux psychiatriques!....Sachez, qu'à titre personnel, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour refuser de renouveler son adhésion, comme simple membre!...."

Je me sentis devenir liquide, et avalai trois comprimés. Mon cigare m'était tombé des lèvres. Je le cueillis sur le tapis et le balancai de toutes mes forces sur le carreau de la fenêtre, derrière laquelle s'embruinait la nuit.

-"Mais comment diable avez-vous pu vous choisir un tel chef?..."

-"Cet hystrion a su se gagner les rieurs, flatter la vanité de Monsieur, caresser dans le sens du poil les vieilles barbes du Réseau. Ils sont caducs!...Leur vigilance est tombée en sommeil!....

-"Mais tout-de même, c'est un possédé !. son comportement est irrationnel, son discours incohérent, ses fréquentations inavouables, son égo surdimensionné, sa délicatesse préhistorique, sa syntaxe périlleuse, sa privauté à mon endroit, inadmissible. Il est grossier, hideux, péremptoire et timide à la fois. Son vocabulaire est ordurier, sa voix crispante, il sent fort mauvais. C'est également un pervers et un obsédé sexuel. Quant à ses manières, vous reconnaitrez avec moi qu'elles sont pour le moins rustiques!.....Regardez ma jupe!....mon corsage!...Ils sont tachés de graisse, de cacao, mouillés de Porto, et de ses postillons, saupoudrés des cendres de ses puants cigares!.....Je vais rouler toute la nuit, dans les délicats parfums mêlés de saucisson et de vinasse!...Et demain matin, je dois m'entretenir avec Mastaroli en personne!....Je n'ai déja pas eu une seule minute aujourd'hui pour me raffraichir...entre mon meeting, et mon interview sur Canal Fraternité!...Si j'avais pu prévoir cette odoriférante aspersion, j'eûs prévu du change, ou enfilé une combinaison d'homme grenouille!..."

Elles rirent toutes les deux. J'avais l'impression de me dégonfler comme une baudruche. La révoltante prodition de ces deux femmes, que je venais d'inonder d'honneur, de compliments, de fric, venaient, d'une captieuse coupe, de me faire chelem, cocu jusqu'au trognon!....

-"Je vais arranger tout cela!...", fit Natacha, "attendez-moi un instant je vais d'abord faire pipi!..."

-"Il y a peut-être du détachant dans la salle de bain?..."

-"Certainement pas!...Pitou est aussi sale qu'une grille d'égout!.." fit la voix de ma tendre collaboratrice, que feutrait,désormais la porte refermée de la salle de bain.

-"Pas de déodorant non plus? J'ai égaré le mien!..."

-"Pas plus de déodorant que de souvenir de la Lune!...mais ne vous en faites pas, je vais vous prêter le mien!...."

-"C'est gentil!..Il a fait si chaud aujourd'hui!...Je suis moite, et me navre de commencer à sentir ma propre odeur!..."

-"Passez donc dans sa salle de bain! cette pièce se languit sans doute de n'y pas accueillir de visiteur, avec ce bousier!...Vous me passerez vos vêtements, je les nettoierai à l'ancienne, avec du sel et du vinaigre blanc. il y en a sur cette étagère!....

-" Vous pensez vraiment que je peux utiliser sa salle de bain?..."

-"Bien sur!..Ils en ont pour plus d'une heure à régler les modalités de transferts de fond!...."

La voix de Natacha avait monté de volume d'un seul coup,et je sus qu'elle venait de regagner le salon. Il y eut quelques secondes de silence,puis la voix de Cecile Hoareau, qui s'était à son tour brusquement assourdie s'éleva, depuis le cabinet de toilette:

-"Il n'ya pas que des loufoqueries dans les propositions de ce forcené!...."

-"Oh non!...Il y a parfois de surprenantes embellies dans l'orage de ce pauvre cerveau fêlé!...Ceux là même qu'offusque se seule présence n'en disconviennent pas!!.."

-"Tenez!" , fit la voix de la Présidente, puis, un ton au dessus, afin de se faire entendre de Natacha, qui faisait couler de l'eau derrière le bar américain:

-"A vrai dire, je ne vois guère de choses à reprocher à son offre que le recours aux caïds de la Maffia pour discréditer mon plus dangereux antagoniste, mais c'est hélas rédibitoire!...Mon image, dans l'opinion ne s'accomoderait guère de cette réfrigérante ombre tutélaire!...."

-"Ne vous en faites pas Cécile !" -elle l'appelait déja par son prénom!- "Je vous le redis! Pitou est sur le point d'être démis de ses fonctions. Vous pouvez compter sur Saligaut et sur moi-même pour redorer le blason du Réseau, terni puis deshonoré par cet hurluberlu!...Ca y est!...C'est parti sur votre jupe!...Je vais détacher votre corsage...Il ne restera bientôt plus aucune trace!..."

Un éclair d'orage vient d'illuminer la nuit derrière la baie vitrée. Un grondement sourd ébranle la vitre, que prolonge étrangement le rire éclatant de Natacha depuis les haut parleurs

-"Un jour, je vous présenterai Barry Jenkyns!.....Une figure emblématique du Réseau! un homme infiniment plus ...séduisant!..."

J'entends la pluis -diluvienne- cingler le vélux, comme pour le transpercer.

-"Barry Jenkyns?..le champion de natation?..."

-"Lui-même!..."

-"C'était mon idole quand j'avais quinze ans. Il en avait dix neuf. c'était un dieu vivant!...Je collectionnais toutes ses photos!..Il a beaucoup changé, je suppose!..."

-"Non!..Il s'est encore bonnifié avec les années! Sa stature est toujours biblique, mais son visage a désormais la cruauté émoustillante d'un sultan stamboulote!.."

-"Arrêtez!.." ,implora Cécile Hoareau en riant," Vous allez riser l'étang pur et froid de ma pudeur accoutumée!...."

-"Vous ne seriez pas la première à succomber à ce Sardanapale!....Je vous aurai moi-même précédé dans le florilège de ses conquêtes!..."

-"Il est donc votre amant! ..."

-"Oui, mais il est volage!...Je ne donnerais pas cher de sa constance à mon endroit si vous veniez à croiser sa route!...Vous êtes une femme terriblement séduisante!!" , osa la flagorneuse garce.

-"Merci, mais je ne donnerais pas cher de la mienne non plus!...Je vous avoue que je suis toujours un peu amoureuse de lui!...Et puis, mon amant actuel me délaisse, au profit de la jeune championne de France de planche à voile!...Elle a 22 ans!!...J'ai l'intention de m'incliner avant le départ de la prochaine course mon amour propre l'exige!...." Au fait, n'auriez-vous pas une photo?"

-"De Barry Jenkyns?..."

-"Oui!"

-"Certes, mais c'est une photo assez dépouillée, si vous voyez ce que je veux dire!.."

La présidente éclata de rire:

-"Je le vois très bien, mais peu importe!...au contraire!...Je ne suis pas bégueule!."..

-" Alors tenez!"

-"Merci!.."

Un petit gloussement de surprise ravie retentit depuis la salle de bain.Derrière ma fenêtre, un éclair embrasa la nuit. La pluie tombait en rafales, projetée par des bourasques.La sirène d'une brigade des tribuneaux islamistes volants hurla aux confins de la rue, puis mourut.. A cet instant précis, je sus que mon coeur,déja fissuré de part en part venait d'exploser, à la manière de quelque supernova perdue dans le vide sidéral des grandes solitudes.

-"Diable!....Vous ne devez pas vous plaindre des assauts de ce bien- servi!....gloussa Cécile d'une voix mutine, "La plupart des hommes ont des sexes de caniche!...Vous avez bien de la chance!...."

-"Si vous le voulez, un jour, je veux bien vous faire partager ma chance!...J'ai, par gout, et par nécessité la fibre pluraliste!..."

-"Je ne dis pas oui!...Notez que je ne dis pas non, non plus!..."

Le carillon de leurs rires m'assourdit, je pressai mes poings à lmes oreilles, appuyai sur la touche Stop et viaupai dans mes mains, puis je fus me poster devant la baie vitrée. L'averse avait cessé brusquement. De l'autre coté de la morne Bièvre, l'affiche électorale géante de Cecile Hoareau, gaufrée de pluie se gondolait. Le visage superbe que j'avais tant aimé semblait pleurer de rire, dans la clarté malade de l'antique réverbère. Au loin, crépitait de l'or aux fenêtres de la nuit. Des amours naissaient, d'autres mouraient.. des couples s'aimaient. d'autres se cotoyaient en se haïssant, mais tous vivaient. Moi, j'étais mort, d'un éclat de rire en plein coeur...Seul, tel un phare désaffecté sur un

îlot battu par les vagues, et de pleurer en silence, le front collé à la vitre, comme tout à l'heure, quand le monde était encore bleu!....Vouloir, sans pouvoir!...Jamais!...Aimer sans retour!...Jamais!...Une semblable vie valait-elle d'être vécue, qui ne serait plus, désormais que la traversée en aveugle d'une steppe de cendre, où ne retentirait plus aucun rire!.... "Pauvre José!...", m'entendis-je gémir, en reniflant mes larmesTout s'était effondré en quelques minutes, en quelques vérités séchement giflées à mon irrémescible crucherie!....Je m'étais fendu la raie pour des haricots!..... Cecile Hoareau refuserait mes services. elle me croyait frappadingue. Tout le monde me croyait loufe!...J'allais être évincé de la direction du Réseau, exclus peut-être à tout jamais de ma niche! rejeté dans mon néant,avec mes larmes, avec mes haines et mes remords!...le coeur fadé de béantes plaies. Un gouffre de souffre et de ténèbre venait de s'entrouvrir sous mes pieds. Voué à l'inaction, à de dérisoires gagne-croutes, il me faudrait m'y débattre avec mes seuls démons jusqu'à la mort!..Une mort effrayante et solitaire!.... Et puis, en sus des contusibles rires de ces nymphomanes, il y avait ces paroles de feu, ces paroles inédites, définitives et imparables:

-"Je suis toujours vaguement amoureuse de lui!.".. Armé et casqué de haine et de mépris, je pouvais encore lutter d'égal à égal avec la lubricité des femmes, la voracité des hommes. je m'en étais donné les moyens: les yeux d'Elisabeth, les mains de Singh, la bite de Jenkyns; que pouvais-je, en revanche contre cet aveu imprévisible d'une passion, dont je venais de comprendre qu'elle n'était pas exclusivement utérine? Que pouvait le minable eustache de mon vice contre les flammes de ce sentiment, voué à rester à tout jamais étranger au gnôme haï, gorgé de fiel, que j'étais devenu, au fil de ma solitude?.. Je me laissai tomber dans mon fauteuil, où je demeurai longtemps prostré,pitoyable, le ciboulot en pantène. Une vague de désespoir m'ensevelit, dont je n'émergeai que pour respirer l'air acide d'une haine prodigieuse, invécue jusqu'à ce jour.. Bondissant de mon fauteuil, tel un diable de sa boite, je me dirigeai vers la salle de bain....

L'écran géant est déplié. J'introduis les deux cassettes dans le double lecteur, compose le mode"twofold", appuie sur la touche start; Les deux plans juxtaposés apparaissent simultanément sur l'écran. La deuxième caméra a quelques instants de retard sur la première. Le synchronise les deux. Ca y est!.... Natacha apparait sur les deux moitiés de l'écran.La première caméra, fixée au dessus du lavabo filme la partie supérieure de son corps, comme elle se mire avec complaisance dans la glace, après avoir posé son sac à main sur le rebord du lavabo. La seconde est braquée sur la cuvette des cabinets, où elle va s'asseoir d'un instant à l'autre.....J'appuie simultanément sur les deux touches START, et me cale confortablement dans mon fauteuil, en allumant un autre Havane.

-"Il y a peut-être du détachant dans la salle de bain!..." fait la voix distante de la Présidente. Natacha a détourné son regard du miroir. Debout un instant devant la cuvette des waters, elle soulève très hautt sa robe en shetland, et pose les mains sur l'élastique de sa culotte, qu'elle s'apprête à baisser. Arrêt sur image. Zoom avant sur un boxer-slip en dentelle grise, qui monte jusqu'à la taille. START...Elle baisse résolumment l'affriolante culotte jusqu'aux chevilles, et s'asseois, jambes écartées sur la cuvette, en maintenant à la taille sa robe d'une main, pendant que l'autre extirpe, de dessous sa ténébreuse foune ,un tampon souillé, qu'elle laisse tomber dans la cuvette. Salope!!!...

-"Pas de déodorant, non plus?...", s'enquiert l'autre putaine, depuis le salon.

-"Pas plus de déodorant que de souvenirs de la Lune!!!.....Demandez un kleenex à une truie !!!"

Ca vient de gicler, d'entre les poils noirs, un peu de travers, comme la dernière fois. Ca coule à gros bouillon !...

-"Ne vous en faites pas !...je vais vous prêter mon stick !"

-"C'est gentil!...Il a fait si chaud, aujourd'hui!..." fait la voix lointaine..

La main gauche de ma collaboratrice vient d'arracher une feuille de papier hygiénique, dont elle se tamponne furtivement la motte, puis elle tire la chasse d'eau, fouille dans son sac à main, d'où elle extirpe un tampon neuf, qu'elle glisse résolumment dans son fourre-tout, d'où il retombe.

-"Merde !", lache-t-elle dans un souffle, puis:

-"Allez donc vous raffarichir dans la salle de bain, Cécile....Vous me passerez vos vêtements.Je vais les détacher à l'ancienne....."

Zoom sur la main de Natacha, qui vient de plonger à nouveau sous l'inqiétante ronceraie. Deux doigts en écartent les babines poilues, deux autres enfoncent rageusement le tampon, dont je vois la bobinette pendouiller un instant, sous la sombre pelote, puis elle remonte prestement ses cottes, s'observe une dernière fois dans le miroir, en se souriant, fait voler, espiègle sa chevelure, mouille ses mimines, et disparait hors champ de la caméra. Quand s'élève à nouveau sa voix, désormais assourdie, je comprends qu'elle a regagné le salon.

"....a régler les futurs transferts de fond...."

Plan fixe sur la baignoire à gauche, les chiots à droite. Cecile Hoareau apparait à gauche de l'écran.

-"Il n'y a pas que des loufoqueries dans les propositions de ce forcené!" lance-t-elle, en ôtant la veste de son tailleur, qu'elle pose sur le rebord du lavabo. Les doigts bruns, aux ongles carminés s 'envolent vers le col du chemisier qu'ils commencent à déboutonner lentement. Le visage inondé de sueur, je vois apparaitre un soutien-gorge pigeonnant en satin blanc, sur les bonnets duquel, sont brodées, en surimpression deux fleurs de lotus du même blanc immaculé. je sens ma respiration se bloquer. Mes doigts hésitent sur la télécommande. Une part de moi-même se révolte à la perspective de se repaitre de ce qui va suivre. Une autre bouillonne de rage et de désir. La chose, qui vient de se dresser sans pré-avis dans mon pantalon tranche ce noeud gordien. je me laisse retomber dans mon fauteuil, agrippé aux accoudoirs, comme un naufragé à une bouée. Pour éviter la noyade !...La femme qui a tenu ,dans ses mains les rènes de la France est en train de se déloquer devant mes yeux !....

----"Oh, non! Il y a, parfois de surprenantes embellies dans l'orage de son pauvre cerveau fêlé!", concède la voix lointaine de Natacha depuis le salon.

La présidente a posé son corsage sur sa veste. Ses deux mains disparaissent derrière sa taille.Le glissement d'une fermeture éclair ébrèche un instant le silence de la salle de bain, puis les deux mains baissent lentement la jupe, qu'elles déposent soigneusement sur le corsage. Plan fixe. Arrêt sur image: La belle métisse n'est plus vêtue que de son soutien-gorge en satin et d'un slip combiné, relié, sur ses cotés, de deux fins ruban de soie rose, et orné, en surimpression, au dessous de la ceinture d'une semblable fleur de lotus. START. LA présidente disparait un instant du champ de la caméra.

-"Tenez!" , fait sa voix, comme je perçois le grincement furtif et familier de la porte de la salle d'eau entrouverte, puis refermée aussitôt dans un bruit sourd.. La superbe métisse vient de réapparaitre plein champ, au dessus du lavabo.

-"A vrai dire, Nonobstant son style....singulier, je ne vois guère à reprocher à son offre que le seul recours aux caïds

de la Maffia!...", commence-t-elle, en s'observant dans le miroir d'un oeil critique.Elle ajuste, sur ses seins les bonnets du soutien-gorge, où pointent deux tétons arrogants. De l'eau gicle dans l'évier du bar américain, à l'autre bout du salon. je me tasse de plus belle dans mon fauteuil. Une surgie de honte me fait malgré moi jeter à la ronde des regards foireux: la plus illustre des Françaises vient de baisser prestement son slip, qu'elle flaire au passage. Sa doublure, amplement souillée apparait furtivement, comme elle l'en éloigne de son pur visage, dont le nez charmant s'est froncé. Déja, sa main gauche a bouchonné la culotte, qu'elle fourre rapidement dans un minuscule sachet en plastique, qui disparait aussitôt au fond du sac à main en cuir beige. Elle en extirpe une autre, propre, en tout point semblable, qu'elle tient serrée dans sa main droite, comme elle se dirige vers la cuvette des waters où elle s'asseoit, jambes écartées.. Mon coeur joue du tam-tam vaudou.Les péripéties de cette conférence de presse d'un genre nouveau jettent une lumière insolite sur la dignité de la fonction présidentielle.!....

-"Cest parti tout seul sur la jupe!..., " annonce fiérement Natacha, depuis le coin suisine, "Je suis en train de détacher votre corsage!..Il ne va plus rester aucune trace!..." Un jet dru de clair topaze vient de jaillir de la sombre fente de la Présidente, très visible, sous une motte rase de poils drus et frisés, qui s'épaississent considérablement sous le tunnel de l'entre-fesses, dans un bouc ténébreux et crêpu. Natacha est en train de parler de ce verrat de Jenkyns:

-"Cest un homme infiniment plus séduisant!", fait sa voix soudain enjouée.

La source embroussaillée de laine noire... semble se tarir, l'espace d'un instantCa goutte un peu, puis le jet repart de plus belle, accompagné par le trombonne assourdi d'un vent. Je vois blanc, me sens devenir liquide, emporté par les flots boueux d'un gigantesque égout, où je crois voir dériver, à mes cotés les vêtures de conte de fée de la belle vierge noire, tout empouacrées de bran, et d'innomables vidanges....ainsi que mes ultimes illusions!.....Des foules invisibles, rient sur la berge de ma connerie...

-"Barry Jenkyns?...Le champion de natation?..."

-"Lui-même!"

-C'était mon idole quand j'avais quinze ans. Il en avait dix neuf..."

Elle est restée assise sur la cuvette des cabinets. Je tressaille. L'expression du visage a brusquement changé: une lueur faraude fait désormais scintiller le beau regard mordoré; Les lèvres fuchia s'entrouvrent, où les paroles semblent hésiter.

-"Il a beaucoup changé, je suppose!"

Sa main gauche vient de sectionner un morceau de papier hygiénique, dont elle s'essuie longuement la figue. Je recouvre d'une main mes yeux coupables.

-"...a la crauté d'un sultan stamboulotte..." ,fait Natacha.

-"Arrêtez!...Vous allez troubler l'étang pur et froid de ma pudeur accoutumée!....."

Tel un sale môme, je risque un oeil entre mes doigts. La main , où scintille le rubis cueille une autre feuille, plonge derechef ,droit vers l'hispide pubis, que fendent délicatement les deux pétales closes et violâtres, quelle essuie à noiuveau, avec une ultramarine nonchalence.

-"J'ai toujours été amoureuse de lui...", prononce la voix qui s'est asourdie, me semble-til. J'avale rapidement deux comprimé, et me tortille nerveusement la moustache.. La sueur me dégouline sur le visage.. Le portrait officiel de la présidente, le buste barré du grand cordon de la Légion d'honneur vient de m'apparaitre dans un flash...

-"Vous avez une photo?

-"Oui, mais c'est une photo assez dépouillée, si vous voyez ce que je veux dire!...."

-"Ca ne fait rien, au contraire!...fait en riant la vierge noire, qui s'est levé prestement de la cuvette, pour disparaitre quelques instants en direction de la porte de la salle de bain.. Elle a gardé son slip propre bouchonné dans sa main, et n'est vêtue que de son seul soutien-gorge. Je sens mes poings se serrer de rage et de haine. Quand elle revient, c'est pour se planter debout devant le miroir, sa lingerie dans une main, dans l'autre, la photo de ce bouc de Jenkyns, quelle approche de son visage comme pour l'embrasser, ce qu'elle finit par faire devant mes yeux incrédules qui pleurent des larmes de feu.

-"Vous ne devez pas vous plaindre des assauts de ce bien servi!....la plupart des hommes..."

J'avale ma salive.Il ya du ciment dans ma gorge. Elle a posé sa culotte, ainsi que la photo sur le rebord du lavabo, à coté du sac à main. Dans un état second, je vois les longs doigts sombres se glisser derrière son dos, pour dégraffer son soutien-gorge, qu'elle pose à coté du slip. Ses seins, petits, mais encore fermes, sont généreusement estampillés de brun chocolat. On pourrait suspendre une veste à leurs pointes arrogantes.

-"Si vous voulez, un jour, je veux bien vous faire partager ma chance", hasarde Natacha. Rires. L'univers tout entier vient d'imploser.Le temps s'est arrêté. J'entrevois pour le reste de mes jours toute une éternité de brasiers, de chaos...Cecile Hoareau, la belle vierge noire, celle pour qui j'aurais bu le sang d'un corbeau, pour l'honneur de qui j'aurais blasphémé, défié Dieu et Diable en même temps, Cecile Hoareau vient d'enveloper, devant mes yeux , de sa main son sein gauche, pour le caresser doucement, comme on caresse une plaie. Sa main droite, elle ,a piqué droit vers sa fente, que deux de ses doigts, fébriles et précis à la fois, entreprennent de frictionner vigoureusement. Elle marque une pause, regarde la photo, le souffle un peu court. Son front brille. Son regard est brouillé.

-"Je ne dis pas oui. Je ne dis pas non, non plus..." Je m'entends gémir: les doigts mouillés viennent de piquer à nouveau vers l'encoche sombre qui luit. Je ferme les yeux, terrassé, anéanti. Je n'ai même pas la force nécessaire pour appuyer sur la touche STOP. La voix de Natacha me parvient faiblement, comme à travers un écran liquide. Je ne distingue pas ses paroles, seulement le léger halêtement de la plus illustre des françaises, qui consent parfois un petit rire à quelque remarque probablement ignoble de l'autre morue.. Je rouvre les yeux deux siècles plus tard. La Vierge noire, toujours nue est en train de s'éponger les aisselles avec une lingette. Ses joues et ses oreilles sont légérement empourprée, le front lissse, subtilement bombé brille de sueur, qu'elle tamponne à l'aide d'une autre lingette, puis sa moute, avec une troisième.

-"Je ne vous le garderai pas longtemps, Natacha..." fait-elle en riant. "juste le temps d'assouvir un phantasme d'adolescente!...Et puis les privilèges régaliens, quand il faut y renoncer, laissent au palais un amer déboire, et j'aspire, comme tout à chacun à de plus modestes, mais plus roboratives joies!..."

-"Vous avez bien raison, et puis, les joies inférieures n'en demeurent pas moins authentiques!..."

La présidente disparait un instant ,en direction de la porte de la salle de bain.

-"Merci, je ne sais pas ce que j'aurais fait sans vous!.....

Elle revient se poster devant la glace, pose ses vêtements détachés sur le rebord du lavabo. Ses longs doigts dévissent un minuscule flacon de parfum, dont elle fait couler quelques gouttes sur sa paume, pour s'en tamponner furtivement le cou, et la peau, derrière les oreilles.

-"D'ailleurs, il faudra que je songe un jour à me marier, si je veux mordre sur l'électorat musulman!...Je ne peux continuer, ainsi à jouer les amazônes!...Si je l'étais déja, je ferais cinq points de plus aux prochaines élections!...Ma liberté de femme m'a couté rien moins que mon maintien à la magistrature suprême!....

"Ces gens sont stupides!...Ils font marcher un tiers de l'espèce humaine à quatre pattes!...", vitupère Natacha, depuis le salon.

La vierge noire, satisfaite de ses ablutions, a ré-enfilé son soutien-gorge, dont elle ajuste les bonnets sur ses seins pointus. Je la vois cueillir dans son sac un tube de rissil. Elle n'a toujours pas enfilé sa culotte. Sous le parcimonieux triangle de poils ras et crêpus, je ne puis détacher mon regard de l'étroit sillon de sa féminité, que coiffe un clitoris bourgeonnant, d'un brun qui tire sur le violet.

Elle éclate d'un rire qui m'arrache un gémissement.

-"Je jetterai mon dévolu sur un homme vieillissant. il se montrera sans doute plus complaisant à l'égard de mes exigences....physiologiques...

Le rire de ma collaboratrice retentit, plus obscène qu'un rôt laché au milieu d'une minute de silence.

-"Pourquoi pas monsieur Deravelle?...Il est fort séduisant, et je le subodore accomodant..."

"C'est hélas hors de question!....Le gout de ce fringant quinquagénaire, discret et racé n'est pas exclusivement celui des femmes, et je répugnerais à accueillir dans ma chambre intime un pérégrin qui aurait séjourné, ne serait-ce que le temps d'un spasme dans les malpropres caveaux de ses semblables!..." Rires.

Cécile Hoareau se passe du rimmel sur les cils, nappe ses lèvres d'un fine couche de rouge framboise, enfile rapidement sa culotte propre, et son corsage, qu'elle boutonne, en s'adressant, dans le miroir une moue espiègle, puis elle observe avec satisfaction la jupe et la veste se son tailleur, à l'emplacement des tâches désormais résorbées, et les enfile à leurs tours.

-"Impeccable!..Vous pouvez faire entrer Barry Jenkyns!...", fait-elle en riant, tout en, se donnant un rapide coup de peigne. Les deux femmes éclatent de rire à l'unisson. Un rire énorme de garnison!..Un rire de soulographe bavarois .Je chancelle en direction de la salle de bain, lance un regard navré sur les cabinets, où je vomis quelques secondes plus tard une purée de couleur indécise, fleurant l'ail et le cacao.

Par Pierre Aufray
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Dimanche 24 mai 2009

JADE


Ce fut dans l'après-midi du lendemain que je reçus le coup de fil de Natacha

-"J'ai quelquechose à vous demander." fit-elle sur un ton désinvolte. "Puis-je passer chez vous ce soir?"

-"Oui. Je suis chez moi jusqu'à dix heures."

-"Alors,je m'invite pour l'apérétif. 19 heures, cela vous convient-il?

-"Parfait!"

-"Je viendrai avec Jade."

-"Jade?", feignis-je de m'étonner

-"Oui!...Jade de Neuville, la petite Madone du Réseau. Nous vous expliquerons...

Je vis bleu, puis noir: elles n'allaient quand même pas me confier qu'elles allaient se faire poinçonner chez moi par ce frénétique controleur! Ma vue se brouilla.Ma poitrine était oppressée. J'allais avoir une crise d'épilepsie. Vite! j'avalai deux comprimés, nouai une serviette de bain autour de mes machoires et attendis les premiers spasmes....

Il était un peu plus de sept heures quand retentit dans le silence la sonnerie de l'interphone. Je les fis rentrer. La journée avait été caniculaire.Malgré leurs tenues estivales,il y avait des traces mouillées sur leurs corsages à l'emplacement des aisselles. Je les fis asseoir sur le canapé du salon et m'installai face à elles, de

l'autre coté de la table basse. J'y posai deux verres, que je remplis à leur demande de menthe à l'eau.

-"Il est splendide, cet appartement!", s'extasia Natacha.Elle portait ce jour là un chemisier en soie couleur café-crême et une mini-jupe en cuir Bordeaux. Son rouge à lèvres éclatant, que captaient les rayons du soleil déclinant entre les stores entrouverts attirait le regard comme un phare dans la nuit. Je croyais humer ses phéromones. Il me semblait les voir voleter autour d'elle, telles les abeiles autour d'une ruche. Jade était vêtue d'un petit haut bleu pervenche, orné sur le devant d'un croisillon de fins lacets. Une mini-jupe jaune paille complêtait sa mise, le genre d'article dont on peut légitimement se demander s'il contient assez de tissu pour justifier qu'il fût vendu, plutôt que distribué, tel un prospectus à la sortie d'un magasin....Silencieuse, la luronne avait ôté ses sandalettes, et nonchalemment replié sous elle se longues jambes blanches. Elle apelait au viol. Ses lourds cheveux noirs et épais avaient encore poussé, ses seins aussi...Je me relevai, et allumai le lustre au dessus de nous. La position alanguie de l'adolescente venait de dévoiler pour me désunir, sous le parcimonieux échantillon de cotonnade le sillon clair de sa culotte. Les élastiques en étaient détendus, d'où s'échappaient de longs poils noirs, soyeux comme les barbes échevelés d'une plume de corbeau. Assurément, elle avait beaucoup grandi!.....Ses lèvres boudeuses têtaient mécanniquement, à intervalles réguliers sur le filtre d'une longue cigarette mentholée. elle ne m'avait pas même demandé l'autorisation de cloper!...La rage et le désir, m^lés à la touffeur du salon allumaient un bain-marie dans ma culotte; La perpétuelle noncahalence morose de cette adolescente déja bronzée à toutes les débauches, vous donnait l'envie d'ouvrir pour ne plus les refermer la boite à gifles et le coffre à coups de pieds au cul!

-"Jade et deux de ses amies ont préparé un concert de guitares pour l'anniversaire d'une de mes cousines, de passage à Paris", réçita Natacha. -"Nous serons douze au total. Mon appartement, Place des Vosges est trop exigu, quant à Jade.." fit-elle, en faisant mine de tirer sur le panache noir de la petite pisseuse

"Elle s'est fâchée avec papa et maman, et habite,seule désormais dans un studio conçu pour une souris. Quand on rentre chez elle, on bute sur le lit!"

Elles éclatèrent de rire. Je m'entendis décocher:

-"Eh bien, ça fait gagner du temps à tout le monde!...", puis, sans transition: "Vous voulez mon appartement pour quel jour?...je veux dire quelle nuit?..."

-"Du Samedi soir au Dimanche matin....Le concert durera sans doute toute la nuit. Nous ferons des jeux entre les morceaux! Nous danserons, également!..."

Mon cerveau en ébullition décrypta machinalement le code secret de ce boniment éhonté, et je traduisis dans me tête: "Nous nous caresserons les unes les autres devant Jenkyns, puis nous laisserons, au terme de cette charmante incursion dans les doux jardins du tribadisme, enculer à l'envi par notre bienheureux paladin...."

Natacha mentait avec un applomb formidable! Fallait-il qu'elle me meprît pour un fameux rigadin, pour soumettre ainsi à ma créance un si mirobolant bobard!... Jade se contentait d'approuver de la tête. Etait-ce sa positon anonchalie, l'entre-jambe de son slip s'était mis à godailler entre ses fesses, d'où fuyait désormais tout un plumet de poils noirs très longs. Au prix d'un effort de gymnaste, je parvins, me sembla-t-il à faire se décongeler mes lèvres dans un bout de sourire

-"Vous l'aurez. vous avez de la chance. Je suis invité avec Fernande chez un vieil ami pour le week-end.

Etait-ce la perspective de se faire saillir par ce bouc de Jenkyn, peut-être à l'endroit précis, où elles étaient en train de polluer de leurs phéromones le cuir tout neuf de mon canapé, toujours est-il, que je vis, comme elles échangeaient un regard complice les deux lices de ce chien entrouvrir au même instant leurs cuisses, à l'énoncé de cette agréable nouvelle. La cafetière en feu, j'eus le temps de voir, avec une précision de laboratoire, entre les cuisses de Natacha cascader une épaisse et ténébreuse coulée de poils. Ainsi, la putaine était nue sous son collier de chien! Je vidai d'un coup mon verre de whisky. J'avais la bouche aussi amère qu'un bouchon de cérumène!

Il me fallut dès lors subir,hélas les dispensables parlouilles des deux femelles en chaleur. elles incarnaient le mensonge. Leurs voix sonnaient faux!. Leurs yeux noirs pétillaient, obscènes de fausse pudeur. Je les voyais têter fiévreusement sur leurs cigarettes, comme pour y puiser l'oxygène nécessaire à l'émonction de leurs craques.. Natacha m'apparaissait tout particulièrement contemptible, tant sa superbe et sa morgue juraient avec le ténébreux vestige de la bête qui fourrait son entre-cuisses. elle m'enfarinait de paroles flatteuses, de regards papillonants, derrière ses cils recourbés, de sourire plus faux que colliers gagnés au stand de tir à la fête foraine. N'eût-été l'usage que j'escomptais faire, au Réseau de son intelligence et de son charisme,, je lui eûs volontiers frictionné le cuir chevelu avec un tonique shampoing aux phalanges....

-"C'est bon la menthe à l'eau!",condescendit la garce, en suçotant le bout de son chalumeau. Jade se leva, fit mine de chercher quelquechose autour d'elle.

-"Moi, ça m'a donné envie de pisser!..."déclara-t-ele avec une morgue d'adolescente mal élevée;,qui eût justifié à elle seule un holocauste. Ell n'avait aucune vergogne! Un instant, je me dis que si j'avais été ce bouc de Jenkyns,elle n'eût jamais osé formuler de la sorte les exigences de ses sphincters! .elle me temoignait autant de considération qu'à une chaise!. Mon cerveau se mit à fonctionner à toute vitesse.:.Je reçevais beaucoup de monde chez moi, depuis mon accession au poste de grand patron du Réseau.Des femmes superbes visitaient à un moment ou un autre les commodités. a cet effet, j'avais, récemment disposé, juste devant les cabinets un grand dragon en porcelaine juché sur un socle en onyx acheté à Hong-Kong, et dont un oeil disssimulait aux regards des adventices visiteuses ,une caméra miniaturisée particulièrement sophistiquée. Je ne l'avais point encore testé.Le moment était venu!...

-"Retiens-toi une petite minute,Jade!", m'entendis-je hennir , comme je me levai d'un bond pour me diriger vers la salle de bain..."L'ampoule a claqué! Je vais la changer incontinent!"

J'appuyai dans la pénombre de la salle d'eau sur l'oeil gauche du dragon, qui déclenchait la silencieuse caméra et allumai toutes les lumières, sans oublier le puissant spot, braqué sur la cuvette des waters, depuis le néon, au dessus du lavabo.

-"Voilà, voila,voila!...." m'entendis-je vocaliser gaiment en revenant auprès des filles. Jade s'enferma dans la salle de bain. Natacha vida son troisième verre de menthe, puis, en riant:

-"Ne tire pas la chasse, Jade, je vais faire pipi derrière toi!"

J'avalai ma salive: si la considération des femmes à l'égard d'un homme était proportionelle à la réserverve qu'elles déployaient en sa présence, j'avais, aux yeux des vilaines filles la densité affective d'une émonde de pigeon!. le sang bouillonait dans mes veines comme de l'huile à fondue.

.Je profitai de l'absence de l'adolescente pour informer la pulpeuse brune que je lui confiais la direction du département de relations publique s au Réseau. C'était un poste à responsabilités. il fallait gérer et coordonner les interventions extérieures d'artistes étrangers, leur faire visiter la capitale, les sortir dans les boites de nuit, agrémenter leur séjour des escortes dont ils avaient le gout...Natacha était une fille supérieurement intelligente. elle avait le sens des contacts, aimait les responsabilités. j n'allais pas me dispenser de ses compétences à cause d'une simple haine réciproque!...

-"Merci...", lacha-t-elle, en me condescendant un sourire chétif "Je ferai de mon mieux!...."

-"C'est bien. Il faut toujours faire de son mieux. Moi, j'ai toujours fait de mon mieux!...toujours!..."

Les pauses pipi achevées, s'ensuivit une torpide causaillerie, autour des animaux domestiques:

-"Pourquoi n'adoptez-vous pas un petit chat, Fernande et vous?" , minauda Natacha. "Cela vous tiendrait compagnie!"

Elle me croyait encore avec mon éléphant de mer!; Je n'osai lui confier que le souvenir de sa repoussante pouacre me faisait monter, à la seule évocation de son doux prénom la bile aux lèvres, le méthane au fondement...

-"Je n'aime pas les chattes!", rétorquai-je,e fixant intensément la somptueuse brune. "les chattes noires, surtout!..."

-"Pourquoi les chattes, plus particulièrement?...et de ce poil?" s'enquit Jade, interloquée par ces étranges préjugés teintés de ségrégation..

Je fis mine d'ignorer sa question et enchainai:

-"On ne peut pas les dresser! Elles ne font que ce qu'elles veulent! Ces bestioles passent leur temps à bailler, et il faut sans cesse leur donner de la viande, car elles sont voraces!"

Avec une joie non dissimulée, je notai que ces superfétatoires précisions avaient mis le feu aux joues de ma collaboratrice, qui, avec des doigts tremblants de colère retenue alluma une cigarette.

-"Et puis, ça PUE !!!!!" m'entendis-je tonner dans un rire énorme, qui fit lacher à l'autre poufiasse son briquet.

-"Mais ça pue pas les chats!!! s'étonna l'attendrissante enfant, qui avait, en dépit de sa spectaculaire poussée de croissance conservé manifestement certaines candeurs enfantines.

-"Mais si! ça pue!....approche un jour ton petit museau d'une chatte, même une petite chatounette quand elle baille, et tu verras!"

Les yeux charbonneux de Natacha étaient plantés dans les miens. il me semblait en voir jaillir des feux de Bengale. Une tellurique colère crispait ses lèvres.

-"Ah bon?" fit la douce enfant, "je n'avais jamais remarqué cela, et pourtant, j'en ai une !"

-"Comment cela?...Tu as une petite chatte, maintenant, Jade?"

-"Oui! Elle a toujours envie de jouer!"

Je dressai un index pédagogique, et sur un ton professoral:

-"C'est vrai, Jade, quand elles sont petites, c'est souvent le cas. après, elles n'aiment que les caresses, et c'est fort dangereux!"

-"Ah bon?"

-"Oui. comme elles vont n'importe où, elles véhiculent des maladies qui peuvent se révéler très dangereuses pour l'homme!"

Natacha, toute vibrante de haine, ne semblait pas toutefois vouloir mettre un terme définitif à cette parenthèse zoologique, qui s'enquit, d'une voix que la colère faisait chanter:

-"Et Fernande, elle n'est plus avec vous?"

-"Oh si! mais elle dort encore sans doute, derrière cette porte". J'indiquai celle du laboratoire. "Les ultimes préparatifs de rallye annuel du Double six nous ont fait veiller jusque tard dans la nuit. Sans doute nous entend-elle en ce moment, mais, pour être vous-mêmes des fleurons de cette espèce,vous savez mieux que moi ce que sont les femmes...Eh bien Fernande, il ne faut pas oublier, que cela s'apparente à une femme!...Au saut du lit, quand cela n'est pas encora rasé, maquillé, pomponné, cela répugne à exposer au naturelle son innocente beauté!...."

-"bien sur, bien sur!", approuva Natacha, en fixant sur mon visage l'endroit qu'auraient voulu, à cet instant précis mordre, pour l'en arracher, ses dents, puis, dans u souffle inaudible, en me blafardant de plus belle:

-"Vous ne participerez pas au Rallye cette année, José?" . Cela vous ferait du bien, un peu d'équitation, un peu de vélo!...Vous passez vos journées enfermé dans les sous-sols du double six.Il faut vous entretenir à votre âge!...Vous avez pris du ventre, me semble-t-il, et cela nuit à votre silhouette!...."

J'attendais une semblable pique, et lachai pour le coup la bonde à ma grossiereté naturelle. Quand on ressent à ce point le fiel d'un regard sur soi, on n'a plus guère vocation à piétiner dans le pourpris des convenances. La haine, telle un faune à son premier rut, piaffe d'impatience, trépigne sur place, exige le vertige des grands espaces...

-"C'est ça, ouais!...Je vais passer trois heures à me tamponner les burnes sur le dos d'un canasson de mes couilles, en esquivant les crottins catapultés par celui de devant!...Je vais en passer trois autres à renifler les louises de tous les connards, de toutes les connasses que font flatuler à l'envi les soubresauts de la cavalcade...Six heures le fion sur une selle en cuir, à m'essuyer le trou de balle sur mon slip!....36O minutes de ma précieuse vie!..."

J'avais du mal à reprendre mon souffle comme après l'expulsion bucale d'un trop indigeste repas. Elles échangèrent un ragard stupéfait. Le dégout que je leur inspirais remontait des abîmes.

-"Précieuse?" s'étonna Natacha, comme, m'étant levé brusquement, je les escortai jusqu'à la porte, mettant fin à l'échange de tirs. J'allais avoir une crise d'un instant à l'autre. Je connaissais les symptômes!

- Je vous chasse à regret, mais je dois partir!" m'éxcusai-je d'une voix blanche,en tendant à Jade un double de mes clés.

-"Amusez-vous bien Samedi prochain!"

-"Merci, c'est gentil..."

-"Avec votre cousine...." précisai-je avec un sourire ecclésiastique en refermant derrière moi la porte. De féminines fragrances rodaient dans l'unique et immense pièce. J'avalai deux comprimés d'un coup, nouai une serviette entre mes machoires, et attendis, recroquevillé dans le fauteuil dans la pénombre silencieuse et tiède, où flottaient décidément pour me crucifier les odeurs mêlées de leurs parfums expirants, et de leur sueur âpre de brunes, qu'avait exaspérée la chaleur ambiante,et les vapeurs de la haine....

J'allai quérir le film dans la caméra. Ilsuffisait de dévisser l'oeil du dragon.. Je l'inserrai dans le lecteur, et dépliai l'écran géant que je venais d"acquérir en vue du snuffing d'Elisabeth.

Plan fixe sur la cuvette des cabinets. on entend confusément nos voix, depuis le salon. il y a le cliquetis d'un verrou qu'on tire. Jade apparait debout, face à la caméra, remonte sa jupette, baisse résolumment son slip jusqu'aux genoux, et s'asseoit lourdement, jambes écartées sur la cuvette. Son joli minois a pris une expression bovine.. elle dépiaute un chewing-gum, qu'elle glisse dans la cerise de sa bouche, et regarde stupidement en direction de la caméra. Je m'entends éclater de rire dans le silence recouvré du salon. Salué par une caverneuse flatulence, le gazouillis universellement familier retentit joyeusement. Je ne vois pas sa chatte: l'entre-jambes du slip fait écran. Il ya une large trace pisseuse en plein milieu. Je recadre l'image pour observer le Raphaélite visage, comme elle continue de se soulager. Elle mâche son chewing-gum, baisse un instant les yeux vers sa foune invisible. Ca n'en finit plus. Ce n'est pas une vessie, c'est un jéroboam!...un Balthazar!.... Ca y est!...un soupir étouffé lui vole du cul.. Elle se relève. J'ai le temps d'aperçevoir, entre se cuisses, une longue mèche noire, qui goutte, puis la peu délicate nymphette remonte prestement son slip sans prendre la peine de s'essuyer. Je commence à 'expliquer l'état de propreté de la culotte ! La voix de Natacha vient de s'élever,depuis le salon:

-"Ne tire pas la chasse d'eau, Jade, je vais faire pipi derrière toi!"

Re-plan fixe sur les chiots; Natacha apparait, relève sa jupe à son tour, et s'accroupit sans poser les fesses sur la cuvette. J'avais vu noir, j'avais vu juste! Ma chère collaboratrice possède une foune singulièrement fournie, même pour une brune! plus frisée, plus compacte que celle de sa cadette, mais celle-ci est encore au début de sa carrière!. Je vois un jet de topaze fuser de travers, d'entre la ténébreuse motte, puis sa main arrache un lambeau de papier hygiénique, dont elle se tamponne rapidement la fente, invisible, sous cette redoutable broussaille; elle se relève, tire la chasse d'eau, se lave rapidement les mains au lavabo. un petit coup de peigne dans le miroir, puis elle disparait hors champ. Je m'éponge le front et me dirige vers la fenêtre, à la vitre de laquelle je le plaque, pour en apaiser le feu.....vouloir, et ne pas pouvoir!....

Par Pierre Aufray
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Dimanche 24 mai 2009

ELISABETH


Les deux années qui suivirent, je m'en souviens à la fois intensément et confusément, comme on se souvient d'un cauchemar. Ce que je convoitais était si complexe dans sa logistique, si périlleux dans son exécution, et puis, je n'osais franchir le fossé qui sépare d'un criminel sadique un banal perver!. Quand bien même eus-je trouvé le courage de le faire, j'eus été incontinent démasqué car,: irrémescible cabot, je m'étais délibérément faufilé sous les feux des projecteurs.

Le vide que je ressentais en moi grandissait de jour en jour. Je compris rapidement que, faute de le combler, il me faudrait au moins continuer à vivre par procuration. Il me fallait impérativement trouver des yeux de substitution, un sexe de substitution, des mains de substitution...Je ne voulais pas salir les miennes. En outre, mes mains savaient-elles seulement ce que convoitait mon cerveau rongé manifestement par les prodrômes d'une inédite vésanie?.....

J'avais un rêve obsessionel où je croyais entendre un voix grinçante m'énumérer toutes les choses que j'avais eu envie de faire dans ma vie, que je n'avais osé faire, et que jamais je ne ferais, tout simplement parceque j'ignorais les mouvements de brasse qui me permettraient de remonter à la source de ce fleuve limoneux.. Je m'éveillais au milieu de la nuit en gémissant, tout trempé de sueur et c'est en vain que je m'évertuais à rescuciter les abstruses paroles entendues dans ces rêves. Car il n'en restait rien. Rien que d'inintelligibles filaments. Je pleurais de rage. Nannande ronflait, tournée sur le coté. Elle pétait toutes les trentes secondes.

Ma dondon se rendit à Metz pour le baptême de sa nièce. Je me retrouvai seul dans l'appartement. C'était l'été. Miné par une imprévisible acedia, je sortis faire quelques pas au Jardin des plantes. C'était aux heures soporeuses de l'après-midi. La chaleur était accablante.. Je longeai les hauts murs de la Medersa que l'éclat du soleil blanchissait comme un lait. La voix embrumée du muezzin s'élevait dans un ciel douloureusement bleu. Je rebroussai chemin. Une angoisse indicible me broyait le ventre....

Une heure plus tard, je quittai Paris et m'engageai sur l'autoroute du Sud sans même savoir où j'allais. Je parvins sans m'en apercevoir aux abords du péage de Vienne. L'étole bleue cobalt d'un soir de conte de fée glissait lentement sur les campagnes apaisées. Qu'est-ce qui m'avait pris? Qu'étais-je venu quérir ici? Rien. Rien. Ou plus précisément, un faux plein pour remplir mon vide. Hélas, le vide était partout à la ronde. Il n'y avait autour de moi que du vide. Partout. J'étais moi-même devenu mon vide.Ici, ailleurs? Je n'avais aucune raison OBJECTIVE de me rerouver à ce péage. Pas davantage qu'ailleurs, pas moins non plus, du reste. Pris de panique, je m'engageai dans la première sortie et revins à Paris. Il me restait tant de choses à faire, mais j'ignorais lesquelles. Je savais toutefois confusément que je ne disposais que de peu de temps pour le savoir. Sinon, ce serait le gaz, ou la bouche ronde et froide d'un révolver.

Au fil des semaines, je sentis quelquechose de confus grandir en moi. Cela remuait dans mon ventre.J'aurais voulu expulser cette chose indésirée. Je m'y employai par le recours aux exercices physiques les plus violents, avec la rage d'une adolescente qui se tord pour expulser le faetus qui s'apprête à lui manger sa jeunesse,Hélas! la nature ignorait manifestement tout de cette effarante gésine, et je gardai de nombreuses semaines ce poids délétère qui m'oppressait.Je n'étais plus , désormais que ce poids mort, avec du vide autour. Un vide sidéral, où ne brililait pas la moindre étoile apte à guider ma déreliction.

Vint le miracle. Je l'ignorais encore mais la providence venait de croiser mon chemin: ce fut chez Monsieur, pour l'anniversaire de ses 8O ans que je fis la connaissance d'Elisabeth Wagner. Elle n'appartenait pas au Réseau, que faisait-elle chez le grand patron? Elle était belle, belle comme seules peuvent l'être les vraies rousses. Une beauté troublante, vaguement vénéneuse. Elle avait de grands yeux d'un vert intense de punaise d'eau que je n'ai jamais vu qu'à elle. Son regard était l'alchimie improbable et réusie entre la malice d'une rouée et la candeur d'une infante. Sa peau, blache comme lait, était piquetée de taches de son, et une délicate et espiègle fossette apparaissait sur sa joue droite à chaque fois qu'elle souriait. Curieusement, elle ne s'exprimait pas à la manière les femmes comblées comme elle par la providence: Sa voix était légérement erraillée, ses paroles étranges ,son élocution nonchalente, comme si la moindre de ses phrases, recueillie in verbatim par quelque scribe scrupuleux devait un jour faire l'objet d'une exégèse. Il était question, dans ses longs monologues, interrompus de silence et sussurés comme des prières de cimetières et d'extase, d'infamies et d'épiphanies de l'âme et des sens, de martyrs et de rédemptions. Je sus très vite que la mort exercait sur cette troublante créature l'attrait d'un alcool inconnu, distillé de quelque fruit gouteux muri dans un autre univers.

-"Mais qu'y a-t-il donc dans la mort, qui vous fascine tant?",osai-je un soir lui demander, en la raccompagnant jusqu'à la station de taxis.

-"Rien...car la mort n'est rien sans son double!...."

-"Et quel est le double de la mort?"

-"Mais le plaisir, bien sur!", fit-elle en riant, et de me planter là, sur le trottoir, perplexe et désemparé.

Je rentrai ce soir là chez moi dans un état d'agitation extrême, et ne fermai guère l'oeil de la nuit, assailli par de fébrigènes supputations, de tumultuaires hypothèses. Cette jeune femme superbe et mystérieuse veut mourir!", me répétai-je à voix haute à plusieurs reprises. Déja la chose reprenait vie entre mes jambes, comme une visite qu'on n'attend plus....

Je forgeai avac elle des liens puissants, et visitai, fasciné, les grands fonds alternativement transparents et glauques de son âme mélancolique. Sa soeur cadette s'était pendue à 16 ans. Elisabeth lui avait, quelques jours auparavant soutiré son premier grand amour. La belle trainait depuis lors un sentiment de culpabilité qui empoisonnait son existence solitaire, et émaillait ses propos de funèbres prosopopées, où se réincarnait de manière troublante, et la voix et le verbe d'une autre. Pour la séduire, j'usais de mes armes accoutumées: le rire, le prestige également que me conférait ma fraiche pré-éminence au sein du Réseau, dont je devins rapidement le numéro 2. J'encaissais enfin les numéraires que justifiaient mes initiatives et ma puissance de travail et entrepris de sortir la sompueuse jeune feme dans les plus prestigieux établisement. Je l'étourdissais par ma faconde, mes imitations, mes blagues, mes saillies, les sonnets impromptus que je griffonais pour elle au dessert sur un coin de nappe. Elle était seule, tragiquement, irémédiablement seule. Dans les cocktails, au milieu d'une foule,à la sortie des théâtres où je la menais....Seule!....si seule!....Un astre perdu dans la nuit sidérale, une supernova glorieuse et pathétique. Seul à la distraire de son spleen, je lui devins rapidement indispensable. Elle avait eu de nombreux amants,mais ses multiples fredaines l'avaient laissée insatisfaite, et je compris rapidement que son gout n'était assurément pas des vulgivagues paladins...Elle tenait un restaurant à Chênevilly, au milieu de la forêt, à une vingtaine de kilomètres au nord de Paris. Chênevilly! le fief de ce bouc de Jenkyns! l'étalon majuscule, le spéléologue patenté des cavités utérine!. j'eus une illumination:

-"Voulez-vous jouer avec moi un jeu inédit?" osai-je un soir de brume, en la raccompagnant chez elle

-"Pourquoi pas?...Si vous me garantissez qu'il est , comme vous le dites inédit....Est-il au moins périlleux?"

-"Il l'est. Voulez-vous être mes yeux?..."

-"Vos yeux?..."

Et de lui exposer le projet que j'avais laissé murir dans les serres fétides de mon cerveau depuis plusieurs jours. Je lui proposai, en substance de séduire le taureau de Chênevilly et l'enjoler tant et si bien qu'il accepte de se soumettre entierement à sa loi, donc à la mienne. elle me demanda des précisions sur la nature des lois que je lui imposerais. Je décidai de laisser la belle sur sa faim pendant quelques jours, et l'invitai , pour le Samedi suivantau "Katmandou", le mirobolant palace restaurant du quartier Bobio à Montmartre.

Le Samedi arriva. Elisabeth était, comme d'habitude superbe, son corps parfait moulé dans une seyante robe en lamé vert bouteille. Elle y avait accroché à l'emplacement du sein gauche une grosse anémone en soie noire. Les clients mâles et leurs femelles n'avaient d'yeux que pour mon escorte, dont l'aisance et le haut lignage resplendissaient comme émeraudes à la flamme d'une bougie.. Moi, je bichais: Nannande aussi, elle attirait tous les regards, mais pour d'autres antipodales singularités!.... Ma joie fut à son comble quand elle me confia qu'elle s'était débrouillée pour attirer l'attention de ce buffle de Jenkyns, que Natacha, complaisante, avait invité à l'auberge qu'elle tenait. La sulfureuse brune était une libertine notoire. La perspective de voir un soir son amant faire une politesse à la somptueuse rousse, peut-être en sa présence émoustillait à n'en pas douter ses terminaisons nerveuses, car elle ne détestait pas l'émulation,et nourissait en secret un gout marqué pour les péripéties du harem.

-"C'est un homme infiniment séduisant!", déclara mon vis à vis, en portant à ses lèvres carminées sa coupe de champagne. "Il est très viril! Il ya dans son visage quelquechose de noble et de cruel...Ces cheveux argentés...ce bouc impeccable!.....Il doit faire chavirer aisément la vertu des plus bégueules filles!"

-"C'est un con!" m'indignai-je. Vous me déçevez: en général on met cinq minutes à s'en rendre compte!"

-"La jalousie vous énaigrit et vous égare, Pitou (Elle s'acharnait à m'appeler par mon patronyme lors de nos rares bisbilles. Elle savait que cela me mettait en rage. Vice de femme!...)

"Il est loin d'être stupide. il me fait au contraire l'effet d'être très sensible!"

-"Ah ouais!...sensible du gland!", ricannai-je, outré. Elle fit mine de ne pas m'avoir entendu

-"En outre, il nous a lu, à Natacha et à moi-même quelques pages d'un roman qu'il a écrit. C'est très beau!"

-"Ah, vous trouvez?...Il me les a fait lire, ses bonnes feuilles l'an dernier quand on crapahutait au Kenya. Il n'y parle que de sa bite et des endroits où il en a mouché la morveuse narine!....

-"Peu importe! Il écrit comme les auteurs français du dix neuvième siècle!"

-"...Avant Jésus-Christ, dans ce cas!"

-"C'est de la dentelle!"

-"Cest du béton!!"

-"Je persiste et signe: il a une belle plume

-"Balivernes!..Il écrit avec une masse et une foreuse. Les mots lui coutent. Il les asemble avec difficulté au terme d'infructueuses immersions dans les dictionnaires. C'est un mineur de fond qui n'en possède aucun. Il écrit comme mon cul!!...". elle tirait sur sa cigarette mentholée, imperturbable, vaguement goguenarde

-"Il est très bel homme! Il mesure 1,m97," lacha-t-elle dans un rond de fumée, avec le seul dessein de m'humilier.

-Et alors?" couinai-je en tapant du poing sur la table, ce qui fit tomber par terre ma coupe "...Il ya,près de cet établissement un mur de chiot qui mesure largement plus de deux mètres, et personne hormi les briffeurs de pain trempé ne vient s'y prosterne!.....

-" Il est beau!" insista-t-elle en riant.Elle se plaisait, en bonne femelle réglementaire à voir fulminer sous ses camouflets sa victime du moment.

-"Il est affreux!" glapis-je d'une voix stridente. Il a exactement la même tronche que Guy Delorme!...

-"Guy Delorme?"

-"Un acteur à la con des années soixantes. Il avait une si sale gueule qu'il n'a jamais terminé un rôle autrement que les pieds devant!"

-"Il a une belle voix, grave et profonde!"

-"C'est bien la seule chose profonde que vous trouverez jamais dans cette steppe humaine!"

J'avalais un cachet discrêtement: je n'avais pas envie de me rouler dans ma bave en foirant dans mon falzar devant la giflable mais sublime créature et les clients du restaurant!

-"Excusez-moi", lachai-je dans un souffle en m'épongeant le front avec ma serviette. Je me suis emporté, mais honnêtement, je vous croyais plus exigente avec vos amant!". La conversation s'apaisa. elle me demanda des précisions sur les "lois" que je lui imposerais. Ces lois, j'en avais gravé les tables au long des nuits fiévreuses que j'avais passé cette semaine à me retourner dans mon lit trempé de sueur, et je les algébrisai incontinent sous le regard de la belle où je vis aussitôt crépiter des grains de souffre.

"Vous amuseriez-vous de jouer les entremetteuses?" osai-je d'une voix sacristaine. C'est vous qui avez raison: votre future et bienheureuse victime est bien un don juan, un de ces hommes qui font, d'un papillonnement de cils succomber les femmes irréfléchies,si vous me pardonnez cette tautologie.Rabattez pour lui le gibier qu'il affectionne. Soyez la régisseuse de ses corridas. filmez pour moi ses piques, ses passes de cape, ses estocades. Devenez mes yeux. Acceptez et je vous ouvrirai grand des portes inconnues sur de vertigineux jardins...L'idée ébouriffa manifestement en elle la ribaude, et elle accepta sans condition d'ouvrer à me satisfaire. J'honorai en partie ma promesse en parrainant, quelques jours plus tard sa candidature au Réseau, dont je ne doutais pas qu'elle convoiterait bien vite les "membres" les plus actifs.

Ce fut par une belle matinée de Mars,,que me fut révélée une aure facette de mon obsession, comme je musais,solitaire au long des allées du Jardin des Plantes. Une rose, une simple rose blanche en bouton que je cuieillis sur un parterre fraichement arrosé. Il y avait un banc isolé devant les grilles du zoo. Je m'y assis, et contemplai la fleur dans un état d'agitation extrême que je ne m'expliquai pas. Je rentrai chez moi et couchai la rose sur un plateau en métal. Mon cerveau était en ignition:ces lactescentes pétales pudiquement closes, le froid du métal sous cette tendre et vulnérable fleurs!.....Je sentis ce remuement confus dans mon ventre, et sus que j'étais sur le point d'expulser la chose qui m'opressait. Je me mis à tourner dans la salle à manger, tel un animal encagé pris de folie. j'étais en nage. Je pris une douche et me rendis en métro à mon cabinet rue Saint-Charles. Plusieurs femmes jeunes et jolies passèrent ce jour là entre mes mains, mais je ne pensais qu'à la fleur: elle sera ouverte ce soir, déja flêtrie peut-être, me dis-je, comme se ranimait aussitôt la chose dans mon pantalon. Pressé de retrouver la fleur, je rentrai en taxi. Ma peau dégageait une odeur fétide de suint animal. J'approchai de la rose. Elle s'était ouverte. J'en humai avec émotion le parfum expirant, et eus un début d'érection: "Pauvre fleur!....pauvre Elisabeth!..."m'entendis-je murmurer dans le silence de mon bureau.

Je sortis et entrai dans un cinéma. Je ne compris rien au film:je ne pensais qu'à la rose.. Le lendemain , ses pétales s'étaient rouillées.Recroquevillée en partie, l'une d'elles s'était détachée de sa tige. La chose se cabra. C'était merveilleux, comme un envol de mouettes dans le bleu de l'été. Une fenê tre venait de s'ouvrir enfin sur la vérité. MA vérité.. Deux jours plus tard, il ne restait de la fleur que quelques débris desséchés et brunâtres au bout de la tige jaunie que je hachai méticuleusement jusqu'à ne plus avoir devant les yeux qu'un petit tas de poudre d'une couleur indéfinie. "Pauvre Elisabeth!...", murmurai-je à plusieurs reprises, riant et pleurant à la fois.. Ma verge,brandie au plafond cracha aussitôt,sans même que j'eus à solliciter les services de ma main préposée à ce laborieux office.

Ce fut au terme d'une nuit que je passai à arpenter les quais mal famés de l'ile Saint-Louis que je débarquai chez ma douce et tendre.

Vautrée sur le canapé, au milieu des cadavres de bouteilles et des vomissures, elle ronflait avec deux autres goules, qu'elle avait, sans doute extirpées la veille au soir de la fumière du quartier latin. Vétue de son vieux survêtement noir, elle avait l'air d'un phoque!.

-"Oh, Poupoule! réveille-toi, c'est le Prince charmant!...Pitou!..."

Elle ouvrit un oeil chassieux, chaussa ses lunetes de myopes, des roues de vélo qui lui faisaient des calots de E.T, laiteux et gélatineux à la fois, tels des méduses.. La gueule qu'elle avait, les lendemains de muflées aurait fait avorter un hippopotame. Hirsute,hagarde,elle m'observait à travers les brumes de la gnôle. On aurait dit d'une folle!

-"Je m'en vais vivre quelques semaines tout seul, ma chérie,: j'ai besoin de faire le vide. J'ai pris un appartement à cinq minutes d'ici. Je passerai de temps en temps. Tu nous feras une omelette au lard!"

Elle continuait à me reluquer, avec dans les eaux fétides de ses châsses, quelquechose qui ressemblait à la ferveur mystique d'une vache en train de lâcher une bouze, puis elle bailla.Il y avait sur ses chicots de quoi beurrer une tartine! dans ses esgourdes de quoi garnir un casse-croute!

-"Comme tu voudras!" grinça-t-elle en dégazant bruyamment à 10 cm du rostre d'une de ses invitées,qui, en continuant à piauler émit une faible et légitime protestation.

-"Tu m'as apporté du pognon?Je suis à sec." Une bulle verte gonfla depuis le trou poilu d'une de ses puissantes narines, qu'elle fit claquer d'un ongle aussi noir que s'il eût été laqué ,puis elle s'étira.Des touffes sauvages de ses aisselles, s'échappa un doux fumet de gueule de vieux chien malade, baillant sous la canicule. J'extirpai de mon portefeuile plusieurs coupures, que sa main, empouacrée des alluvions de ces derniers mois happa. Je ne demandai pas la monnaie et mis les bouts, poursuivi par les effluences redoutablement carnées de son haleine.

J'invitai le lendemain Elisabeth à passer la soirée du Samedi suivant chez moi. "Je viens d'acquérir un home-cinéma", plaidai-je "j'aimerais, en votre compagnie l'inaugurer. Nous yregarderons, en grignotant des crudités italiennes un film singulier des années 2OOO, dont je ne doute pas que son intensité dramatique aura l'heur de susciter votre curiosité" Elle accepta aussitôt.. Je fus commander à mon traiteur un assortiment de "vegetalis" et trois bouteilles du meilleur Champagne. Je soutirai, dans la même journée, de la médiathèque du Réseau "La passion du Christ" de Mel Gibson dont je m'étais repu à 3 reprises, dans l'ntimité de la salle de ciné-club du double six ,des sanglantes péripéties. Ce n'était là, je le pensais qu'un fanal de plus, dans le minutieux balisage de mes phantasmes avec la belle rousse: je lui avais déja offert,quelques semaines auparavant une édition rare, reliée en peau de porc du "Jardin des supplices" d'Octave Mirbeau, qu'elle avait lu l'espace d'une nuit.

Il était un peu plus de 20 heures quand retentit la sonnerie de l'interphone. Elle était vêtue d'une printanière robe jaune paille,à laquelle se substituait à la taille une large ceinture en dentelle blanche.. Je la fis entrer, l'invitai à s'installer sur le sofa, et emplis de Champagne nos coupes.Son silence au cours de la projection valait tous les dithyrambes, et de l'aiguiller, une fois de plus,comme défilait le générique de fin, sur les irrespirables parfums de la souffrance et de la mort. Achevant de vider dans nos coupes le reliquat de la deuxième,bouteille, je lancai ma ligne, et lui contai dans le menu le trouble où m'avait plongé le flétrissement de la rose. Sa voix, quand elle consentit, au terme d'un interminable silence à ma répondre ressemblait au bruissement des sables sous un vent de grand large, et je sus qu'elle était grise.

-"J'eus aimé être cette fleur..."-, confia-t-elle dans un souffle. Escomptai-je un pareil aveu? J'en doute encore aujourd'hui. Toujours est-il que, tremblant d'une fièvre invécue jusqu'alors, je crus voir s'accelerer le périlleux carousel où nous nous étions ensemble installés, comme je prononçais les homicides paroles, que condimentait d'un suc ineffable leur macération enfin achevée dans les caveaux de ma folie.

-"Jouons ensemble à un nouveau jeu: Je veux Elisabeth, vous entendre en confession, après quoi, je trancherai de mon arrêt le sort qui sera votre"

-"C'est un jeu bien insolite auquel vous me conviez là!" lacha-t-elle dans un souffle atone, comme s'empourpraient de plus belle ses joues déja rosies par l'excès d'alcool. Etait-ce le trouble où venait de la plonger la perfide invite, je vis, à plusieurs reprises, sous la corolle jaune de la robe s'entrouvrir ses jambes nues, dont la peau était constellée de délicates pastilles roses. Je crus voir, dans cette montée de sang l'aveu muet de son trouble, et enhardi par cette constatation, j'ordonnai d'une voix péremptoire:

-" Mettez-voius à genoux, et contez-moi vos turpitudes! Il le faut, Elisabeth.". Elle s'executa sans regimber. J'étais trop troublé moi-même pour accorder à sa coulpe une attention soutenue, mais je sus, comme elle se livrait, d'une voix haut-perchée de gamine impubère à cette mortifiante requête que son âme putréfiée se débondait enfin. Ce fut, pendant une heure un catalogue insoupçonné de vices et de joies utérines sujettes à caution, dont les saveurs crues et carnées à la fois, ouvraient, pour ma candeur d'imprévisibles custodes. Une fois ce pus épanché, elle se tut et pencha la tête, comme pour accueillir sur la peau liliale de son cou le tranchant de la hache.

-"Pour l'ignominie de tes actes et de tes penchants", tonnai-je," je te condamne au supplice et à la mort. Tu subiras ce châtiment en public ici même, puis tes restes seront brulés et jetés dans un sac poubelle rempli de détritus et d'immondices"

Un silence vertigineux s'ensuivit.J'avais le sentiment de planer au dessus d'un gouffre. Quand sa voix consentit à me répondre, c'était devenu la voix d'une toute petite fille, réprimandée par son maître d'école, et qui, humblement se soumet à son châtiment.

-"Quand subirai-je ce supplice?"

Effaré et grisé tout à la fois par cette imprévisible reddition, je m'entendis éructer:

-"Nous sommes aujourd'hui le 13 Mars. Tu seras suppliciée et mise à mort dans soixante jours. Le 13 Mai au soir"

Je me fus repu d'un soupir, d'un acquiessement de la tête, mais elle avait manifestement hissé la voile pour de plus périlleuses traversées

-"Qu'il en soit ainsi!...." fit-elle dans un souffle. Je relevai doucement son visage et plongeai mes yeux dans les siens, où brulaient désormais du soufre. Ses joues et ses oreilles devenues écarlates contresignaient l'invraisemblable pacte que je venais de lui soumettre. Je me sentis plonger tout au fond de l'abîme entrevu quelques instants auparavant, pour en jaillir, projeté par des flammes vers d'irrespirables Ethers et nous versai à chacun une autre coupe de Champagne. Elle vida la sienne d'un trait.Je débarassai la table. Elle partit fumer une cigarette sur le balcon. En me retournant, je vis, qu'en dépit de l'heure tardive, elle s'entretenait sur son portable avec un mystérieux interlocuteur.. Sut-elle que je m'apprêtais à prendre à la lettre sa résolution? Compris-je moi-même le sens du message qu'elle voulait m'adresser? Je l'ignore . Jouions-nous encore?.Peut-être le croyait-elle. Je ne le croyais plus. Je ne voulais plus le croire: qu'advient-il du goéland dont les ailes sont brisée?. Les parfums empoisonnés qu'avait ventilé son zèle à se flageller de la sorte avaient à tout jamais rendu irrespirable l'air que j'avais coutume de respirer.

Je l'escortai jusqu'à la station de taxi de Chinatown Nord, sans que nous nous fûssions départis,depuis notre départ de la résidence du catacombal silence où nous avait plongé l'un et l'autre l'aveu de nos mortifères phantasmes, qu'avait voulu complémentaires la Providence. Parvenu devant la station de taxis, elle fit un pas en avant et vint se planter devant moi. Elle me fixait avec une intensité presque insoutenable. Des larmes hésitaient dans l'or vert de ses grands yeux légérement écartés sur le fin visage de chatte. Des yeux terribles,qu'assombrissait, à la lueur des réverbères un pur jus de menthe. Elle prit brusquement dans la sienne ma main, qu'elle balança quelques instants, dans un geste insolite qui trahissait la désunion de ses sens, puis, d'une voix hésitante:

-"Votre jeu m'a....troublé.....Je veux dire...physiquement troublé....."

Je sentis comme une fleur géante s'ouvrir dans ma poitrine. C'était tout à la fois atroce et délicieux.

-"Ce n'est pas un jeu....", m'entendis-je murmurer.

-"Vous ferez donc ce que vous avez dit?"

-"Oui."

Elle hésita un instant, puis,soudain très grave:

-""Je le veux bien..." Je suffoquai à l'aveu de ce quitus donné à mon délire.

--"Elisabeth!" m'étranglai-je.

-"Oui?

-Eus-je été beau, vous seriez-vous offerte à moi ce soir?

-En-doutez-vous?...", fit-elle d'une voix très douce.

Une flambée de rage mêlée de honte me fit vaciller sur mes jambes. Elle prit dans les siennes mes mains, qu'elle serra de toutes ses forces:

-Il ne faut pas être triste. Vous aurez mieux. Vous aurez TOUT. Vous le savez désormais. Je ne faillirai pas à ma promesse....Vous me croyez, n'est-ce pas?

-"Je vous crois, Elisabeth", répondis-je en pleurant sur son épaule. Elle m'écarta doucement, baissa les yeux à son tour, et dans un murmure:

-"J'ai appelé Barry Jenkyns, tout à l'heure sur vootre balcon...."

-"Je m'en doutais", mentis-je, en reniflant mes larmes,"Vous allez donc vous donner à lui ce soir?....."

Elle se mordit nerveusement les lèvres, puis d'une voix infiniment douce:

-"Oui." Elle s'engouffra dans le taxi. Je vis, sous la robe printanière scintiller un instant entre ses jambes la blancheur soyeuse de son sous-vêtement, et rentrai chez moi en pleurant toutes les larmes de mon corps. Je ne fermai pas l'oeil de la nuit. Je croyais les voir s'étreindre dans la pénombre, s'y alcooliser de caresses.... Un jour laiteux, où filait de la pluie emergea derrière ma fenêtre. Le ciel, compatissant relayait mon chagrin. Je sombrai dans le sommeil.

J'étabis,dans les jours qui suivirent cette étrange épiphanie des contacts avec la Mafia africaine de la capitale. J'avais, pour ma part cessé de jouer.Je fis tous les cafés douteux de l'hop et rap, l'ancien secteur de l'Opéra, et finis par entrer en contact avec des lieutenants de Diallo, qui me conduisirent au domicile du caîd de cette peste noire, dans l'ancienne rue des Pyramides. Je ne rencontrai guère de réticence de leur part: mon statut de numéro 2 du Réseau m'ouvrait naturellement les portes de la pègre parisienne. Je m'étais interdit, face à ce cacique de lantiponner, et c'est d'une voix assurée que je lui exposai mon projet:

-."Il me faut un snuffing pour le mois prochain. Je veux que cela se passe en public, à mon domicile...."

-"Fafe? Scape? Light?...."

-"Rien de tout cela . Du lourd. Un snuff.Un vrai!". L'énorme black émit un petit sifflement. Le boudin noir de son index bossué de bagues caressa son menton fuyant, que beurrait la sueur.

-"J'ai la fille!", précisai-je,"mais ilme manque un maitre d'oeuvre. Il me faut un chirurgien. Le meileur. Je suis prêt à payer cher . j'ai l'argent.

-"Impossible pour le moment!", trancha-t-il en me proposant un Havane que j'acceptai

---"notre contact est reparti à Hong-Kong.".

Hong-Kong!" ce nom vibra plusieurs secondes dans mes oreilles. N'étai-ce pas là un signe de la Providence?

-"C'est un Chinois?", m'enquis-je

-"C'est un Indien. Il se nomme Singh, Ramandarana Singh. Il est basé à Cacutta, mais il voyage énormément. C'est à Hong-Kong qu'il se procure les plantes rarissimes qu'il utilise pour les anesthésies locales des filles. Il aime qu'elle reste consciente lors des supplices. c'est là sa marque de fabrique."

Intrigué par ma ferveur,qu'il supputait à juste titre riche de fructueuses vendanges à venir, Diallo consentit à me laisser le numéro de téléphone de son hôtel. Je lui téléphonai le soir même. Le surlendemain, j'atterrissai à Hong-Kong, et déposai mon bagage dans l'appartement que je possédais à Central.. Quelques jours plus tard, je reprenais l'avion avec Singh. Je lui avais offert un pont d'or, prélevé dans les fonds occultes du Réseau, fruits de 20 années d'opérations immobilières aussi illicites que juteuses. Il travaillerait désormais à plein temps pour le Réseau, donc pour moi. La durée de son contrat était de 3 mois.. C'était une sommité médicale, un chirurgien hors-normes, à la pointe des recherches en matières d'anesthésies. Défiguré dans l'incendie de son laboratoire, comme il expérimentait de nouveax produits,, c'était, au delà de sa peu ragoutante physionomie, et selon les dires mêmes de Diallo un mystique, doublé d'un prédateur nécrophyle sans scrupules.Son charisme était exceptionnel, sa puissance de conviction,redoutable.. Il l'employait à persuader des jeunes femmes isolées ou suicidaires que la mort n'était qu'un passage vers l'éternité des âmes, et que leur salut dépendait des tourments consentis pour l'accueillir avec faste et cérémonie,drapées dans l'éclat de leur jeunesse et de leur beauté. il faisait de leurs morts des oeuvres d'art qu'il réglait comme un chorégraphe, ordonnançait comme un taiteur sa vitrine. La consubstantialité, chez ses victimes de l'extase et de la souffrance régissait ses prestations, et il ne plaignait pas les heures qu'il passait à convaincre ces pauvres filles d'endurer, lors de leurs supplices de surérogatoires tourments.. Dans l'avion du retour, je lui parlai longuement d'Elisabeth, dont le cas sembla l'intéresser au plus haut point.. Je voyais les yeux noirs de ce monstre flamber sous le terrifiant masque en plastique couleur chair, qu'il portait en permanence dans les lieux publics.

-"Elle veut mourir!" concluai-je. Donnez-lui la mort qu'elle demande et votre fortune est faite!"

-"Je lui donnerai la mort que VOUS me demanderez." nuanca-t-il dans un rire abject. C'est vous le commanditaire!. Ne jouez pas les Jésuites. Vous êtes un commettant, non un philantrope, et vous n'avez assurément sollicité mes services que pour agrémenter vos seuls gouts!"

-"Elle ne voudra jamais ce que je veux!",soupirai-je.

-"Je me charge de la convaicre des charmes inédits de vos trouvailles", ricanna-t-il. "Mon petit doigt me dit que vous y avez déployé des trésors d'ingéniosité.". Cette césarienne rhétorique eut le don de faire accoucher sans douleur l'infâmie que j'avais au long d'insomniaques nuits visualisée.

-"Je veux qu'elle soit démembrée!" lachai-je d'une voix sourde.

-"Vous avez raison. C'est toujours extrêmement spectaculaire!. Malheureusement pour vous, vous n'avez rien inventé!. Cette opération s'est banalisée dans les cercles fermés des snuffers. On appelle ça chez nous le "nu intégral"!.

Mon souffle était devenu court, ma bouche sèche. Je respirais enfin l'air des cîmes!

-"Après l'amputation des 4 membres,il faudra lui ôter les organes génitaux", hennis-je, " procéder à l'ablation des deux seins, lui trancher la langue, l'énucléer, et percer se tympans.

Singh émit un petit sifflement admiratif:

-"Diable! vous êtes un esthète! J'ai deux questions à vous poser, toutefois.Elles sont d'importance et conditionnent la bonne réalisation de votre...spectacle: D'abord, êtes-vous bien sur qu'elle veut mourir?

-"Elle le veut! La mort est sa patrie. elle est en exil dans le monde des vivants!."

-"C'est bien. Deuxième question:Est-elle prête à souffrir physiquement? Je veux être direct: est-elle masochiste au point de valider de sa signature l'effrayant martyrologue que vous venez de m'exposer?

-"Elle convoite en secret la douleur avec la ferveur d'un orpailleur pour le minerai qui l'obsède".

-"Alors, vous n'avez aucun soucis à vous faire:je l'expurgerai du reliquat probable de ses réticences et inséminerai son espit des mortifères vénéfices, garants de sa souscrption absolue à votre bon vouloir", m'assura-t-il, en apaisant ma fièvre d 'une pression de sa main sur ma jambe qui tremblait. J'avalai discrêtement deux cachets.

"Ensuite...", m'étranglai-je,en me désanglant pour le coup d'inutiles circonlocutions,"je veux que du vinaigre soit répandu sur ses plaies à vif, dans sa bouche,dans ses yeux, dans ce qui restera de son vagin!""

-"Cela sera:. Mes procédés anesthésiques vous le garantissent...si son coeur résiste,bien sur. Est-elle sportive?"

-"Elle l'est."

-"Parfait.Je suis cardiologue de formation, et dispose du matériel de réanimation le plus performant à l'heure actuelle. Votre rêve s'incarnera. je m'y engage."

Je ne l'écoutais même plus,emporté dans le grand huit de mon délire.

-"Je veux qu'elle vive sa mort. Je veux qu'elle la voie s'approcher dans ses habits de soufre et de feu."

-"Elle la verra, mon ami" fit le chirurgien, qu'intriguait visiblement ma fébrilité. "Toutes les femmes que j'ai torturées ont vu la mort s'approcher, comme seuls peuvent la voir les toréadors, quand ils voient sur eux fondre le taureau. Les produits anesthésiques que j'innocule à mes alumni stimulent simultanément les fonctions cardiaques et l'activité cérébrale. Plusieurs, ainsi, ont eu l'insigne privilège de voir se répandre autour d'elles leurs propres entrailles, que je sectionnai ensuite devant leurs yeux à l'aide d'un scalpel, sans qu'elles en ressentîssent la moindre douleur,la moindre douleur physique, s'entend...."

-"Vous serez donc mes mains!", m'écriai-je au bord des larmes, en serrant dans les miennes les longues mains brunes, qu'avaient miraculeusement préservées les flammes

--"Je serai vos mains.", m'assura-t-il d'une voix paterne, et le dévoué serviteur de votre seul agrément!"

-"Je filmerai moi-même les phass de son supplice!" m'écriai-je au bord de l'asphyxie.

-"Si le coeur vous en dit! Je n'y vois, personellement aucun inconvénient. Je suppose que vous réaliserez, pour votre public, des copies de ce film, en souvenir de cette agréable soirée. je veux que vous vous engagiez par écrit à me garantir 50% des bénéfices de la vente de ces cassettes, ainsi que 50% des des recettes de la soirée." Loin de me désobliger, sa vénalité donnait un surcroît de crédit à ses engagements, et je souscrivis sans tergiverser à tous ses désidératas.

-"Nous signerons demain soir chez moi le protocole d'accord!" m'écrai-je, en commandant au stewart que nous fûssent incontinent servis caviar et Champagne.

Les smaines qui suivirent furent exaltantes. Ma nouvelle obsession me consummait de l'intérieur.. J'allumai, en m'investissant à fond dans le spectacle des Folies africaines un contre-feu salutaire..Je quittai l'appartement de la place Jusiieu que je laissai à la grosse, alléguant de l'impérative nécessité pour ma sérénité de ne plus voir personne avant la représentation au double six..

J'emménageai dans la luxueuse Résidence de la Bièvre. Bien sur, la repoussante saleté de la duègne eût justifié tous les exils, mais au delà de cette pestilence, je ne supportais décidément plus ton absence en ces lieux, remplis de toi, mon ange. J'étais devenu un autre.Il fallait à cet avatar de moi-même un autre décor

Mon nouvel appartement, en fait, un loft de 120 m2 en une seule pièce, dépouillée comme la cellule d'un moine trappiste seyait à mon humeur survoltée.. Je commandai sur catalogue une table basse, un home-cinéma, un canapé en cuir, ainsi que deux plantureuses chauffeuses qui me furent livrés dans la semaine.. Je laissai l'immense pièce en permanence dans une raffraichissante pénombre, qui apaisait ma fièvre et stimulait encore ma noergie déja vigoureuse. quelques jours plus tard, j'invitai Singh à partager mon nouveau domicile, et lui proposai, ce qu''il accepta avec enthousiasme que je fis installer dans la chambre d'amis , en sus de son matériel professionel, un incinérateur et un laboratoire ultra-moderne.. Il y fit des merveilles. C'était un homme de l'ombre. On ne le vit jamais au double-six. Dormant-fort peu-le jour, il ouvrait la nuit, dans la quiétude de cette pièce dissimulée aux regards, à l'élaboration de ses pâtes et de ses baumes, broyant au pilon de pittoresques plantes, chauffant,dans de l'alcool, versé

dans d'inquiétants alambics de mystérieuses essences versicolores.. Ce fut dans l'enceinte de ce laboratoire qu'il mit au point, quelques semaines plus tard la fameuse pilule "4 en 1", dont je m'attribuai sans vergogne l'invention.

Propulsé à l'avant scène par mes multiples initiatives, c'est moi, qui fut élu pour succéder à Monsieur au poste suprême. Carrega, imbibé du matin jusqu'au soir fut déclaré inapte à co-diriger la troupe des danseurs, et ce fut à moi qu'échut l'entière responsabilité du spectacle.. Mon étoile était au zénith. Jetravaillais comme un forcené du matin jusqu'au soir dans les sous-sols du double 6. Les répétitions des folies étaient harassantes. Ces Masaîs étaient d'analphabêtes abrutis. Je devais mimer chaque scène, incarner tous les rôles, les uns après les autres. Quand ils étaient saouls, ils se battaient àcoups de machetes. Il y eut deux morts. Je fis couler les cadavres dans des barrils remplis de ciment ,que je fis jeter en Seine une nuit dans le sinistre port de Gennevilliers.C'était, certes un tantinet dépourvu de romantisme, mais on n'enterre pas deux clandestins recherchés pour meurtres dans leur propre pays comme on enterre sa vie de garçon!

Sitôt achevées les répétitions, je courais jusqu'à la station de métro, et regagnai mon appartement pour diner le plus souvent en tête à tête avec le chirurgien, qui venait en général de se réveiller. Je le harcelai de questions. Il avait tenu,dès son arrivée à prendre contact avec Elisabeth, qu'il avait commencé à sensibiliser à la perspective de son supplice et de sa mort, tout au bout.Peut-être me trompai-je, mais j'étais alors convaincu que la belle feignait de croire à l'authenticité de ces préparatifs,que laissait à supputer l'extrême désinvolture qu'elle affichait, face à cette échéance.Nous étions le 27 Mars. Dans 46 jours, elle serait morte, au terme d'une inimaginable géhenne.

Je demandai à Diallo, avec qui je jouais désormais régulièrement au tennis d'assurer la promotion du snuffing d'Elisabeth. Diallo était l'homme des circonstances. Il était en contact avec les plus illustres représentants de la communauté bobio de Montmartre, et n'appartenait pas, naturellement au Réseau.. Pour m'assurer l'impunité, mon opération devait demeurer clandestine. En dépit de sa sulfureuse réputation, le Réseau ne comptait pas parmi ses membres d'adeptes des sacrifices humains. Il y avait, en revanche, au sein de l'équipe dirigeante des hommes vigilants et redoutables, comme Saligaut,Mûller,le Prince Przinskzy, ou encore ce crétin de Pierre Aufray, dont je redoutais les flambées d'humanisme., Autant d'individus soucieux de prémunir le Réseau, déja stygmatisé par les média ,contre toute compromission avec l'industrie du crime....

Diallo avait diffusé sous le manteau des photos de la belle rousse, et, en dépit du prix astronomique des invitations: 10 000 euros par personne, les trente neuf billets furent vendus en moins de 4 jours.

Bien que je me fîs du soucis pour Cécile Hoareau, la belle vierge noire, et pour mon pauvre pays,, les répétitions, et l'immolation programmée d'Elisabeth drainaient tout mon temps et toute mon énergie. Je n'avais pas mesuré la complexité d'un snuffing dans son élaboration.. Il requiérait une logistique lourde et délicate à la fois:Il me fallut, tout d'abord contacter, puis rétribuer à l'avance,en intégralité, par le truchement de Diallo l'équipe d'assistance médicale requise par Singh. Viendrait-il désormais à l'esprit de la belle de se dédire, je n'avais plus qu'à m'expatrier dans quelqe banquise septentrionale du Groenland! Je dus ensuite acheter pour 25OOO euros de matériel médical complémentaire, procéder moi même à une enquête de moralité sur chacun des futurs spectateurs. Je n'avais nulle envie de passer le reste de mon existence derrière les barreaux, ou pire encore d'être pendu en public Place des 3 hammams si la peine de mort,comme chacun le pressentait venait à être rétablie par le gouvernement islamique qui succéderait-nul n'en doutait plus- au cabinet de Languy. Le "courant d'air" allait être mis au rancart pour un bail:accusé de s'être aligné servilement derrière les Etats unis dans le conflit sino-américain, sans en tirer le moindre profit économique, il entrainerait dans sa chute la Vierge noire,qui avait annoncé sa démission de la présidence si le parti de Azam venait à l'emporter aux législatives anticipées.

Cela fut.La France entière retint son souffle. Au sacre inédit, 3 ans plus tôt d'une femme célibataire de 39 ans à la magistrature suprême, allait succéder après son retrait imprévu , et pour la première fois dans l'histoire de notre pays la promotion d'un Islamiste auto-proclamé à la tête du gouvernement, sous la présidence du diaphane Languy.Diable! Les russes avaient, au début du siècle connu le même chassé croisé, à la tête de leur pays, et cela ne leur avait pas pour autant porté malheur!

Je me fixai, toutefois pour mission de continuer, avec tous les moyens dont je disposais à la direction du Réseau au retour aux afaires de Cécile Hoareau. Le Réseau comptait parmi ses membres des personnalités dont la popularité ne s'était pas délité en dépit de la calamiteuse gestion de Rappoport, et la montée en puissance des fondamentalistes au sein de la société civile.. Le Réseau possédait des moyens colossaux. Je n'en avais prélevé qu'une infime partie pour le snuffing d'Elisabeth.

Je pris rapidement contact avec James Deravelle, le secrétaire particulier de la Vierge Noire, dont le pestige était à tout jamais cristallisé dans ma mémoire.

Ce fut au terme d'un diner particulièrement arrosé au "Katmandou", en compagnie de Saligaut, Martyn,Deravelle; Carrega et Jenkyns,diner au cours duquel ces deux derniers, ivres-morts, se comportèrent de façon inqualifiable, que je proposai à Deravelle, comme il me raccompagnait chez moi la direction de la section "animations" au Réseau. Cécile Hoareau entamait sa traversée du désert. Je voulais mettre toute mon énergie, toute la logistique, tous les moyens financiers fabuleux du Réseau à sa disposition. Deravelle accepta. La belle Vierge noie viendrait en personne honorer d'un discours, le soir des "Folies" son pacte avec le Réseau. On se souviendrait de moi un jour comme le sauveur de la démocratie dans notre foutu pays!

Il m'en coutait, pour le seul snuffing d'Elisabeth, outre les 20 000 euros de matériel médical, 22 000euros supplémentaires, que se partageraient les membres de l'équipe d'assistance médicale: les deux chirurgiens qui assisteraient Singh au long des amputations successives, les trois infirmières ainsi que le psychologue qui réconforterait la femme torturée tout le temps que durerait son supplice. Comme l'avait exigé la déroutante créature, il me faudrait également m'acquitter des frais d'un huissier de justice affilié à la "Main noire" de Diallo, qui veillerait scrupuleusement au déroulement du supplice, selon les volontés de la victime rédigées et paraphées de sa main.

Il recueillerait ensuite une poignée symbolique de ses cendres dans une minuscule urne funéraire,qu'il se chargerait de remettre à Jenkyns, dont l'imprévisible jeune femme s'était vaguement énamourée au fil des saillies. Le reste de ses cendres serait, comme convenu jeté dans un sac poubelle avec des détritus. Telle était la volonté de la morbide jeune femme, et je ne voulais pas la soustraire à ce troublant caprice de pure masochiste.

L'addition était lourde: au delà des soixante cinq mille euros! Quant aux bénéfices réalisés, il me faudrait en verser en liquide 50% à Elisabeth, c'est à dire, je n'en doutais pas à ce bouc de Jenkyns! Et ce, 72 heures avant le supplice.Elle n'entretenait plus la moindre relation avec sa famille, et ferait don de l'intégralité de ce pactole au vomitif couillu! C'est égal, Singh et moi-même, empocherions, dans l'opérétion un bénéfice net de 88 000 euros auxquels s'ajouteraient les quelque 30 000,que rapporterait la vente des films,ainsi,-brillante idée mienne-que la mise aux enchères, 48 heuresavant la cérémonie de la robe et de la lingerie que porterait Elisabeth le jour de son supplice, mais aussi de ses boucles d'oreille, de son collier, de sa chevelure, de ses globes oculaires, de la médaille officielle du snuffing, que mordraient ses dents, quand se dissiperaient les effets des anesthésies, ainsi que son clitoris, plongé dans le formol sitôt après son ablation, et que convoitait R...... en personne, pour le faire sertir dans l'ambre d'un pendentif, voué à récompenser de son zèle sa toute nouvelle maitresse. Détail singulier,c'est Elisabeth en personne qui avait au fil de ses méditations solitaires au coin du feu,composé le bouquet de ces ignominies, que je ne fis-tant il me seyait- que valider.

Assurément, il me fallait penser à tout! Ainsi, désirant, en prélude au supplice une manière de ballet, où figureraient des roses, en hommage à la fleur qui m'avait révélé à moi-même, je débauchai quatre nègres du plateau des "Folies", et les mandatai pour une chorégraphie fort émoustillante, au cours de laquelle, ils devraient par la seule puissance de leurs muscles donner l'illusion qu'Elisabeth,entiérement déshabillée flottait dans l'air, suspendue entre leurs seuls bras. Il m'en couta un supplement de 8OO euros. Il me fallut aussi dresser la liste des boissons et des plats à commander chez le traiteur pour les spectateurs. Je n'entendais pas mettre un terme à mes activités après la mort d'Elisabeth. Après elle, il y en aurait d'autres. Beaucoup d'autres! Il y avait tant et tant de filles perdues dans l'énorme Paris! Il me fallait toutefois asseoir ma réputation.J'entendais travailler dans le haut de gamme, et laissai aux équarisseurs de Chinatown la valetaille des aficionados désargentés! J'achetai donc, outre un home cinema un écran géant, où seraient retransmises simultanément, en plans rapprochés toutes les phases des multiples amputations et ablations. Dans la foulée, j''ordonnai au responsable du magasin interne du Réseau que me fûssent livrés 39 poufs en velours grenat. Je fis, quelques jours plus tard choisir sur catalogue à la femme condamnée la robe et la lingerie intime qu'elle désirait porter le jour du supplice. Elle opta pour une somptueuse robe en flanelle ajourée mauve, des collants de soie noire, un soutien-gorge et un slip combinés en fines dentelles blanches qui me coutérent la peau des roustons. Mais quand on sait EXACTEMENT ce qu'on veut, on ne compte ni ses heures ni son argent. Prince ou mendiant, on ne vit q'une heure! Certains peintres attendent parfois plusieurs années avant de trouver la touche miraculeuse qui fera de leur toile un chef d'oeuvre. Je me trouvai décidément moult points communs avec les artistes, qu'il fûssent peintres ou musiciens. Singh, je le savais partageait avec moi ce gout du perfectionnisme. Cette exigence était peut-être notre alibi devant la justice Dieu et celle des hommes, dont nous ne voulions pas croire que nous y fûssions l'un et l'autre soumis.Elisabeth demeurait, au fil des jours une énigme.Pensait-elle encore que tout cela n'était qu'un jeu, un jeu pervers et dangereux, certes mais un jeu,rien qu'un jeu. Avait-elle fini par comprendre qu'elle avait sauté avec un parachute en feu dans une forêt tout aussi embrasée? je l'ignore.Il eût fallu, pour le savoir se glisser dans les anfractuosités de son cerveau malade,.Jen'en avais ni les capacités intellectuelles, ni vraiment l'envie. Sa folie seyait à la mienne.Dois-je préciser, que je n'endossai pas davantage, pour explorer mes propres grottes, mon équipement d'homme grenouile, redoutant d'y voir béer les gueules d'infiniment plus redoutables murènes. Les jours passaient. Singh et moi-même continuions à tisser la toile qui englurait bientôt la belle jeune femme entre ses mailles. Elisabeth nageait dans les eaux chaudes de ses délires, sans se douter, qu'alertés par les saignements de son âme, accouraient sous elle les requins, pour la dévorer vivante.

En rentrant de double six,, je harcelai Singh de questions sur le bon déroulement de son conditionnement psychologique. Il prenait Elisabeth en consultation deux fois par semaine, dans mon appartement, lui téléphonai presque tous les jours, instillait captieusement, goutte à goutte dans ses veines le poison qui annihilerait ses ultimes réticences.Elle ne pouvait plus vraiment douter que ce qu'elle avait peut-être mépris pour un jeu de rôle un peu particulier avait muté pour sceller de façon très REELLE son destin.

Tout se passait à merveille: le redoutable chirurgien avait rapidement converti la fragile jeune femme à ses théories sur la "mort glorieuse". Toute autre qu'Elisabeth s'y fût montrée réfractaire, se f^t enfuie en courant, mais l'idée qui consistait à fusionner dans une même apothéose ses pulsions mortifères, son dégout de la vie, son dédain des accouplements végétariens, son aspiration à l'au delà, sa curiosité à l'égard de la douleur et du mystère de la mort, le rédemption hypothétique de sa part de responsabilité dans le suicide de sa soeur, sa vengeance en creux vis à vis d'un père incestueux, l'orgueil d'affronter le front haut d'indescriptibles douleurs, la jouisance morbide, enfin, de se voir progressivement tailler en pièces devant un public friand de cris et de larmes plongeaient la créature dans un trouble ineffable, qui brouillait son regard, et faisait s'entrouvrir ses lèvres comme pour le baiser.

Ce fut lors d'un diner aux chandelles dans le crépusculaire restaurant de la Tour d'argent, que nous évoquâmes, Singh et moi-même devant la belle rousse, qui nous avait jusqu'alors égayé de son esprit et de son charme les dfférentes phases de son supplice, dans leurs plus infimes détails.. Les grands yeux verts, sous le ront de porcelaine se voilaient un peu plus à chaque instant. Le feu lui était venu au front et aux oreilles. Son émoi était presque palpable. On le voyait cheminer dans son regard comme le flux de la mer dans les prés salés d'une baie.. elle portait, ce soir là une souple robe d'angora gris anthracite, ornée sur le sein gauche d'une fleur fantaisie en taffeta mauve. Elle était affreusement désirable. Du Campagne pétillait dans nos coupes, dans nos yeux. Nous nous étions grisés de vin, de paroles. Dans le silence feutré de la salle de restaurant, que baignait une funéraire clarté, je m'entendis murmurer à l'adresse de notre interlocutrice

-"Elisabeth, pourquoi proroger inutilement et votre joie et la notre? Vous plairait-il que nous fîssions chez moi une première simulation de votre supplice?". Je vis le beau visage s'empourprer encore un peu plus.. Ces rougeurs avaient quelque chose d'obscène, comme une inscription ordurière écrite au minium sur une statue de sainte.

-"Pourquoi pas?", fit-elle d'une toute petite voix.

Un quart d'heure plus tard, nous nous retrouvions tous trois dans l'appartement. Je baissai les stores et éclairai toutes les lumières. Singh osa d'emblée l'impensable:

-"Deshabillez-vous!" ordonna-t-il d'une voix douce en extirpant de son carton, posé contre le mur l'insolite table d'opération toute neuve, creusée creusée de gouttières et de saignées, destinée à recueillir, le jour fatidique le sang et les sanies d'Elisabeth, que cette injonction figea un instant sur place, puis ses mains s'envolèrent, et elle dégrafa lentement sa robe, dont elle baissa la fermeture-éclair. Elle chut à ses pieds dans un bruit furtif. J'avalai péniblement ma salive. elle n'était plus vêtue que de sa seules lingerie: un minuscule slip en tule diaphane, et un soutien-gorge combiné, qui peinait à contenir les orbes généreuses, dont les auréoles rosissaient la quasi-transparence du tissu. Avec des gestes alanguis, comme si elle voulait graver à tout jamais dans sa mémoire les torréfiantes péripéties de cet effeuillement consenti,, elle cueillit par terre la robe,qu'elle posa délicatement sur le rebord de la chauffeuse. Déja, les doigts précis dégrafaient le soutien-gorge, qu'elle ota pour l'étendre sur la robe.. Je sentis ma glotte monter et descendre dans mo gorge sèche. Elle avait des seins magnifiques: deux globes laiteux, parcourus de veines couleur jade, et amplement auréolés de rose très pâle. Elle n'était plus vêtue que de son seul slip, sous l'élastique duquel ses doigts se glissèrent, sans se résoudre à le baisser. Son rire, un rire étouffé de gamine prise en faute résonna étrangement dans le silence du salon. Dans un éclair je revis l'arrogante et espiègle jeune femme qui m'avait, de ses lazzis abreuvé, lors de notre diner au Katmandou. J'étais vengé.

-"Je suis....je suis un peu....troublée", fit-elle dans un souffle en baissant les yeux, feignant une pudeur, qui lui était, j'en étais convaincu désormais, étrangère. Singh alluma une cigarette, puis, dans un rond de fumée

-"Je ne vous crois pas.. Je ne vous croirai que si vous consentez à nous exposer dans la lumière, la preuve irréfragable de votre désunion. Je réprimai un cri d'indignation: Elle allait se rhabiller d'un instant à l'autre, quitter l'appartement en claquant le porte. mon projet était sur le point de s'effondrer. La sueur au front, je visualisai des kilomètres de catastrophes à venir. Je me trompais. Une fois de plus.

-"Vous rendez-vous compte de ce que vous me demandez?" gémit-elle, "..je suis une femme. Les femmes ont des pudeurs que vous, les hommes ignorez!"

-"Vous n'êtes pas une femme à cet instant précis." rétorqua Singh d'une voix grinçante, "Vous vous comportez comme une enfant. Si vous êtes une femme, comme vous le prétendez, vous allez succomber à votre désir."

-"Et quel est mon désir?"

Singh tira voluptueusement sur sa cigarette. Il prenait manifestement tout son temps pour signifier à la belle ce qu'il attendait d'elle. Un sentiment de jalousie invécu jusqu'alors acheva de me donner du mou dans les jambes. Singh savait, lui, comment piloter ces petits cerf-volants capricieux que sont les femmes. Il savait leur faire prendre le vent, les faire s'envoler vers l'azur.Quant à moi, grotesque d'une pudibonderie décidément hors-saison, c'est à peine si j'osais regarder les seins d'Elisabeth.. La réponse vint, cinglante::

-"Je vous l'ai dit. Votre désir est de nous faire partager votre trouble, en nous exposant les indices irréfutables de sa surgie, nous faire savoir, sentir, oserais-je dire que vous êtes décidément une grande fille.... Ce n'est qu'en accomplissant ce simple geste, que vous serez femme à nos yeux. Aux votres aussi. Vous le savez aussi bien que moi!".

J'étouffai un "oh!" de consternation, et m'épongeai discrêtement le front de ma manche. Elisabeth, que cette mise au point avait figé de nouveau sur place nous observa tour à tour avec des yeus noyés, puis ce que je n'avais osé imaginer fut: les doigts fins qui s'énervaient, depuis quelques instants sur l'élastique du minuscule et diaphane sous-vêtement le baissèrent, puis l'otérent. Je vis Elisabeth s'approcher de Singh, dans la lumière crue du lustre, pour lui tendre, comme on produit une pièce d'identité le slip à sa doublure.. Je ne parvenais plus à reprendre mon soufle. Son impudeur était au delà de tout ce que j'avais pu imaginer. Singh écrasa longuement dans un cendrier sa cigarette, et arracha presque des mains de la belle rousse la vaporeuse lingerie, dont il huma longuement l'entre-jambe, comme d'un vin rare, dont il sied, avant de lle porter à ses lèvres d'en flairer le bouquet.

-"C'est parfait. Vous êtes une grande fille." fit-il négligemment, en me tendant le sous-vêtement. Dans un état second, voyant qu'il m'observait, j'approchai à mon tour de mon visage le parcimonieux écrin de féminité. Sa doublure en soie, délicatement citronnée était mouillée. Je fermai les yeux et flairai le fleur puissant de la jeune femme. Il s'y mêlait des fragrances de mimosa et un fleur de crevette grise. Je tendis à sa propriétaire l'attendrissant mouchoir, qu'elle déposa sur sa robe, à coté du soutien-gorge, qui pendait au bras de la chauffeuse.. Elle alla s'étendre à plat dos sur la table d'opération, dont le chrome scintillait sous la lumière impudique du lustre.

Comme elle s'y installait, j'osai, remisant au vestiaire mes effarouchements de moniale, glisser un oeil coupable sur l'amande rose et fendue d'où avait coulé l'étourdissant nectar. Son pubis était entièrement rasé. Son clitoris,très charnu vibrait légérement,comme elle se positionnait sur le lit d'opération. il y vait quelque chose d'infiniment pathétique dans cette féminité troublée, livrée impudiquement aux regards de ses futurs bourreaux. Je vis que ses cuisses fermes de sportive étaient entièrement nacrées d'oblongues et délicates hosties roses. Singh s'en fut, cueillir sur le mur un poignard décoratif, dont l'inofensive lame scintillait au bout d'un manche de papier maché. Un souvenir peu onéreux du Cachemire.. il l'approcha de l'épaule ronde, piquée de grains de son d'Elisabeth, qui frémit légérement au contact du métal. Elle avait fermé les yeux. Ses lèvres s'entrouvrirent. Le chirurgien expliqua, d'une voix désincarnée, en accompagnant ses paroles du glissement de la lame sur les zônes évoquées: "Une fois achevées les diverses anesthésies, c'est ici que je sectionnerai, tout en haut de l'os, au niveau de la tête humérale. Je vous aurai, au préalable déboité les deux épaules. cela facilitera les amputations de vos membres supérieurs. Bien sur, vous ne sentirez rien, un léger piquotement peut-être. les douleurs, atroces,ne se feront sentir que lorsque se seront dissipés les effets des anesthésies. Vous perdrez beaucoup de sang, moins, toutefois que lors de l'amputation de vos membres inférieurs, que j'amorçerai sur le col anatomique, ici-même, tout en haut du fémur. tout ira très vite. Les plaies seront cautérisées, assainies, les vaiseaux, ligaturés, des emplâtres fixés à vos moignons en moins de dix minutes. Vous serez perfusée de façon continue toute la durée de votre démembrement. Il saisit entre deux doigts le clitoris poissé, qui lui glissa d'entre les mains, le reprit, pour l'étirer en le pinçant plus fermement entre se doigts.

-"Ail!", fit Elisabeth, en se mordant les lèvres.puis elle rit. Un petit rire mutin, qui me propulsa un peu plus haut dans le mépris qu'elle m'inspirait désormais.

--" Je trancherai alors, de mon scalpel cette mignonne petite languette, puis l'intégralité de vootre appareil génital, utérus, petites et grandes lèvres. au terme de ces opérations, vous ne serez plus, Elisabeth qu'une tête charmante sur un tronc. Une cavité circulaire d'une demi-douzaine de centimètres se sera substituée à votre vagin, sans que vous n'en éprouviez le moindre inconfort."

Elisabeth souriat aux anges, les yeux toujours clos.. le fil de la lame se promena lentement autour des deux seins qui bombaient fièrement en dépit de la position allongée.. Le froid du métal efleura leurs pointes roses qui se gerçèrent aussitôt. Singh reprit:

-"Pendant que les spectateurs défileront devant vous pour admirer le travail des scalpels et des bistouris, je procéderai à l'ablation de ces jolis globes joufflus. La peau sera incisée ici-même, la graisse drainée par quatre tubes aspurants. je replierai ensuite le derme à la manière d'un protège cahier, que mes infirmières recoudront aussitôt. il ne restera alors plus rien de votre féminité. après la suppression de vos facultés motrices et sexuelles, il ne me restera plus qu'à annihiler vos facultés sensorielles"

Singh glissa doucement deux doigts entre les lèvres entrouvertes, et extirpa un bout de lange, qu'Elisabeth, docile darda à sa demande

-"Je sectionnerai alors d'un fil de scalpel cette tendre et venimeuse petite chose pendant que mon assistant perçera vos tympans. Vous serez enfin aveuglée, ou plus précisément, vos yeux, maintenus écarquillés par des écarteurs seront brulés par les rayons ultra-violets dispensés par de peu esthétiques lunettes,que vous devrez garder pendant une minute. Voilà!"

Singh reposa sur la table le poignard. Elisabeth avait refermé ses lèvres, comme si elle voulait garder en bouche les féroces arômes de ce vertigineux cocktail. L'érubescence de se joues évoquait le purpura de quelque fulgurante hémorragie cutannée.

"Allez maintenant jusqu'au bout de vos désirs, Elisabeth. vous vous languissez de nous montrer votre féminité en action, n'est-ce pas?"

-"Oui..."concéda la belle fille, d'une curieuse voix de gamine, quon vient de surprendre la main dans la boite de bonbons, puis elle esquissa un geste pour se redresser

-"Je reviens, je vais aux toilettes....Je crois que j'ai bu trop de Champagne!". Je vis que son corps tout entier était désormais nacré de pastilles roses. Ses joues, ses oreilles étaient écarlates.

-"N'en faites rien!" ordonna Singh, "votre plaisir n'en sera que plus fort. il faut vous laisser aller, Elisabeth, détendez-vous. Devenez une source. Vous êtes une source..."

Le temps était comme suspendu. La belle rousse franchirait-elle pour notre agrément les fourches caudines de l'opprobe. Ebaubi, je vis soudain gonfler subitement le clitoris, au dessus de le fente qui s'était, au fil des minutes huilée, puis un jet bref jaillit de la délicate encoche, trempant, en retombant les cuisses constellées de rose. Foudroyé par son impudeur, je vis alors les mains blanche aux ongles carminés s'envoler vers le bouton de rose, verni de rosée intime, qu'elle entreprirent de caresser infiniment lentement. Les jets se succédaient à intervalles réguliers, tant^t impérieux, tantôt spasmodiques. Le temps était aboli. Il n'y avait plus dans l'univers que les gestes fluides de cette main de porcelaine dans du rose tendre et mouillé, d'où fusa un ultime jet de topaze.

Singh éteignit sa cigarette, et vint se poster deriière Elisabeth, dont il caressa doucement la lourde chevelure et le front mouillé de sueur où s'étaient collées des mèches. Elle continuait de se caresser, du seul majeur, désormais

-"C'est très bien, Elisabeth, maintenant, nous savons que vous êtes une grande fille"

Je vis alors Singh se pencher au dessus de la dépravée, pour glisser ses deux mains sous la pliure de ses genoux. Elisabeth émit une faible protestation, comme il relevait, tout en les écartant complaisamment ses jambes.Je m'approchai de l'extrémité du lit d'opération. La posture, obscène venait de dévoiler un anus rose et glabre.

-"Vous êtes une source." répéta Singh, "Ai-je à vous préciser ce que j'entends que vous fassiez maintenent?"

-"Non...", murmura Elisabeth.

Il y eut un instant de silence absolu, puis un cyclomoteur passa dans la rue et s'éloigna.Le silence reprit ses assise. Elisabeth inspira profondément, puis bloqua sa respiration. Je vis le bourgeon rose de son fondement se détendre. Du minuscule trou noir qui venait d'y apparaitre s'échappa un vent, comme elle expirait simultanément par les narines. son visage avait rougi encore davantage. L'or de ses cheveux ruisselait en cascade derrière la table d'opération.

-"C'est bien. je suis fière de vous",fit la voix du prédateur,que recouvrit, comme pour la faire taire le crépitement sur le vélux d'une averse

-"Il faut aller jusqu'au bout, maintenant...souvenez-vous, vous êtes une source....."

Singh tira un peu plus encore sur les jambes.

-"Ca, je ne veux pas....non...je ne peux pas....."

-"Essayez, vous n'êtes pas une petite fille...je serai fier de vous..."

Elisabeth inspira à nouveau, plus profondément, me sembla-t-il, puis bloqua sa respiration. Un gémissement plaintif fluta de l'émonctoire,qui entrouvrit un instant son huis.

-"Je....je n'y arive pas....je ne peux pas...pas ce soir!...un autre jour, si vous voulez..."

-"C'est bien, Elisabeth...peut-être un autre jour..mais vous n'avez fait tout cela que parceque je vous le demandais, n'est-ce pas?"

-"Oui..."

Il ne faut pas, Elisabeth, vous êtes une source. Une source n'entend rien, n'obéit à personne, ne conteste rien, ne réfléchit pas. elle coule parceque c'est dans sa nature de couler. il vous faudra dorénavant ne plus colmater d'inutiles pudeurs votre liberté reconquise. Vous allez bientôt, grâce à moi, connaitre, en l'espace de quelques heures des extases charnelles hors de portée du commun des mortels, d'inconnaissables douleurs physiques, que n'ont jamais connues les saintes mystiques épouses de Jésus, franchir les portes de la mort, accéder à la félicité des âmes libérées à tout jamais du carcan des terrestres vicissitudes. Si vous n'êtes pas disposée à abjurer l'inutile pudeur, c'est que vous n'êtes pas digne que je vous escorte dans ces fabuleux jardins . Votre chair est depuis longtemps corrompue. Il faut renoncer à la préserver plus longtemps de l'abjection à laquelle elle est vouée. Vous n'en jouirez que davantage, et, rassasiée, ne vous en séparerez que plus aisément, le coeur léger d'avoir humé, ne serait-ce qu'un instant la pure ozône des cîmes. N'obéissez pas à ma loi. N'obéissez qu'à la votre, pour le peu de temps qui vous reste à vivre. Votre nouvelle mission, votre seule justification à endurer encore cette vie est de jouir jusqu'à la mort rédemptrice, fût-ce de nous éventer du fleur de vos entrailles. Vous devrez subir bientôt de plus mortifiantes épreuves. Je vous l'affirme car je le sais."

Sur ces mots,il extirpa de son pantalon une verge sombre et démesurée et tira vers lui les jambes d'Elisabeth, qu'il releva ausitôt. Je portai malgré moi ma main à ma bouche et reculai dans une zône d'ombre. La voix douce de Singh s'éleva dans le silence recouvré du loft

-"Vous avez, sous ma gouverne atteint les cîmes du plaisir. Il faut maintenant explorer les abîmes de la douleur. Ecartez vous-même encore davantage vos fesses, je vous prie: je vais vous pénétrer par le fondement."

-"Oui.", murmura Elisabeth, dont les doigts tirèrent tant sur les joues fermes, pastillées de rose que je vis blêmir leurs phalanges.. Il n'y eut pas le moindre préliminaire, et un cri strident de la jeune femme salua la féroce intromission, comme se tordait son beau visage , devenu cramoisi dans une grimace de douleur. Ce cri suraigu semblait ne jamais vouloir finir. elisabeth secouait fièvreusement la tête de droite à gauche, allumant, avec sa chevelure des incendies dans la pénombre rougeoyante, un feu de sofre dans mon coeur. Froidi instantanément par la confondante brutalité de ce viol, je tournai les talons et m'enfuis. La rue était déserte, le silence, oppressant, où clapotaient, de l'autre coté de la chaussée les eaux noires de la Bièvre sous la lune... Je la longeai à pas lents, le coeuruer étrempé par la pointe coupante de ce cri de femme, encore toutabalourdi par la touffeur deu loft. De suspects surnageants y dérivaient dans la clarté argentée de la lune. Vaguement étourdi, j'aspirai à pleins poumons l'haleine fétide de l'antique rivière..

Je ne regagnai l'appartement qu'une heure plus tard. Il y régnait, consentie par la seule lampe à pétrole une pénombre rougeâtre. Singh, assis sur le sofa s'était assoupi. Elisabeth, blottie contre lui dormait dans ses bras comme un enfant. Elle avait ré-enfilé son slip et son soutien-gorge..

A la manière de deux vagues se fracassant l'une contre l'autre, deux pulsions contradictoiresse télescopèrent dans mon cerveau:. J'avais envie d'étrangler le profanateur. J'avais tout autant l'envie de me jeter à ses pieds. J'approchai de l'improbable couple. Elisabeth ronronnait doucement. La perfection de son corps m'explosa au visage..Je ne l'avais, jusqu'alors regardé qu'en décomposé comme les pièces d'un puzzle; pièces qui avaient été, tantôt ses mains, tantôt ses yeux, ses cheveux, son sexe. el voila que comme je contemplais pour la première fois ce puzzle reconstitué, une bouffée de honte,mêlée de terreur m'ébouillantait le visage. C'était donc par ma seule volonté, que cet ange en exil sur cette terre, cette preuve vivante de l'existence d'un Dieu bon, épris d'excellence allait se faire dépecer, dans quelques jours par un autre monstre à peine plus abject que moi. Moi le nabot grotesque, le noiraud aux bras de chimpanzé, moi l'impuissant....C'est alors que je viss, sous l'affreux masque rosâtre briller les yeux de Singh

-"Elle est belle, n'est-ce pas?...."

-"Suivez moi dans le laboratoire, Singh."haletai-je, "il faut que je vous parle!"

Je l'y précédai, et, me tournant vers lui, hagard:

-"Il faut tout arrrêter. Tout de suite...Tout est fini!...Je ne veux pas qu'elle meure!....

Les yeux noirs crépitaient sous l'ignoble masque

-"Vous êtes fou? Elle est prête. J'ai brisé le cuir de son orgueil. Cette amazone est réduite. je l'ai soumise à ma seule loi. elle est mienne

-"Votre loi!", m'insurgeai-je, "mais cette loi est ma loi!, et je veux l'abroger maintenant!. vous serez payé, les spectateurs remboursés!...Je me débrouillerai, vendrai mes appartements, mais elle vivra!...elle vivra!....

-"elle mourra, Pitou. si ce n'est pas de ma main ,ce sera de la sienne propre. C'est une personnalité morbide et suicidaire. en outre, c'est une schizophrène! n'avez-vous pas remarqué, qu'elle n'a cessé, tout au long de cette simulation de parler comme une petite fille?. vous m'avez affirmé connaire tout de son passé. l'essentiel vous a échappé. Pour être incestueux, son père ne fut pas mois celui qui l'initia, visiblement avec talent au vertige des sens. elle ne s'est jamais dépris de ce fauve, et toujours décue, comme il se doit, n'a fait que rechercher chez d'autres la puissante étampe de sa poigne. elle ne ravit, du reste à sa jeune soeur son amoureux, que pour attirer sur elle l'atention de ce moloch, sollicitée enretemps par les charmes débusqués de sa cadette. Elle implore, depuis, pour le pardon de ses crimes le châtiment des mains d'une autre figure paternelle. J'ai, voyez-vous vocation à incarner cette figure tutélaire!...Privez là, ami, de la mort qu'elle désire, et elle ne s'en remattra pas. On la retrouvera vraisemblablement un matin pendue à un arbre, comme son infortunée victime.C'est alors que vous reconnaitrez-mais un peu tard-votre erreur, si monsieur Diallo ne vous a pas, entretemps réglé votre compte!"

J'ouvris la bouche. aucun son n'en sortit. je me faisais d'être un poisson qu'on vient de jeter sur le sable, et cette ultime et comminatoire mise en garde avait instantanément figé le sang dans mes veines..

Singh me ricanna au visage et regagna le salon, pour retourner s'asseoir aux cotés d'Elisabeth, qui ouvrit les yeux. Dans son demi-sommeil, elle vint se lover tout contre le pandour, en poussant un petit gémissement d'aise. Le chirurgien s'adressa à elle,mais c'est moi qu'il fixait:

-"Tu es à moi, désormais, ma petite fille, rien qu'à moi, n'est-ce pas?"

-"Oui..."

-"Ta vie, ton plaisir, ta mort m'appartiennent...."

-"Oui, oh oui!..", murmura-t-elle en se blotissant encore davantage contre l'immonde créature, dont une main se glissa sous l'élastique du slip d'Elisabeth.

-"Tu es une grande fille!... Je suis fier de toi. Ta moisson sera belle!...Tu es devenue une grande fille, aujourd'hui, n'est-ce pas?"

-"Oui!"

-"Désires-tu encore subir ton supplice, et mourir à son terme devant nos invités?"

-"Oh oui! je le veux, père!....plus que jamais!..Je ne vais vivre que dans l'atente de cejour!."

La voix tréfilée s'était brisée. Elle se mit à pleurer et rire en même temps. Ses paroles étaient entrecoupées de sanglots. Avec dépit, je vis, par transparence sous le tule du slip la main de Singh, plaquée désormais en corolle sur le sexe de la belle rousse, dans un geste de propriétaire.

-"J'ignorais qui j'étais avant ce soir!" fit-elle en étreignant le monstre. Son visage ruisselait de larmes....

-"Je veux souffrir, père!, crier, gémir, me tordre de douleur sous votre main. Jerai courageuse! Vous serez fier de moi! vous aussi, José! Je me conduirai comme une grande fille!"

Singh avait raison: Sa voix avait repris aussitôt les inflexions d'une gamine. Brusquement, sa main s'envola, recouvrit, pour la plaquer de plus belle contre son pubis la grande main de Singh, toujours enfouie sous sa culotte.

-"Je veux être votre petite fille, votre chose! Je ne veux plus être rien d'autre!" Puis, d'une voix implorante:

-"Pourrions nous faire, bientôt une autre semblable simulation?....Demain, peut-être?....je vous promets d'être moins pudibonde!"

-"Impossible!" trancha Singh, en ôtant brusquement sa main,

-"Je pars pour Hong-Kong demain soir, une jeune femme va être sacrifiée. comme toi, ma petite fille. On a , pour cette opération sollicité mes compétences. Dimanche prochain, si tu le veux. Nous pouriions retourner diner à la Tour d'argent..."

-"Vous viendrez José!" supplia-t-elle, "Vous nous regarderez comme aujourd'hui!"

-"Oui, Elisabeth..", promis-je d'une voix sourd

-"Si tu le veux, ma petite fille, je te montrerai les photos de ce snuffing", lacha Singh, sur un ton paterne. Elle battit des mains,nous embrassa chacun avec fougue, et enfila sa robe.Singh appela un taxi.

Dix minutes plus tard, il se garait le long du trottoir, face à la résidence. Elisabeth s'accrochait à son bourreau, pleurant et riant en même temps.

-"Prenez soin de vous, Elisabeth.",fit le chirurgien d'une cvoix ferme. Je frémis: Il l'avait, en la voussoyant, appelée par son prénom. J'étais bluffé par son applomb.

-"A Dimanche!..3 fit gaiement l'inconsciente fille, "Je me ferai belle pour vous!"

Cinq minutes plus tard, nous nous retrouvions, Singh et moi dans le salon.

-"Eh bien, voilà!" fit-il calmement,en allumant une cigarette.

-"Voilà..." fis-je en écho, d'une voix qui piaulait.

Elisabeth me témoignait quelques jours plus tard sa gratitude, et je réceptinnai un matin un colis,qui contenait les 5 cassettes que je lui avais confiées, avec les 5 caméras miniaturisées. Elle avait fait du bel ouvrage, et je passai la soirée à visionner en boucle les exploits de ce bouc de Jenkyns à "la Rotonde" sous cinq angles différents.. une petite gourde de seveuse y avait succombé à ses avances, comme Elisabeth feignait de partir livrer un diner à la cité de l'arc enciel, les laissant, tous les deux en tête à tête, puis en tête à queue dans la salle déserte du restaurant. La brute saillit cette jeune taure debout, contre le bar avec la délicatesse d'un buffle. a son retour, La perfide rousse avait humilié la petite bécasse de la plus délicieuse manière, et ce fut encore plus ébouriffant que la saillie elle-même. il serait trop long d'expliquer, ici ce que l'imagination alambiquée de la vénéneuse créature avait conçu. Il suffit de préciser que j'eus été moi-même incapable de mitonner pareille cassolette, ddistiller un aussi corrosif fiel!

Neuf heures sonnèrent. Singh me téléphona depuis Hong-Kong. Le snuffing s'était déroulé à la perfection: la fille avait été vidée comme un poisson sans perdre connaissance, avant le sectionnement de son artère coronaire. il lui fallait,avant de prendre l'avion du retour se procurer les plantes rares qu'il utiliserait pour les anesthésies d'Elisabeth. J'allais fumer une cigarette sur le balcon. Dehors, il lansquinait. Une pluie fine, lancinante comme des balais d'essuie-glace. il restait à la belle rousse exactement 38 jours à vivre. 3_ jours à gratifier mon vice. "Après, Singh tranchera dans sa viande!" m'entendis-je prononcer à voix haute, comme je visualisai,dans un éclair les insolites marbrures roses de sa peau, comme elle s'apprêtait à subir les assauts de son mentor. Cette vision fit se redresser instantanément la chose dans mon pantalon, puis je me revis, viaupant, pitoyable, tel un gamin giflé après le départ de la belle, quelques semaines auparavant, enfilai mon blouson, puis mes bottes texannes, et quittai l'appartement.

Je me dirigeai, à la brune, vers le sinistre quartier latin. Une blondinette d'une vingtaine d'années attendait d'hypothétiques clients, à l'abris d'un porche, au coin de la rue des Ecoles et de la rue de la Montagne Sainte Geneviève. Je lui glissai ma carte dans les mains, ainsi qu'un billet de vingt euros, lui en promis vingt autres, ainsi qu'un repas chaud si elle se présentait à mon domicile dans une heure.

Je revins chez moi dans un état second, et attendit, arc-bouté sur le sofa, le feu aux tempes; Un siècle plus tard, la sonnerie de l'interphone retentissait dans le silence ouaté du loft.

Je la fis rentrer, et refermai derrière elle la porte que je verrouillai discrêtement. Elle restait là, plantée au milieu du slaon comme une idiote. Je m'avancai vers elle en souriant. Mon poing s'envola pour s'écraser dans un bruit mat sur le visage pâlot, avec une violence inouîe. elle s'en fut dinguer contre le mur du fond, à coté de la porte du laboratoire; J'éclatai de rire. Agenouillé,désormais au dessus d'elle,je cognai de toutes mes forces et de mes deux poings sur le visage sanglant, jusqu'à ce qu'il ne fût plus qu'une pulpe rougeâtre. Un oeil gicla, suspendu au bout d'un filament rose et baveux. Des dents volèrent. Je frappai à plein bouc, et de plus en plus fort; Mon poing s'écrasait désormais sur de la viande tiédasse. La machoire inférieure bascula sur le coté, avec le craquement d'une pomme de pin qu'on écrase. Je la fis voler, d'un coup de poing à travers le salon. Jamais je n'aurais cru qu'on pouvait si aisément casser un visage en deux!. je m'affalai, à bout de souffle sur le tapis,et regardai mes poings tremblants, encore crispés de douleur et de rage. ils étaient aussi rouges que si je les avais plongés dans une marmite de confiture de groseille. Le fou rire me prit. Je fis les marionettes avec les mains, et partis me confectionner une omelette au parmesan, en tremblant sur mes quilles.

Quand le jour s'élucida, à travers les volets métalliques, je n'avais pas encore achevé de nettoyer la moquette. L'odeur âcre de la chair carbonisée dans l'incinérateur du laboratoire tardait à se dissiper;

Je sortis m'attabler devant un café-crème, à la terrasse du Pont-au-lard, et fumai plusieurs cigarettes,en regardant couler les flots sombres de la Bièvre, en contrebas. Jamais, je ne m'étais senti aussi serein, aussi léger. J'avais, en quelques jours débusqué MA VERITE. Elisabeth serait, jusqu'à son snuffing mes yeux. Singh était devenu mes mains, ma bite,également. Quand à mon coeur, ma petite tête blonde, il était mort, percé de part en part, un matin de Mai, comme le soleil, filtré par les stores de ta chambrette posait sur ton pauvre petit visage ,ivoiré nuitamment par la mort sa clarté obscène, m'arrachant, à tout jamais à mon rêve éveillé.Je me souvins brusquement de mon entretien téléponique avec Singh, et m'en fus commander à un magasin spécialisé de Chinatown le double vitrage qu'il m'avait prescrit.

La sonnerie du téléphone retentit au soir d'un Dimanche plombé, que j'avais passé à peaufiner mon discours d'intronisation au poste suprême. J'avais gravi tous les échelons du Réseau en moins de deux ans; Monsieur, épuisé, miné par son angine de poitrine avait soutenu ma candidature. je fus élu par le Conseil d'administratiion avec 5 voix d'avance sur Raoul Saligaut, qui devint vice-président. Ce serait moi, désormais le patron. Le ptron! le patron! merde!....Je l'avais tant voulu, cette présidence. J'vais fait de mon mieux pour l'obtenir. J'ai toujours fait de mon mieux. Toujours! .Je décrochai

-"Allo?...Pitou José à l'appareil...."

-"Bonjour, Pitou", fit la voix légérement essouflée d'Elisabeth. Je remarquai qu'elle avait recouvré ses inflections graves, vaguement brumeuse...

-"Vous allez être comblé! J'ai réussi à convaincre Natacha Mendès et la petite Jade De Neuville de participer à votre domicile, en votre absence, bien sur, à un puérigynécenne!"

-"Un p...pué...un puérigynécenne!...." bredouillai-je, enavalant deux comprimés d'un coup

-"Oui. J'y participerai moi-même. il nous possédera tour à tour à tour!...Ce sera charmant!...."

-"Vous posséder tour à tour, ce boeuf!!!...."

-"Ce taureau, vous voulez dire!" corrigea-t-elle dans un rire qui eût justifié un génocide. J'essuyai, d'un revers de main la sueur qui s'était mise à ruisseler sur mon front, et mouillait jusqu'à ma moustache

-"Mais il est idiot! Il ne vous mérite pas! Je ne vous ai demandé que de lui faire tirer la langue! pas de lui brader à l'envi les vôtres!

-"Vous semblez oublier qu'il m'a prise déja une fois, et puis, il n'est pas sibête, et possède une fort grosse bite!"

Elle s'était attardé sur le mot obscène comme si elle en suçait les quatre lettres, et je serrai les poings, reconnaissant à Singh de m'avoir ouvert les yeux sur l'abomination de cette cervelle fêlée

-"Il y aura une quatrième fille; Il l'a séduite sur son lieu de travail, au point de la convaincre de participer à cet original libertinage; Je la connais bien. Nous montons à cheval ensemble. C'est une jeune maghrébine de 26 ans, particulièrement mignonne, une professeur de sport....Nous irons tous les cinq danser en boite, avant de monter dans votre appartement. c'est une idée de Jade. Cela ne nous émoustillera que davantage!....

-"Foutaises!....Les seules boites où serait abilité à rentrer cette pouliche sont les seules boites de bonbons! Ignorez-vous qu'elle n'a que 16 ans?...Jenkyns, lui en a Quarante six! Craignez sur vos têtes écervelées la vengeance du tout puissant!..."

-"Oh! ce n'est plus une enfant, croyez moi! Son billet de transports charnel est depuis plus longtemps que vous ne pouvez le supposer composté!...Au fait, Natacha et cette jeune femelle déja bronzée au soleil des plus ardentes pâmoisons passeront chez vous demain en soirée, afin de vous implorer de leur prêter, pour cette nuit là votre appartement. Elles prétendront avoir besoin d'un espace suffisamment vaste, pour offrir à la cousine de la plus jeune et quelques amis un concert de guitares."

-"De clarinette, vous voulez dire!"

-"Si vous voulez!...dois-je vous préciser que je ne désespère pas d'y être promue soliste, et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour convaincre cet expert de mon insurpassable virtuosité!" fit-elle en riant aux éclats. J'avalai ma salive. Mes mains tremblaient. Si Elisabeth avait été devant moi à cet instant précis je lui eûs arracher les yeux. Elle avait manifestement prêté une oreille complaisante aux clabaudages du double six, validés par cette malebouche de Natacha, et savait désormais que j'étais inapte à fruiter autrement que par le truchement dune seringue , une femme!. Elle me narguait ouvertement, avec l'impudence que peuvent témoigner les femmes à l'égard des hommes "inachevés", ceux qu'elles jettent, du bout des doigts dans la puante panière de leur sexe, pour les y asphyxier de leur mépris et de leur impudique familiarité

-"L e jour fixé, soyez chez vous à partir de vingt trois heures. C'est l'heure probabla à laquelle nous sortirons, tous les cinq du "Polivea"; Dissimulez vous-même quelques caméras dans le salon, et cachez-vous dans le laboratoire du docteur. Echaudées par la danse et l'alcool, nous vous gratifirons d'un ébouriffant spectacle...4 jolies jeunes femmes, s'offrant, le temps d'une nuit à un seul étalon!...Ce n'est guère banal, convenez-en!..Bien sur, vous ne pourrez pas, à l'exemple de votre ami nous caresser, nous sentir, nous posséder, nous pénétrer, nous comparer, mais le spectacle n'en sera pas moins ravissant!...A la hauteur de vos exigences d'esthéte!....Ravissant, et puissamment condimenté!....L'une de nous quatre ne sera-t-elle pas, comme l'exige ce libertinage, tirée au sort par notre amant commun pour être, devant lui, incontinent tondue et épilée jusqu'au dernier cil?"

Je me sentis devenir liquide.

-"Mais c'est impossible!..Il reste moins de quatre semaines avant votre sacrifice. Le sort viendrait-il à vous désigner, ce serait la catastrophe!...Vos cheveux!...vos sourcils!....Vous allez saccager votre beauté avant l'heure! les spectataurs seront furieux!...

Ele marqua une pause de silence, puis, en riant

-"N'aurais-je pas ainsi encore davantage l'apparence d'une martyre? Cela fera grande impression!..."

Elle n'avait pas tord

-"Comme vous voudrez!" fis-je en raccrochant, puis j'avalai deux comprimés....

Par Pierre Aufray
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